Les banques alimentaires tchèques face à la pénurie

Photo: Agnés Joyaut

Présentes sur le sol tchèque depuis 2006, les banques alimentaires, qui s’emploient à redistribuer des dons alimentaires à ceux qui en ont besoin, sont menacées ce printemps de pénurie. Depuis janvier, elles ont collecté 28 tonnes de produits alimentaires là où les besoins pour toute une année s’élèveraient à 2 500 tonnes. Pour parler de cette situation, Radio Prague a contacté Fabrice Martin-Plichta, le directeur de la Fédération tchèque des banques alimentaires.

Fabrice Martin-Plichta, photo: Šárka Ševčíková, ČRo
« Actuellement, les banques alimentaires – il y en a cinq au sein de la fédération tchèque – sont en effet un peu vides. C’est souvent le cas en hiver mais cette année la situation perdure et nous ne savons pas trop pourquoi. Il y a plusieurs facteurs, sûrement dans l’organisation de la production. De plus en plus, les entreprises, même dans l’industrie agroalimentaire, travaillent à la commande. Elles réduisent donc les stocks et il y a moins de produits qui peuvent arriver à un moment ou à un autre en fin de vie. Ce sont des produits en moins pour les banques alimentaires dont ils sont le fonds de commerce. »

Y a-t-il un accroissement de la pauvreté et donc de la demande en aliments ?

Photo: Archives de Radio Prague
« La demande est constante. Elle a tendance à augmenter depuis ces dernières années mais cela est lié à plusieurs phénomènes. La grande pauvreté n’augmente pas mais certaines, dont les biens se retrouvent saisis en particulier, sont de plus en plus nombreuses à avoir besoin d’une aide alimentaire pour leur permettre de rembourser leurs emprunts. Car le surendettement s’est beaucoup développé ces dernières années et donc c’est une catégorie qui pèse. Il y a aussi les personnes âgées : les retraites n’ont pas été augmenté ou sinon de manière très faible ces derniers temps. Les plus basses retraites souffrent surtout si les personnes sont malades, ont des gros frais de santé et ont un loyer assez élevé. Ces personnes ont souvent du mal à joindre les deux bouts et ont besoin d’un petit complément alimentaire. »

Comment les banques alimentaires font face à la pénurie ?

« Nous contactons actuellement nos fournisseurs traditionnels, nous essayons d’en démarcher de nouveaux, de faire appel à la générosité. Et puis nous essayons d’étendre notre réseau de donateurs parmi les hypermarchés. Mais là aussi, les stocks sont très moyens. »

Il y a une exception en République tchèque : ces hypermarchés ont en effet plutôt intérêt à liquider leurs stocks plutôt qu’à en faire don aux banques alimentaires. Vous pouvez nous expliquer pourquoi ?

Photo: Agnés Joyaut
« Tout d’abord, le traitement des déchets est relativement peu couteux en République tchèque. Ensuite, tout don de produit alimentaire, ou tout don en général, est assujetti à la TVA. Le taux est de 15% pour les produits alimentaires. C’est une enveloppe somme toute assez importante dès qu’une entreprise souhaite donner des produits. Il faut imaginer que pour 100 000 couronnes de produits, c’est tout de suite 15 000 couronnes de TVA. Ce sont des produits qui ont été achetés et n’ont pas été vendus. Il s’agit donc de coûts assez importants pour les entreprises qui ne peuvent pas forcément se le permettre à une époque où la concurrence est aiguë entre les différentes chaînes alimentaires, où les consommateurs sont toujours très prudents et à l’affut des offres, des produits en solde. Et il y a donc relativement peu de marge pour après donner. »

Le nouveau gouvernement du social-démocrate Bohuslav Sobotka est-il à l’écoute des revendications que peuvent porter les banques alimentaires ? Notamment sur le fait que ces banques ne sont pas mentionnées dans la loi sur les services sociaux ?

Photo: Agnés Joyaut
« Nous travaillons dans cette direction. D’abord pour qu’on change la législation ou au moins qu’on trouve un modus vivendi sur cette question de TVA pour que nous soyons exonérés. C’est le cas dans la plupart des pays européens : en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Autriche, etc. Ensuite nous voulons que cette loi sur les services sociaux prennent en compte notre service qui est un véritable complément à tout travail social envers des populations en difficulté.

C’est toujours assez choquant d’entendre que nous ne sommes pas un service social. Les banques alimentaires fonctionnent elles-mêmes comme des services sociaux car nous employons souvent des personnes au chômage de longue durée que nous resocialisons ou remettons au travail ou des personnes avec un handicap, etc. Et puis nous servons toutes ces populations qui ont des besoins particuliers. »