LE DIABLE CUISINIER

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Le cloître d'Emmaüs, fondé par Charles IV, est situé non loin de la place Karlovo. Les moines du cloître étaient renommés pour leur piété. Ils allaient régulièrement à la messe, priaient tout au long de la journée, respectaient le strict règlement du cloître, mangeaient modeste. Cela irritait Satan, le prince des démons. Il designa un des diables et trois diablesses d'une beauté surprenante. Le diable devait prendre la place du cuisinier du cloître et les trois diablesses étaient censées séduire et conduire sur la mauvaise voie les moines d'Emmaüs, afin que leurs âmes soient damnées dans les profondeurs de l'Enfer.

Ainsi, le diable prit l'apparence d'un jeune homme quelconque et alla se présenter chez le cuisinier du cloître en tant que marmiton. Les trois diablesses se cachèrent dans les catacombes du cloître et attendirent le moment propice pour développer leurs activités maléfiques. Un soir le diable administra une forte dose de poison dans le dîner du cuisinier qui fut pris de douleurs stomacales atroces, auxquelles il succomba avant l'aube. Après l'enterrement du cuisinier, le diable-marmiton le remplaça. Il servait aux moines des plats délicieux, au goût divin et très copieux, sans oublier d'accompagner les plats par des grands crus de rares millésimes. Les moines s'habituèrent rapidement aux plaisirs de la table. Ils devinrent gras, paresseux, ne jeûnaient plus, ne respectaient pas le règlement du cloître et n'allaient presque plus à la messe. Le diable était enchanté. Ce fut le moment de faire appel aux diablesses cachées dans les catacombes du cloître d'Emmaüs. La nuit, les trois femmes-démons entrèrent dans les couloirs où se trouvaient les cellules des moines. La première diablesse, une ravissante rousse, ouvrait les portes des cellules en fixant les moines de son regard captivant vert, la seconde, une blonde séduisante, évoquait une danse lascive et la troisième, une brune ténébreuse, se mouvait dans un rythme endiablé. Les moines émerveillés sortaient de leurs cellules sans comprendre ce qui leur arrivait. Ils goutèrent aux délices de l'amour sensuel. Ils étaient tellement extasiés qu'ils ne voulaient faire rien d'autre que de s'adonner aux jeux vicieux corporels et à la bonne table.

L'abbé du cloître d'Emmaüs n'arrivait pas à comprendre le changement de comportement des moines si pieux et si raisonnables encore peu de temps auparavent. Un jour, alors qu'il passait devant la porte de la cuisine, il entendit derrière la porte des voix féminines et masculines, accompagnées d'un rire gras et malsain. Intrigué, il s'arrêta et écouta. Il entendit la voix des trois diablesses et du diable se vantant mutuellement de leurs exploits sinistres.

L'abbé comprit et décida d'agir. Le lendemain il entra dans la cuisine et lorsqu'il aperçut le diable cuisinier, il s'écria : « Ôtes-toi de mon chemin et de mon cloître, esprit malsain », tout en brandissant un crucifix face au diable. Le diable-cuisinier cracha avec colère et disparut dans un nuage de fumée jaunâtre d'odeur nauséabonde. Ensuite, l'abbé se dirigea dans les catacombes et brandit le crucifix face aux trois diablesses. Les femmes-démons perdirent toutes leurs forces et leur pouvoir. Elles étaient tellement faibles que l'abbé put les traîner par les pieds et les cheveux jusqu'au puits et les jetter à l'intérieur. Ainsi l'ordre, le calme et la piété gagnèrent à nouveau le cloître d'Emmaüs.