Le canal Baťa, du transport de lignite à la navigation touristique

Le canal Baťa, photo: Štěpánka Budková

Le canal Baťa pourrait être prolongé jusque dans la région d’Olomouc. C’est en tout cas le souhait d’une partie du conseil régional, en dépit de l’opposition de nombre de ses représentants. Mais ce projet est aussi une occasion d’évoquer l’histoire de cet ouvrage d’art fluvial, que l’on doit au célèbre roi de la chaussure, Tomáš Baťa.

Le canal Baťa, photo: Štěpánka Budková

Fin avril, la région d’Olomouc a adopté un mémorandum sur l’extension du canal Baťa, première étape devant permettre de lancer une étude de faisabilité sur les aspects techniques, financiers et écologiques du projet. Les débats ont été houleux au conseil régional d’Olomouc, ses détracteurs estimant notamment qu’un tel projet en temps de crise sanitaire et à la veille d’une récession économique certaine, n’a pas lieu d’être.

Le canal Baťa, photo: Štěpánka Budková
L’avenir dira si cette extension a bel et bien lieu sur le territoire de la région d’Olomouc. A l’heure actuelle, le canal Baťa court sur 52 km à cheval sur les régions de Moravie du Sud et de Zlín. Le canal est la fierté de cette dernière, car c’est à Zlín justement, ville sortie de quasi nulle part et œuvre de l’enfant du pays, Tomáš Baťa, dont les chaussures ont fait le tour du monde.

Aujourd’hui, le canal est un lieu de tourisme très apprécié, mais son origine est bien plus prosaïque : Baťa avait besoin de transporter facilement du lignite jusqu’à la ville de la chaussure, comme l’explique Vojtěch Bártek, directeur de la société qui gère l’ouvrage d’art.

Vojtěch Bártek, photo: ČT24
« Baťa a toujours voulu construire des infrastructures, qu’elles soient ferroviaires, routières ou fluviales. La construction du canal qui porte aujourd’hui son nom a été lancée parce qu’il n’a pas réussi à se mettre d’accord avec les chemins de fer sur le transport de lignite qu’il exploitait à Ratíškovice. Il avait besoin du lignite pour ses centrales thermiques. Il a décidé de se débrouiller tout seul. A l’époque, il y avait un projet de canal d’irrigation pour lutter contre la sécheresse due à la régulation de la rivière Morava. Il a sauté sur l’idée et a décidé d’utiliser ce canal pour le transport du lignite. »

Dans l’entre-deux-guerres, l’entreprise de chaussures Baťa est florissante et s’impose comme leader du marché dès le début des années 1920. Tomáš Baťa s’inspire des modes de production d’Henry Ford et croit à un modèle paternaliste de gestion de la main d’œuvre. Autour de l’usine, à Zlín mais aussi ailleurs dans le monde, sont construites de véritables petites cités ouvrières où les employés vivent et évoluent presque en vase clos : ce sont les « villes Baťa », depuis la Tchécoslovaquie vers l’Inde, en passant par la Moselle. Une vraie culture d’entreprise Baťa sert cette espèce d’utopie collective d’une vie à travailler et vivre ensemble tout en contribuant à la gloire de la marque de celui qui rêvait de « chausser l’humanité ».

La construction du canal Baťa, photo: Archives de la ville de Zlín
Et en bon entrepreneur toujours en quête de nouveauté, Tomáš Baťa diversifie sa production : presse, construction, cinéma, production chimique, textile et donc énergie et transports, dont le canal en est l’illustration :

« La construction a commencé en 1934 (soit deux ans après la mort de Tomáš Baťa, ndlr) et les travaux se sont achevés le 2 décembre 1938. Dès le lendemain, on a procédé à un essai sur le canal. La construction a donc duré quatre ans en tout : on a surtout eu recours à de la main d’œuvre et à peu de machines. C’était pour donner du travail aux ouvriers de la région, et le ministère du Travail a d’ailleurs subventionné le projet. »

Aujourd’hui quelque 90 000 touristes par an empruntent le canal pour des promenades fluviales de plaisance. Mais à l’époque, la situation était un peu différente :

Le canal Baťa en 1938, photo: Archives de la ville de Zlín
« Contrairement à aujourd’hui, le trafic sur le canal était limité à l’époque. Baťa avait quelque dix embarcations de marchandises qui étaient tirées depuis les berges. Au début par des chevaux, puis par de petits tracteurs qui avaient une puissance équivalente à dix chevaux. Ces engins tractaient des bateaux de marchandises contenant quelque 150 tonnes de lignite. A part cela, le canal n’était pas utilisé pour la navigation, donc par rapport à aujourd’hui, il n’était vraiment pas beaucoup fréquenté. »

Le canal Baťa, photo: Štěpánka Budková
Les années de guerre marquent ensuite durablement l’ouvrage d’art. Et la période communiste conduit à sa nationalisation, tout comme les usines Baťa. Avec les années, il est progressivement laissé à l’abandon, et il faudra attendre le retour de la démocratie et les années 1990 pour qu’il soit remis en l’état.

En 1995, un premier bateau est enfin mis à l’eau. Aujourd’hui, les touristes peuvent découvrir le paysage et les environs en empruntant les bateaux de plaisance :

« Jusqu’à une centaine d’embarcations à moteur à louer peuvent circuler sur la rivière Morava et le canal Baťa. Il y a aussi 70 péniches que l’on peut louer pour plusieurs jours de suite. Et enfin, cinq bateaux destinés aux touristes. »

A l’heure où les vacances d’été se profilent en République tchèque quasi exclusivement, le canal Baťa est donc une option plutôt attirante pour combiner découverte touristique d’une région et impression de profiter un peu quand même de l’élément aquatique, faute de séjour en bord de mer.

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