Le coût de la frontière tchécoslovaque

Le 21 décembre dernier la Tchéquie et la Slovaquie entraient ensemble dans l’espace Schengen et le 1er janvier dernier nous nous sommes rappelé le 15e anniversaire de la partition de la Tchécoslovaquie, Etat commun des Tchèques et des Slovaques. Ces deux dates marquant des événements majeurs de l’histoire de la Tchéquie et de la Slovaquie ont fait réfléchir Omar Mounir qui s’est interrogé sur le coût de la construction de la frontière entre les deux pays, opération qui allait se révéler pratiquement inutile après l’entrée des Tchèques et Slovaques dans l’espace Schengen. Omar Mounir, auteur du livre « La partition de la Tchécoslovaquie » a résumé l’aspect économique de cette opération au micro de Vaclav Richter.

« Le traçage, ou plus exactement le retraçage des frontières a duré de janvier 1993 à décembre 1994, date qui marque la fin de la matérialisation de la frontière tchéco-slovaque. Ce tracé se traduit par la pose de 4 609 bornes et la réalisation d’une étude sur l’environnement géographique qui a été soumise aux deux gouvernements. Cette étude a été composée de 2 000 documents qui donnent un total de 25 kilos. Tout cela a coûté à peu près 5 millions parce qu’il a fallu des véhicules et des spécialistes, il a fallu acheter des équipements spéciaux. Et tout cela a été inutile parce que le tracé des frontières avait déjà été fait. Ce n’est pas nécessaire même jusqu’à aujourd’hui. Même dans la conjoncture actuelle cela ne se vérifie pas. C’était inutile parce que ce n’était fait que pour 15 ans et l'on n’avait même pas besoin de le faire. »

A combien sont revenus donc les postes frontières et leur aménagement ?

« Les postes frontières en revanche auront coûté beaucoup plus cher. D’abord il y avait 13 postes douaniers à créer sur les routes, et puis 7 autres postes sur les chemins de fer. Le coût d’un poste sur route nationale à l’époque a été évalué à 75 millions de couronnes et a même coûté davantage dans certains cas. Et le coût d’un poste sur autoroute a atteint 350 millions de couronnes, don c’était encore beaucoup plus cher. S’ajoute à cela l’aménagement du passage obligatoire dans les zones vertes pour le contrôle des frontières qui a été estimé à quelque 500 millions de couronnes qui ont été supportés par trois ministères à l’époque. Et puis rien que pour la construction des parkings de frontières et l’élargissement des routes le ministère des Transports a dépensé, en 1963, 102 millions de couronnes, en 1994 60 millions et en 1995 50 millions. A cela il faut ajouter les nouvelles routes, les moyens de communication, c’est-à-dire tout ce qui est véhicules, radio, téléphone, fax, puis l’électrification, puis l’infrastructure hygiénique, et je passe sur le coût de jalonnement des frontières, on l’a déjà dit. Plus, et c’est le plus important, le recrutement du personnel, des douaniers, des gardes-frontières et des membres de la police des frontières.

Alors l’ensemble de ces dépenses est de 4 milliards 940 millions de couronnes, ce qui correspond aujourd’hui à quelque 19 millions d’euros qui auraient pu, si les politiciens avaient un peu plus de sagesse et de prévoyance, être économisés. Cet argent aurait pu aller dans des écoles, des dispensaires, etc. »

Est-ce qu’il y a eu donc, d’après toi, un moyen politique ou autre pour éviter toutes ces dépenses ?

« A partir du moment où l’on avait admis la partition de la Tchécoslovaquie et qu’on a créé deux Etats, il a fallu créer les frontières en conséquence. L’erreur qui a été commise, à mon avis, est un manque de prévoyance, une courte perspective des politiciens qui ont négligé cette échéance que l’Union européenne et tout le monde appelaient, à l’époque, de leurs vœux les plus chers. Et c’est une erreur impardonnable à mettre au passif, je ne dirais pas de tous les hommes politiques tchécoslovaques, mais certainement de certains politiciens slovaques. Je prends le risque de le dire. »