Le tchèque langue étrangère en Slovaquie, le slovaque autorisé en Tchéquie

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Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague – Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Récemment nous nous étions posé la question de savoir si le tchèque et le slovaque étaient deux langues slaves certes très proches l’une de l’autre mais différentes ou s’il était possible de parler d’une seule et même langue commune, la langue tchécoslovaque. Nous allons revenir sur le sujet en nous intéressant pour cette fois à l’usage du tchèque en Slovaquie et du slovaque en République tchèque.

Nous l’avons dit, seules les jeunes générations de Tchèques, qui n’ont pas connu la Tchécoslovaquie avant sa partition, possèdent des problèmes de compréhension lorsqu’ils entendent la langue de leurs voisins, en l’occurrence la slovaque. Les Tchèques plus âgés le comprennent, eux, parfaitement, quant aux Slovaques, quelle que soit la génération à laquelle ils appartiennent, ils comprennent tous aisément le tchèque. La langue et la culture tchèques sont en effet beaucoup plus présentes en Slovaquie, notamment dans les programmes télévisés, que ne l’est le slovaque en République tchèque. Par ailleurs, un nombre beaucoup plus important de Slovaques, travailleurs comme étudiants, vivent en République tchèque, tandis que les Tchèques en Slovaquie sont plus rares.

Au niveau législatif, les choses sont un peu plus compliquées. En 2009, le Parlement slovaque a notamment adopté une loi sur la langue d’Etat. Depuis, le tchèque est donc devenu de facto une langue étrangère en Slovaquie et son utilisation orale comme écrite dans la communication avec l’administration est devenue passible d’une amende. Auparavant, une loi conférait au tchèque un statut spécial de langue dite « compréhensible ». Cette loi et cette position privilégiée permettaient l’emploi du tchèque dans l’administration mais aussi par exemple dans la presse. Au cinéma, certains films étrangers étaient même projetés uniquement avec des sous-titres tchèques et non pas slovaques. A l’époque, le ministère slovaque de la Culture avait expliqué que l’adoption de cette nouvelle loi visait d’abord à protéger les Slovaques ne comprenant pas les langues étrangères, notamment l’anglais et le hongrois, une forte minorité hongroise vivant en Slovaquie. Le tchèque, jusqu’alors pratiquement considéré comme la deuxième langue d’Etat non officielle, a donc pâti des relations tendues et de la querelle linguistique qui existent entre Slovaques et Hongrois de Slovaquie.

Blanka Maňkovská est présidente de l’Alliance tchèque dans la région de Zvolen-Banská Bystrica. L’Alliance tchèque est une organisation apolitique dont l’objectif est de diffuser la langue et la culture tchèques en Slovaquie. Blanka Maňkovská explique à quels genres de situations elle est confrontée depuis l’entrée en vigueur de la loi :

« Aujourd’hui, la situation est compliquée. Une nouvelle loi sur la langue slovaque a été récemment adoptée, et par exemple lorsque je veux réunir les membres de l’Alliance tchèque, l’invitation doit être rédigée en slovaque. Je pourrais l’écrire en tchèque, mais alors il ne faudrait pas qu’il y ait de Slovaques parmi nous. Or notre Alliance est bien entendu une sorte de mixture, il y a un certain nombre de membres slovaques dont les enfants vivent en Tchéquie. Donc l’invitation est en slovaque. Toutefois, cette invitation pourrait être en tchèque et en slovaque, comme la loi l’autorise. »

En République tchèque, la situation est différente. Même si, comme nous l’avons expliqué, il n’est plus nécessairement très bien compris de tous les Tchèques, le slovaque n’y est toutefois pas considéré comme une langue étrangère à proprement parler et possède un statut particulier. Selon les statistiques, environ 200 000 personnes parlent slovaque en République tchèque, ce chiffre prenant en compte aussi bien les Tchèques d’origine slovaque que les ouvriers en provenance de l’est de la Slovaquie travaillant dans le bâtiment et dont le dialecte se rapproche bien plus de l’ukrainien que du tchèque. On distingue cependant deux grands groupes de Slovaques en République tchèque. Dans le premier figurent ceux qui s’efforcent de parler tchèque lorsqu’ils communiquent avec des Tchèques, et dans le second ceux qui préfèrent parler slovaque en supposant que cela ne pose aucun problème de compréhension pour les Tchèques. Notons d’ailleurs à ce propos que certains Tchèques apprécient particulièrement cette démarche, et notamment les jeunes hommes qui ont un faible pour les jeunes filles slovaques parlant slovaque. En un mot, ils trouvent cela sexy.

Cette compréhensibilité entre les deux langues vaut donc au slovaque un statut particulier dans les cœurs tchèques mais également dans la législation. En effet, à la différence des autres langues minoritaires existantes en République tchèque, les Slovaques peuvent utiliser leur langue maternelle sans avoir recours à l’aide d’un interprète ou d’un traducteur dans la plupart de leurs démarches administratives. Autre preuve de la tolérance des Tchèques, les Slovaques qui suivent leurs études supérieures dans les universités et écoles tchèques ont le droit d’utiliser leur langue maternelle. Par exemple, lors des examens d’entrée, les questions sont certes posées en tchèque, mais les Slovaques peuvent formuler leurs réponses en slovaque. Et il en va de même durant la suite de leurs études, même si, bien entendu, cela va de soi, cela n’est plus possible lorsque des Slovaques choisissent de se lancer dans des études de philologie ou de lettres tchèques…

C’est sur cette constatation confirmant la proximité entre les langues tchèque et slovaque que s’achève ce « Tchèque du bout de la langue ». Par rapport à l’histoire des deux langues, leur évolution et aux rapports qu’entretiennent aujourd’hui encore les deux peuples, la question de savoir si tchèque et slovaque sont deux langues différentes ou constituent une seule et même langue semble donc légitime. Reste à y trouver une réponse ou au moins à se faire une opinion, et nous espérons vous y avoir aidés…