Le lithium devient d'importance stratégique pour la Tchéquie, qui a le plus grand gisement d’Europe
Les réserves de lithium dans les régions de Cínovec et de Horní Slavkov en Bohême sont désormais officiellement d’importance stratégique. Ainsi en a décidé mercredi le gouvernement tchèque, qui estime que le lithium de cette zone est de qualité suffisante pour être utilisé, par exemple, dans les batteries pour véhicules électriques et d’autres dispositifs.
L’objectif de cette qualification officielle est de faciliter une éventuelle exploitation minière de la ressource à l’avenir et d’éviter une possible perturbation des approvisionnements, a annoncé le ministère de l’Industrie et du Commerce.
En janvier de cette année, le gouvernement a déjà désigné comme gisement d’importance stratégique les réserves de manganèse de Chvaletice dans la région de Pardubice.
« Grâce à l’exploitation du lithium sur notre territoire et aux investissements prévus en Tchéquie, nous pourrons construire toute la chaîne d’approvisionnement pour la fabrication de batteries pour véhicules électriques. Ces mesures augmenteront notre compétitivité, stimuleront l’économie et créeront de nouveaux emplois. Parallèlement, nous réduirons ainsi notre dépendance aux importations en provenance de pays tiers, notamment la Chine et l’Amérique du Sud, » a déclaré le ministre de l’Industrie et du Commerce, Lukáš Vlček.
126 millions d'euros par an dans les caisses de l'Etat, selon les estimations
« La désignation des réserves de lithium en tant que gisement d’importance stratégique permettra à l’État d’influencer activement le développement de l’exploitation minière et garantira que le lithium sera utilisé conformément aux objectifs économiques et écologiques à long terme du pays, » a indiqué Eduard Muřický, directeur de la section économique du ministère. La mesure vise notamment à limiter les investissements spéculatifs.
Selon le ministère, une éventuelle exploitation minière du lithium pourrait rapporter plus de 3,15 milliards de couronnes (environ 126 millions d’euros) par an aux finances publiques. Il s’agirait principalement de redevances sur les minéraux extraits, d’indemnités pour l’espace minier ainsi que d’autres contributions et taxes. Environ 2,3 milliards de couronnes par an devraient être versés au budget de l’État, le reste étant réparti entre les régions et les communes.
Les estimations de gain semblent pourtant aléatoires tant le cours du métal surnommé "or blanc" reste très variable ces dernières années, passant de près de 85 000 dollars la tonne de carbonate de lithium en novembre 2022 à moins de 11 000 dollars à la fin de l'année 2024.
L’exploitation du lithium est préparée par la société Geomet, détenue par le groupe semi-public ČEZ (51%) et par la société australienne European Metals Holdings (49%). Le lithium devrait être extrait de manière souterraine à Cínovec, dans les Monts métallifères, près de la frontière allemande. Le début de l’exploitation minière est prévu entre 2026 et 2028. Le groupe ČEZ met à jour une étude de faisabilité en vue d’une potentielle utilisation industrielle du lithium.
La Tchéquie détiendrait 3% des réserves mondiales de lithium, comme l'Ukraine
Le lithium est considéré comme le métal du futur. Deux pays, le Chili et l’Australie, se partagent respectivement plus de 33 % et 22 % des réserves mondiales - selon les estimations, la Tchéquie détient environ 3% de ces réserves, dont la quasi-totalité se trouve à Cínovec et une petite quantité dans la forêt de Horní Slavkov. Le gisement de Cínovec est décrit comme le plus grand d’Europe.
3% des réserves mondiales, ce serait aussi la part de lithium enfouie dans le sous-sol ukrainien, au centre de tellement d’attention actuellement.
Pour le ministre tchèque, de l’Industrie et du Commerce, « le lithium est l’un des seuls minerais présents dans le sous-sol du pays, avec des gisements qui pourraient contribuer à moderniser l’industrie du pays ». Le minerai est au cœur du débat public depuis près d’une dizaine d’années déjà et avait été l’un des thèmes d’une précédente campagne électorale en 2017.
A priori ce sera à nouveau le cas avant le scrutin législatif prévu à l’automne prochain, avec aussi évidemment des débats concernant les potentielles conséquences environnementales de l’extraction dans les localités concernées, comme cela peut être le cas ces derniers temps dans la vallée du Jadar en Serbie.






