Le « pogrom » anti-allemand d'Usti nad Labem : quelle prise de position, 60 ans après ?

Dévoilement de la plaque commémorative sur le pont Edvard Benes, photo: CTK
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Le 31 juillet 1945... Une date à oublier ou à retenir ? La municipalité d'Usti nad Labem, chef-lieu de la Bohême du Nord, a opté pour la seconde possibilité. Dimanche dernier, elle a dévoilé, devant quelque 300 personnes, une plaque commémorative sur le pont Edvard Benes qui enjambe l'Elbe, à l'endroit même où, il y a soixante ans, avait commencé un massacre sans égal dans le pays de la population allemande. Une page sanglante et honteuse de l'histoire tchéco-allemande qui suscite, aujourd'hui encore, bien des controverses...

Dévoilement de la plaque commémorative sur le pont Edvard Benes,  photo: CTK
Rappelons les faits : deux mois après la fin de la Seconde Guerre mondiale, un dépôt de munitions explosait à Usti nad Labem, ville où résidait une forte communauté allemande. Immédiatement, ses représentants furent accusés, par les Tchèques, d'être à l'origine de l'accident. A peine une demi-heure après l'explosion, un véritable carnage commençait dans le centre-ville : les Allemands, pris au hasard, sont jetés dans l'Elbe (les témoins se souviendront d'une jeune mère avec un bébé dans une poussette). Ceux qui ne se sont pas noyés seront abattus ou fusillés. Le nombre exact de morts n'est pas connu : les archives tchèques parlent d'environ 50 victimes, les sources allemandes de plusieurs centaines.

Un groupe d'historiens tchèques a voulu faire la lumière sur les circonstances du massacre. Qui a fait sauter le dépôt ? La question constitue le fil conducteur de leur livre fraîchement sorti et intitulé « Cela s'est passé le 31 juillet 1945 ». D'après eux, l'incident aurait été organisé par les ministères tchécoslovaques de l'Intérieur et de la Défense qui souhaitaient accélérer le transfert des Allemands des Sudètes. Pour cela, les autorités avaient besoin d'un exemple prouvant l'impossibilité de la cohabitation entre Tchèques et Allemands...

« Les Tchèques n'aiment pas parler de ce massacre », constate Karel Steigerwald dans le quotidien Mlada fronta Dnes. « Les criminels de jadis ne sont plus en vie. Ce qui continue à vivre, ce sont les cruautés. (...) Une leçon à tirer pour les Tchèques : combien il est facile de donner libre cours à la bestialité. Une leçon à tirer pour les Allemands : la bestialité tchèque n'excuse pas la nôtre », conclut-il. Des deux côtés de la frontière, on est et on n'est pas prêts à « oublier sans oublier ». « Je voudrais leur tendre la main, me réconcilier avec eux. Mais d'abord, les Allemands doivent admettre qu'ils nous ont fait souffrir », a dit le jour de l'inauguration de la plaque commémorative une habitante d'Usti nad Labem. Le geste même des autorités de la ville a été salué par les organisations des Allemands des Sudètes en Allemagne et en Autriche. Il n'empêche que pour les associations autrichiennes, qui reprochent au gouvernement tchèque un accès difficile aux archives, il s'agit « d'un premier pas seulement » vers une réconciliation...

Auteur: Magdalena Segertová
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