Le patrimoine culturel tchèque à l'heure du numérique

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Tandis que Google poursuit activement son projet de bibliothèque en ligne, les bibliothèques européennes tentent d'accélérer la numérisation de leurs fonds. La République tchèque fait partie des pays du continent les plus avancés dans ce domaine, la numérisation des documents ayant commencé dès la première moitié des années 90.

Au dernier étage de la bibliothèque nationale à Prague, une petite dizaine de personnes employées par la société AIP Beroun numérise une par une les pages des livres les plus anciens des fonds d'archives. Stepan Cernohorsky est l'un des responsables du projet :

« Nous nous spécialisons dans la numérisation des livres anciens imprimés avant l'année 1800. Plus de 2000 documents ont déjà été numérisés ici, ce qui représente presque un million de pages. La bibliothèque nationale a en tout 7000 manuscrits et documents historiques dans ses fonds, donc la numérisation devrait encore durer un certain nombre d'années... »

Adolf Knoll, le directeur adjoint de la BN tchèque peut s'estimer satisfait du travail accompli par cette institution dans le domaine de la numérisation. Un travail qu'est déjà venu récompenser un prix de l'UNESCO pour les efforts fournis en matière de conservation de documents et de leur mise à la disposition du public :

« Parmi les bibliothèques nationales dans le monde entier nous sommes l'une des rares à maîtiser la numérisation. En Europe, je crois que le numéro un reste la BN de France, mais la BN tchèque est deuxième ou troisième position. Nous avons deux programmes de numérisation, l'un pour la numérisation des manucripts, cartes historiques et matériaux très anciens, l'autre concerne la numérisation des matériaux imprimés sur papier acide, c'est-à-dire surtout les périodiques, les journaux. »

Rukopis třeboňského augustiniána Oldřicha Kříže z Telče, 15. stol.
En nombre de manuscrits numérisés et mis à la disposition du public, la République tchèque occupe la première place du classement européen. Une fierté pour ce petit pays, même si le chemin est encore long, la numérisation coûte cher et l'Europe a beaucoup de retard à rattraper. Bohdana Stoklasova, de la bibliothèque nationale tchèque, est chargée des relations avec les bibliothèques étrangères :

« La République tchèque est à la pointe de la numérisation en ce qui concerne la technologie. Parce que nous avons commencé tôt, au début des années 90, et que nous avons pu acquérir une certaine expérience. Mais pour ce qui est du rythme de la numérisation des documents, là c'est une question d'argent et nous en manquons, ici comme ailleurs. L'Europe a beaucoup à faire pour rattraper son retard par rapport à d'autres régions du monde : juste pour vous donner un exemple, le nombre de documents numérisés dans l'ensemble des pays européens est inférieur au nombre de documents numérisés dans la seule Corée du Sud... »

Pour rattraper ce retard, l'Union européenne a mis en place un projet pour la diffusion en ligne des collections numérisées. Un projet nommé Michael Plus que la République tchèque vient d'intégrer, et qui sera partiellement financé par Bruxelles. Nathanael Dupré La Tour est consultant pour Devoteam, une société française chargée de la partie technique du projet par le ministère tchèque de la Culture :

« L'enjeu consiste à rassembler tous les produits numérisés en République tchèque et d'en donner accès aux internautes tchèques et étrangers (le portail sera bilingue tchèque-anglais) sur un portail national, puis via un processus de 'moissonnage' de faire passer ces données recueillies en tchèque sur le portail européen pour qu'elles soient accessibles dans toutes les langues de Michael Plus. »

Qu'est-ce que cela signifie concrètement pour les utilisateurs à l'avenir ?

« Concrètement, l'utilisateur de Michael Plus demain pourra, s'il fait une recherche, par exemple, sur l'art roman, avoir accès à des bâtiments photographiés ou à des ouvrages numérisés à la fois en Angleterre, en France ou en République tchèque (pour ses rotondes) sur le portail de Michael Plus. Les utilisations peuvent aussi être scientifiques ou touristiques (programmer un voyage en Europe à partir d'un centre d'intérêt par exemple). »

Quelles sont les prochaines étapes ?

« Nous allons mettre les bouchées doubles sur ce qu'on appelle la production - le catalogage des données : rentrer dans une application la description de toutes les collections qui sont susceptibles d'intéresser les internautes qui fréquentent Michael Plus. Ce processus va prendre au moins six mois. Nous espérons beaucoup être en mesure au début de l'hiver prochain de passer à la seconde étape qui est la publication des données sur le portail tchèque, avec comme objectif ultime l'accès pour les internautes européens au portail européen Michael Plus, mais cela ne concerne pas seulement la République tchèque. »

Dans quelles proportions les coûts sont partagés entre la République tchèque et l'Union européenne ?

« Chacun des Etats s'engage sur un processus de numérisation qui lui permet d'avoir accès à une subvention de l'UE dans le cadre du programme eTen. La République tchèque s'est engagée sur un programme de numérisation de trois millions d'euros, ce qui lui donne droit à une subvention de 10%, soit 300 000 euros pour la mise en oeuvre technique du portail Michael Plus. »

Les sources de financement restent une question clé du défi que représente la numérisation du patrimoine culturel, mais les Tchèques sont conscients de l'importance de l'enjeu, surtout depuis les dégâts provoqués dans les archives pendant les inondations catastrophiques de 2002 à Prague.

www.michael-culture.org

www.nkp.cz