« Le saindoux le réchauffe » ou alors il faut « lui mettre une bougie dans l’estomac »

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Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague - Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Après nous être intéressés dans notre dernière émission aux expressions de la langue tchèque relatives au ventre - břicho, soit la partie du corps qui symbolise l’embonpoint, nous allons cette fois nous attacher à présenter quelques expressions relatives à ceux qu’on appelle un peu péjorativement les gros - tlustí, et inversement les maigres - hubení. Bien entendu, l’idée n’est pas de nous moquer, mais plutôt de relever quelques formules imagées et parfois amusantes.

Même s’ils sont parfois pris pour cible et font l’objet de moqueries, les gros, que l’on peut aussi appeler ventripotents, rondelets ou encore ventrus évoquent aussi souvent un fort sentiment de sympathie, car après tout, nombre d’entre eux aiment le bon vivre. D’un bon vivant, les Tchèques disent d’ailleurs parfois fort joliment « ujímají se na něm dary boží », une expression difficilement traduisible qui nous donne quelque chose comme « les dons célestes ou les dons de Dieu s’enracinent, prennent pied sur lui ». Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’en tchèque, le terme « boží dar », soit littéralement « don de Dieu », peut également signifier « le pain », don céleste et parfois nourriture providentielle, mais aussi la manne, cette nourriture tombée du ciel et envoyée aux Hébreux dans le désert selon l’Ancien Testament. Une nourriture miraculeuse dont Moise dit justement que c’est le pain que Dieu donne à son peuple. Ainsi donc pour les dons de Dieu de nos sympathiques Tchèques grassouillets.

Grassouillets, certains le sont d’ailleurs parfois tellement que l’on entend parfois dire « sádlo ho hřeje », soit « le saindoux le réchauffe ». Toujours à propos de cette graisse de porc, les Tchèques comparent parfois méchamment les gros à des cochons. « Je tlustý jako prase » - « il est gros, gras comme un cochon », lancent-ils ainsi parfois, ou « je tlustý jako bečka », soit « il est gros comme un tonneau, une barrique ». Parfois, ils affirment même que la personne en question « est plus large que grande » - « je širší než delší », ou plus amusant et traduit très librement, que « c’est plutôt une contrebasse qu’un violon » - « ta je proti houslím jako basa ».

Enfin, pour en terminer avec nos bien portants, mentionnons encore deux belles expressions. La première s’applique à une fille dont on peut entendre dire qu’elle « remplit bien sa jupe » - « je jí plná sukně », ce que certains apprécient d’ailleurs, tandis que la seconde fait référence au visage bien potelé lorsque, un enfant par exemple, a « le visage comme la pleine lune » - « tvář jako úplněk », dont les tantes et les grand-mères, en pinçant les joues sur lesquelles elles ont fait préalablement deux bises bien collantes, ne manquent jamais de dire qu’elles croqueraient bien dedans.

La langue tchèque fourmille également d’expressions pour les maigres et autres gringalets. Comme en français, on pourra dire de la personne en question qu’elle « n’a que la peau et les os » - « je kost a kůže ». Dans le même ordre d’idées, il existe une expression selon laquelle « il n’est habillé que de peau » - « je oblečen jen v kůži ». Toujours en référence à l’habillement, il peut avoir « le pantalon qui pend sur lui » - « kalhoty na něm visí », ou alors en comparant le personnage à un portemanteaux, on « peut pendre les chapeaux à lui » - « klobouky na něho můžeme věšet ».

Un peu ironiquement, et on peut même parler d’euphémisme, les Tchèques disent parfois de quelqu’un qu’il « est mince autour des côtes » - « je štíhlý okolo žeber ». Bref, une autre façon de dire que l’on « peut compter ses côtes » - « žebra mu můžeme spočítat », qu’il « n’en reste que la moitié » - « je ho jenom polovice », ou, formules très imagées, qu’il « n’y a plus qu’à lui mettre une bougie dans l’estomac » - « jen mu dát svíčku do žaludku », ou qu’il « ne luit, brille que des dents » - « svítí jen zuby », si celles-ci ne sont toutefois pas trop jaunes.

Enfin, d’autres fois, de quelqu’un de maigre, les Tchèques peuvent encore dire qu’il « avait l’habitude d’avoir des cafards pour le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner sans les faire roussir » -« míval šváby k snídani, k obědu i k večeři bez zásmažky », ou qu’il « a sur lui autant de graisse qu’un moustique » - « je na něm sádla co na komáru ». A ce moment-là, si la personne en question a « la bouche comme une petite cuillère » - « má hubu jako lžičku », ou expose un derrière dont les fesses ressemblent à deux graines de cumin - « má zadek jak dva kmínky », alors il ne reste malheureusement presque plus qu’à « la coucher dans la tombe » - « jenom do hrobu ho položit ».

C’est sur cette triste note que se referme non pas la tombe mais ce « Tchèque du bout de la langue » consacré aux expressions relatives aux gros et aux maigres. En attendant de vous retrouver dès la semaine prochaine, portez-vous plus que jamais du mieux possible - mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous - slunce v duši, salut et à bientôt – zatím ahoj !