« Les archives et leur utilisation comme point central » : Zbyněk Baladrán exposé à Montreuil

Des fissures dans l’archive

L’artiste tchèque basé à Prague Zbyněk Baladrán est exposé à partir de cette semaine à la Maison populaire de Montreuil dans la banlieue de Paris. Intitulée Des fissures dans l’archives, cette exposition s’inscrit dans le cycle Actes de langage proposé par les deux commissaires en résidence dans cette institution associative de Seine-Saint-Denis, Simona Dvorák et Tadeo Kohan.

Pourquoi avoir choisi d’inviter l’artiste tchèque Zbyněk Baladrán ?

Zbyněk Baladrán | Photo: Tomáš Vodňanský,  ČRo

Simona Dvorák : « C’était surtout en rapport à son travail qui est très lié à des questions abordées dans l’exposition : l’archive, l’histoire, l’écriture de l’histoire dans deux régimes différents, le régime communiste en Tchécoslovaquie et le régime libéral après la chute du mur. Il travaille sur une sorte de prospection, sur cette transition entre deux régimes et ses conséquences sur la société. Cela nous a beaucoup intéressés pour notre cycle d’expositions qui traite de la question de la performativité du langage et de l’impact des informations sur la réalité. Le choix de Zbyněk Baladrán est inscrit dans ce sujet et on adore son travail qui est intéressant et fort. »

Zbyněk Baladrán,  'Contingent Propositions',  2015 | Photo: François Doury,  courtesy of the artist and Galerie Jocelyn Wolff

Vous êtes vous-même d’origine tchèque et connaissez bien le milieu artistique du pays – cela a t-il été difficile de choisir un seul artiste ?

« Non pas du tout, cela a été très clair pour ce choix fait avec Tadeo Kohan, qui est co-commissaire de l’exposition. »

Avez-vous repéré une touche tchèque chez Zbyněk Baladrán ?

Zbyněk Baladrán,  'From the Old Theological Jokes',  2017 | Photo: François Doury,  courtesy of the artist and Galerie Jocelyn Wolff

Tadeo Kohan : « Je ne sais pas s’il y a une touche tchèque dans son travail, mais il y a des problématiques abordées qui sont liées à l’histoire de la Tchéquie et à son présent. Je pense que ce sont des problématiques traitées de façon assez partageable dans le sens où il est vraiment question de notre monde néo-libéral et des politiques mises en place pour maintenir un certain pouvoir – politique, médiatique ou financier – sur les sociétés. Le travail de Zbyněk Baladrán est évidemment inscrit dans une histoire particulière mais il parle à toutes et tous aujourd’hui. »

Zbyněk Baladrán,  'Minus 10 Anarcho-Communist minutes',  2013 | Photo: François Doury,  courtesy of the artist and Galerie Jocelyn Wolff

Cette thématique des archives est encore très présente en Tchéquie et encore plus en cette période électorale, avec la présidentielle marquée par le poids de l’archive dans les parcours des deux candidats…

Simona Dvorák et Tadeo Kohan | Photo: Catherine Radosa,  Maison Populaire

Simona Dvorák : « Cette question est évidemment très présente en Tchéquie, mais elle est présente partout parce que l’écriture de l’histoire est faite par les vainqueurs. Cela nous intéresse de manière générale, la perception de l’histoire et de l’archive dans un contexte particulier avec leur collecte dans une certaine hiérarchie. Cette question est très particulière avec un contrôle extrême des archives avec un format très officiel, mais il y a aussi ailleurs l’histoire impérialiste, coloniale… »

Zbyněk Baladrán,  'Minus 10 Anarcho-Communist minutes' | Photo: François Doury,  courtesy of the artist and Galerie Jocelyn Wolff

Tadeo Kohan : « Peut-être que ce qui nous intéressait dans l’archive et qui se retrouve dans le travail de Zbyněk Baladrán est la manière dont ces archives sont utilisées comme outil politique. L’archive est un document plutôt neutre en soi mais la manière de le lire, de le présenter ou de s’en saisir qui peut créer un discours politique. La question de la manière dont les personnalités politiques, passées ou actuelles, se servent des archives est vraiment le point central de cette exposition. »

https://www.maisonpop.fr/des-fissures-dans-l-archive

Des fissures dans l’archive | Source: Maison Populaire