Le conflit ukrainien prive la Ruthénie des touristes tchèques

La Ruthénie, photo: Archives de Radio Prague

Le tourisme est le premier sujet que nous avons choisi pour cette revue de presse. Nous parlerons d’abord de la manière dont le conflit en Ukraine influence les touristes tchèques qui renoncent à se rendre en Rhuténie, située en Ukraine occidentale, région qui est une de leurs destinations estivales traditionnelles. Puis, nous évoquerons certaines légendes qui sont liées à l’écrivain Franz Kafka, dont les traces à Prague demeurent toujours recherchées par une grande partie de touristes étrangers. D’autres traces également, nous évoquerons celles par lesquelles les Tchèques sont liées à Sarajevo. Nous rappellerons ENFIN le centenaire de la naissance du grand chef d’orchestre tchèque, Rafael Kubelík.

La Ruthénie, photo: Archives de Radio Prague
Une des dernières éditions du quotidien Lidové noviny offre un autre regard sur la situation dramatique en Ukraine, en informant des retombées que celle-ci a eues sur le tourisme dans sa partie occidentale, la Russie subcarpatique appelée aussi la Rhuténie. Partie intégrante de l’ancienne République tchécoslovaque avant la Deuxième Guerre mondiale, cette région est aujourd’hui une des destinations privilégiées par les touristes tchèques. Ce sont notamment les alentours de la ville de Kolotchava, rendue célèbre par le roman populaire de l’écrivain tchèque Ivan Olbracht, Nikola Šuhaj le Brigand, qui sont très recherchées.

Le journal précise : « Les Tchèque sont connus comme des touristes et des voyageurs audacieux qui n’hésitent pas à visiter les endroits que d’autres étrangers évitent. Pourtant, en dépit du calme qui règne, contrairement au conflit en Ukraine orientale, dans la partie occidentale de l’Ukraine, la Rhuténie, les touristes tchèques ont désormais peur de s’y rendre. Ceci touche lourdement ses habitants, la majorité des familles qui habitent à Kolotchava vivant principalement du tourisme, dont elles sont entièrement dépendantes. D’habitude, dès le mois de juin, les pensions et les hôtels locaux sont pleins, tandis qu’à ce jour, aucun touriste tchèque ne s’y est encore rendu. »

Le journal cite Natalija Toumartseva, lauréate du prix Gratias Agit pour la promotion de la République tchèque à l’étranger, qui est la propriétaire d’une pension et d’un restaurant, qui insiste :

« Nous sommes situés près de la frontière avec l’Union européenne, et pas près de celle avec la Russie. On ne risque aucun conflit ici. Par ailleurs, l’Union européenne ne le permettrait pas. ».

C’est après la chute du régime communiste que les premiers touristes tchèques ont découvert la Russie subcarpatique, se contentant d’abord de conditions très austères qu’elle offrait. Aujourd’hui, les nouvelles infrastructures permettent d’accueillir des expéditions organisées par des agences de tourisme, des expéditions scolaires, des visites en famille. Le journal note également qu’une douzaine de musées sont établis à Kolotchava qui retracent l’ancienne histoire commune des Tchèques et des Rhutènes. D’ailleurs, encore aujourd’hui, il est possible de communiquer avec certains habitants en tchèque.

Les traces tchèques à Sarajevo

Le théâtre national à Sarajevo par Karel Pařík, photo: Bizutage, CC BY-SA 3.0 Unported
Dans le même journal on a pu lire, aussi, un article intitulé « Comment les Tchèques ont colonisé la Bosnie » qui se penche sur la présence des Tchèques à Sarajevo. Selon son auteur, Jiří Peňás, qui se réfère à une publication nouvellement parue consacrée aux traces tchèques dans cette ville, il constate que plus de sept mille Tchèques vivaient dans la capitale de Bosnie-Herzégovine avant la Première Guerre mondiale. Il constate en même temps que des traces tchèques à Sarajevo existent toujours et qu’elles sont incotournables. Il précise :

« Ces traces, vieilles de plus de cent ans, sont inscrites notamment dans la pierre. Elles sont en rapport avec avec l’occupation autrichienne, respectivement avec l’annexion de la Bosnie, qui a offert l’occasion à des milliers d’experts tchèques, et pas seulement à ceux-ci bien sûr, d’améliorer la vie dans un milieu exotique et pourtant proche, car il s’agissait finalement d’un pays slave... L’action tchèque a trouvé en premier lieu écho dans l’architecture de Sarajevo, car il y a lieu de constater que l’architecture moderne de Sarajevo est principalement l’oeuvre de l’architecte tchèque, Karel Pařík ».

Jiří Peňás remarque que Pařík est probablement l’unique architecte à avoir travaillé dans une même capitale sur des projets destinés à des confessions variées, orthodoxe, catholique, musulmanne, évangélique et juive. Une raison de plus pour lui d’apprécier à sa juste valeur tant son oeuvre que sa personnalité... L’article rappelle également que l’attentat de Sarajevo lui-même comporte une « dimension tchèque » en notant:

« Avant de se rendre en Bosnie, c’est aux châteaux de Konopiště et de Chlum près de Třeboň, en Bohême, que François-Ferdinand séjournait avec sa famille. L’automobile avec laquelle il voyageait à Sarajevo appartenait à l’aristocrate tchèque, František Harrach. Et c’est aussi un Tchèque, Leopold Lojka, qui l’a conduite. »

Deux légendes qui entourent Franz Kafka

La maison où Franz Kafka pouvait écrire en endroit calme, photo: Štěpánka Budková
La saison touristique dans la capitale tchèque battant son plein, un article publié dans l’avant dernière édition du magazine Patek remarque qu’il y a toujours beaucoup de touristes étrangers qui viennent à Prague et qui souhaitent suivre les traces de Franz Kafka, bien que, par rapport aux années précédentes, leur nombre commence tout de même à diminuer. A cette occasion, le magazine évoque les deux légendes les plus répandues liées au célèbre écrivain. Il écrit :

« La première légende veut que Franz Kafka ait vécu seulement à Prague et que le travail et l’écriture aient été ses seules préoccupations. Mais la vie de Kafka a été beaucoup plus intéressante que ça. Il s’adonnait au jardinage, il aimait aller au cinéma ou se promener en moto. Kafka était aussi un grand voyageur : il se rendait souvent en Bohême du nord ou faisait des excursions aux alentours de Prague. Tout comme d’autres jeunes gens du début du XXe siècle, il a entrepris plusieurs voyages à l’étranger, en Suisse, en Italie, à Paris ».

Une autre légende prétend que Franz Kafka ait habité la fameuse Ruelle d’Or près du Château de Prague car, faute de moyens financiers, il n’aurait pas pu pas se permettre un meilleur logement. A ce sujet, le magazine a noté :

« La réalité est autre. Ottla, la soeur de Kafka avait un ami chrétien et pour pouvoir le voir, elle a loué une maison dans cette ruelle. De temps à temps, elle l’a prêtée à son frère qui avait besoin d’un endroit calme pour son travail d’écrivain. Mais le soir, il rentrait régulièrement chez lui. Point étonnant, car l’intérieur de la maison était très modeste. Kafka habitait sur la place de la Vieille Ville ou la rue Celetna, au centre ville. »

Les Tchèques eux-mêmes semblent manifester nettement moins d’intérêt pour Franz Kafka que les étrangers. Une récente publication de bandes dessinées inspirées par des écrits de Kafka ou la création d’un groupe appelé Kafka Band font partie de nouvelles initiatives par lesquelles plusieurs artistes pragois veulent rapprocher, notamment des jeunes, le grand écrivain.

Le centenaire de naissance de Rafael Kubelík

Photo: Altus
Le 29 juin, cent ans se sont écoulés depuis la naissance de Rafael Kubelík, un des plus grands chefs d’orchestre tchèques du XXe siècle. Dans un texte consacré dans les pages du quotidien Lidové noviny à cet anniversaire, Jindřich Bálek souligne que c’était non seulement un grand artiste, mais aussi « l’homme qui refusait tout compromis à l’égard du régime communiste». Il rappelle : « Nommé en 1942 directeur de la Philharmonie tchèque, succédant à son célébre prédécesseur Václav Talich, c’est en été de l’an 1948, quelques mois après l’accès au pouvoir des communistes, que Kubelík a pris le chemin de l’émigration. N’hésitant pas à comparer le régime communiste au nazisme, son nom dans son pays d’origine a été dès lors entièrement effacé et tabouisé... Prague n’a pu accueillir Rafael Kubelík que quarante ans plus tard. En 1990, il a inauguré le festival de musique Printemps de Prague, consacré traditionnellement à Ma Patrie de Bedřich Smetana, tout comme il avait ouvert, en 1946, la première édition du Printemps de Prague. Tel un symbole de la liberté reconquise, le concert a offert à la fois un fort moment artistique. »

Londres, New-York, Munich. Autant de villes, et certaines autres encore, dans lesquelles Rafael Kubelík a brillé. L’auteur de l’article rappelle les chapitres clé de sa longue et fructueuse carrière, tout en considérant que les Tchèques doivent un plus grand intérêt à leur célèbre compatriote qui pourrait se traduire, par exemple, par la création d’une monographie qui lui serait consacrée et qui manque encore.