Les Allemands des Sudètes, étaient-ils vraiment la 5e colonne de Hitler?

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La récente déclaration du Premier ministre tchèque, Milos Zeman, à l'hebdomadaire autrichien, Profil, à savoir qu'une partie des Allemands des Sudètes étaient la 5e colonne de Hitler, a déclenché une avalanche de polémique à ce sujet. L'historien, Vaclav Kural, essaie d'expliquer. Jarka Gissubelova.

Quant au terme la 5e colonne, il a été employé lors de la guerre civile en Espagne, lorsque le général Franco, se dirigeant avec ses 4 colonnes vers Madrid, a parlé d'une 5e, agissant contre les défenseurs de la république, de l'intérieur. Sur l'exemple de faits historiques, l'historien Kural montre que l'emploi du terme en rapport avec les activités politiques des Allemands des Sudètes, en Tchécoslovaquie, avant Munich, n'est pas dû au hasard. Le succès électoral du parti sudéto-allemand de Konrad Henlein, en 1935, a servi à Hitler de main tendue de la Bohême et de la Moravie. Une victoire de l'orientation pro-hitlérienne, au sein de ce parti, en novembre 1937, a ouvert la voie au rattachement des Sudètes au Reich. Henlein a, alors, adressé un mémorandum à Hitler, où il dit qu'une coexistence des Allemands et des Tchèques est impossible, que la question ne peut être réglée que par le Reich, et que son parti est prêt à se soumettre aux ordres. Hitler y répond en nommant Henlein gouverneur des Sudètes et en ordonnant que son parti présente au gouvernement de Prague des revendications inacceptables, avant que le Reich ne décide du sort de la Tchécoslovaquie. La quasi-totalité des Allemands des Sudètes appuyait le plan d'une guerre allemande contre les Tchèques, consistant dans la germanisation et dans l'annexion de l'Etat tchèque au Reich. La pression augmentait. Après un coup d'Etat raté, en septembre 1938, le parti de Henlein a procédé à la création d'un corps de 40 000 hommes qui menaient des attaques armées contre les gardes des frontières tchécoslovaques. Les activités subversives du parti sudéto-allemand ont culminé par un appel de Henlein à Hitler, lui demandant la sécession immédiate des régions frontalières, pour que les Allemands des Sudètes puissent retourner, enfin, chez eux, dans leur patrie. Le rappel de ces faits historiques témoigne que les Allemands des Sudètes n'étaient pas un objet passif dans le jeu des grandes puissances, mais des acteurs actifs et des artisans de Munich et de ses conséquences d'après-guerre. Si le Rassemblement sudéto-allemand refuse de le reconnaître, point étonnant que de temps à autre, la partie tchèque se trouve obligée de rappeler le rôle de 5e colonne joué par les Allemands des Sudètes, conclut l'historien Kural.