Le « knedlík », une institution

Karel Schwarzenberg, photo: CTK
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Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague – Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Mercredi dernier, des cuisiniers tchèques de différents hôtels et restaurants du pays ont participé à Prague à la deuxième édition du concours national du meilleur « knedlík » préparé à base de mie de pain. Une quinzaine de cuisiniers ont donc présenté leur propre recette de cette pâte bouillie, présentée par les initiateurs du concours comme « la perle de la gastronomie tchèque », à un jury au sein duquel figuraient quand même, preuve de l’importance du concours, l’actuel ministre des Affaires étrangères, le noble Karel Schwarzenberg, et un de ses prédécesseurs à la tête de la diplomatie du pays, Jiří Dientsbier. Ceux d’entre-vous qui ont déjà eu l’occasion de venir en République tchèque ou connaissent un peu la cuisine tchèque savent ce que sont ces fameux « knedlíky », un accompagnement indissociable des plats traditionnels et typiques qu’offre la cuisine locale. Mais « knedlíky » est aussi un mot de la langue tchèque un peu particulier. Et nous allons justement voir pour quelles raisons…

Karel Schwarzenberg, photo: CTK
Si, lorsque vous êtes de passage en République tchèque et ne pratiquez pas la langue, vous avez la chance de trouver le menu d’un restaurant ou d’une brasserie traduit en français, vous trouverez le plus souvent comme équivalent de « knedlíky » les mots « quenelles » ou encore « boulettes de pâte ». Des traductions qui ne sont pas totalement fausses ou mauvaises, mais qui possèdent quand même le désavantage de ne pas correspondre fidèlement à la réalité. Car une fois que le serveur vous aura amené votre assiette, vous vous apercevrez très vite qu’un « knedlík » n’est pas tout à fait une quenelle, du moins pas la quenelle telle que certaines régions en France la connaissent, et s’il est effectivement le résultat de la préparation et de la cuisson d’une pâte le plus souvent à base de pain blanc ou de pommes de terre, le « knedlík » n’est pas non plus une boulette puisqu’il est généralement servi en tranches.

Photo: CTK
Pour mieux comprendre, intéressons-nous donc tout d’abord au mot en lui-même et à son origine. Sans surprise, le dictionnaire étymologique de la langue tchèque mentionne que le mot « knedlík » provient de l’allemand « knödel ». Sans surprise parce que si les Tchèques le considèrent comme une institution, un élément traditionnel de leur cuisine nationale, ils n’en ont pas le monopole, le « knedlík », ou plutôt en l’occurrence le « knödel », est en effet d’abord une spécialité culinaire autrichienne que l’on trouve aussi en Allemagne, principalement en Bavière.
Photo: CTK
Et relevons à ce propos un détail important puisque la pâte du « knödel » est façonnée en boules. Voilà sans doute pourquoi on trouve si souvent les « boulettes de pâte » comme traduction française du « knedlík » tchèque, le « knedlík » de base le plus consommé, à savoir à base de mie de pain.

Toujours à propos de la forme du « knedlík », notons également qu’en Moravie, on parle parfois de « šiška ». Si l’on s’en tient aux dictionnaires, le mot « šiška » désigne en français un cône, une pomme de pin. Les rugbymen tchèques désignent également familièrement le ballon ovale avec lequel ils jouent comme « šiška ». Et si certains Moraves parlent aujourd’hui de « šiška », c’est parce que le « knedlík »était ainsi autrefois appelé. C’est aussi peut-être parce qu’avant d’être découpés en tranches, le « knedlík » possède au moment de sa cuisson une forme ronde et allongée disons d’une trentaine de centimètres. Toutefois, précisons bien que même si le rugby n’est pas, loin s’en faut, le sport préféré des Tchèques, les rugbymen locaux ne jouent pas avec un « knedlík » et celui-ci ne ressemble en rien à un ballon de rugby.

Enfin, comme nous l’avons expliqué, le mot « knedlík » est souvent traduit en français comme « quenelle ». Une traduction plutôt logique puisque le mot français tire lui aussi son origine de l’allemand « knödel ». Mais ce qui est quelque peu gênant, c’est la différence qui existe au niveau de la composition et de la recette entre le « knedlík » tchèque et la quenelle française. Cette dernière est certes également une boulette ou un rouleau de pâte mais selon ses variantes, on y incorpore une farce de poisson, de volaille, de gibier ou encore de foie. Bref, tout cela pour dire que si les ingrédients de base sont plus ou moins similaires à quelques détails près, le résultat final n’a lui plus grand-chose à voir avec le « knedlík » tchèque à base de mie de pain ou de pommes de terre dont les Tchèques sont si fiers. Et pour constater que plutôt que d’essayer de traduire le mot « knedlík », il est peut-être préférable de laisser, même en français, son appellation tchèque. C’est en effet celle qui correspond le mieux à la forme et à la composition du « knedlík ».

C’est sur ce constat que s’achève ce « Tchèque du bout de la langue » consacré donc au « nouveau mot français » qu’est le « knedlík ». Nous reviendrons encore sur le sujet dans une prochaine émission. En attendant, portez-vous du mieux possible – mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous – slunce v duši, salut et à bientôt – zatím ahoj !