Les communistes tchèques toujours présents sur la scène politique

Le chef du parti, Vojtěch Filip au congrès du Parti communiste de Bohême et de Moravie (KSČM), photo: ČTK

Les communistes tchèques toujours présents sur la scène politique Les communistes tchèques sont toujours présents sur l’échiquier politique local ; la modification envisagée du Code du travail suscite de vives polémiques; le phénomène du marathon existe, aussi, en Tchéquie; le Canada a été une terre d’accueil pour des milliers de Tchèques ; les entreprises réclament une procédure d’accueil plus souple de la main d’œuvre étrangère; la Télévision tchèque prépare un film sur le destin tragique d’un sculpteur qui a « tendu la main au diable ». Tels sont les sujets traités dans cette revue de presse.

Le chef du parti, Vojtěch Filip au congrès du Parti communiste de Bohême et de Moravie (KSČM), photo: ČTK
Le congrès du Parti communiste de Bohême et de Moravie (KSČM) qui s’est tenu au cours du week-end écoulé est le sujet d’une analyse qui a été mise en ligne sur le site echo24.cz. Selon son auteur, Dalibor Balšínek, ses résultats n’ont pas une grande importance en dépit du fait qu’une aile radicale imposant une ligne dure fasse désormais partie de la direction du parti. Ce qui semble plus important pour lui est le fait que cette formation, responsable des crimes commis dans le pays dans la deuxième moitié du siècle écoulé, soit toujours représentée au Parlement, ses intentions de vote se situant actuellement entre 12 et 15%. L’éditorialiste a écrit dans ce contexte:

« Le Parti communiste n’est pas une secte ou une formation fascisante comme l’est le Parti ouvrier DDSS, car elle bénéficie d’un soutien électoral comparable à celui des libéraux, de différents partis centristes ou des Verts dans les démocraties développées. L’existence des communistes en tant que parti parlementaire représente un phénomène unique à l’échelle européenne. Et à la différence des autres partis totalitaires de l’ancien bloc soviétique, les communistes tchèques n’ont même pas changé de nom de leur organisation. Dans les années 1990, on aimait prétendre que le Parti communiste allait disparaître tout naturellement. Mais il est toujours là. »

Un constat et une légitimation qu’il y a toujours lieu de rappeler tant que l’on veut vivre dans un pays démocratique, souligne enfin l’auteur du texte publié sur le site echo24.cz.

La loi sur le travail également dans la ligne de mire, en Tchéquie

Photo: Archives de Radio Prague
« Nous avons un retard à ratrapper et, pourtant, nous inventons des absurdités qui n’existaient même pas sous le socialisme. » C’est ce qu’a déclaré l’économiste Vladimir Dlouhý, chef de la Chambre d’économie de la République tchèque pour le site aktualne.cz en réaction au projet de modification du Code du travail soumis cette semaine par le ministère du Travail et des Affaires sociales. Estimant que celui-ci n’encourage pas une plus grande flexibilité du marché de travail, il a précisé :

« Au cours de l’année écoulée, la situation économique du pays a été très bonne, mais la modification proposée du Code du travail ne permet pas de donner un nouveau coup d’accélérateur. A mon sens, elle limite les activités des entreprises et tout nouvel élan, ce qui ne pourra qu’amoindrir la capacité de concurrence de l’économie tchèque. Pour cette raison, nous ne pourrons jamais atteindre le niveau des pays développés de l’Europe occidentale et disposer d’un plus grand pouvoir d’achat, car les salaires réels n’augmenteront pas. »

Selon Vladimir Dlouhý, la possibilité de licenciements des employés, dignes mais aussi rapides, est une des conditions permettant de rendre le marché du travail plus souple. Empêcher la régulation de l’emploi en « home office » proposée par le gouvernement serait une autre condition importante s’inscrivant dans cette logique. Le chef de la Chambre d’économie s’est enfin exprimé sur ce qu’il appelle la « dégénération sociale » en disant:

« Tout en devenant de plus en plus riches, nous avons moins d’ambitions. Nous privilégions les lois sur le travail. En Europe et dans notre pays, nous créons un milieu dans lequel nous voulons tous nous sentir protégés. Le Parti pirate en Allemagne va jusqu’à insister sur le droit de ne pas travailler et de toucher 1 500 euros par mois. Pour moi, cela signifie, entre guillemets bien sûr, la fin du monde ».

Le phénomène du marathon et la Tchéquie

Photo: Štěpánka Budková
L’épidémie actuelle de course à pied est un mystère, il s’agit toutefois d’une épidémie plutôt sympathique. C’est ce que signale un texte publié dans l’hebdomadaire Respekt qui réfléchit sur les causes de la popularité de cette discipline sportive et, plus particulièrement, de celle du marathon auprès d’une grande partie de la population. Son auteur Martin M. Šimečka a écrit :

« Il est étrange de voir des milliers et des milliers de gens courir dans les villes sans avoir pour cela de raison particulière. Qu’est-ce qui les pousse à contraindre leur esprit à dépasser leur corps qui se révolte, car à en juger d’après la technique des coureurs amateurs, leur souffrance physique doit être effectivement considérable. Et pourtant, il paraît qu’un nombre de plus en plus important d’êtres humains est prêt à soumettre leur corps à cette épreuve. Si, il y a une quarantaine d’années, un coureur dans un parc était un élément exotique, aujourd’hui, on pourrait dire que c’est le piéton qui est devenu une espèce rare ».

Les aspects sanitaires mis à part, une émotion personnelle très forte et la possibilité de la partager sur les réseaux sociaux semblent constituer les principaux atouts de la course telle qu’elle est aujourd’hui massivement pratiquée. L’auteur du texte estime en outre que le sentiment de faire partie d’une foule qui court en commun en pleine ville est « à tel point atavique qu’il dépasse toute définition. » En Tchéquie, des données statistiques précises pouvant indiquer combien de personnes courent au moins une fois par semaine n’existent pas. Il est cependant certain que la pratique de la course et le phénomène du marathon sont à leur comble aujourd’hui dans le pays.

Le Canada : un pays d’accueil pour des milliers de ressortissants tchèques

Face au drame des réfugiés auquel le monde est aujourd’hui confronté, on a tendance à oublier combien il y avait, dans le passé, de ressortissants tchèques qui ont fui le régime communiste pour trouver refuge à l’étranger. C’est ce que signale l’édition de ce jeudi du quotidien Mladá fronta Dnes en rapport avec la parution d’un ouvrage consacré à la présence tchèque au Canada et qui rappelle :

« On ne saurait évaluer exactement le nombre des Tchèques qui ont quitté le pays pendant les quarante années de régime communiste. Etait-ce peut- être un quart de millions ? Ce que l’on sait en revanche, c’est que beaucoup d’entre eux se sont établis au Canada. Tandis que tout le monde connaît l’histoire de l’écrivain de renom, Josef Škvorecký, les noms des autres ressortissants tchèques pour lesquels le Canada est devenu une terre d’accueil et une nouvelle patrie, demeurent méconnus. Et pourtant, il ne faut pas oublier qu’aux heures les plus sombres, le Canada a offert à des milliers de Tchèques et de Slovaques une chance d’entamer une nouvelle vie et l’espoir d’un nouvel avenir. »

Le journal constate également que c’est à Toronto, au Canada, qu’un premier monument « tchèque » dédié aux persécutions communistes a été érigé.

Les menaces des entreprises en manque de main d’œuvre

Photo: Kristýna Maková
Les entreprises tchèques sont actuellement en manque de près de 120 000 employés, suite à quoi elles doivent refuser des commandes. Menaçant de partir à l’étranger, leurs représentants appelent le gouvernement à faciliter la procédure d’accueil des ressortisants étrangers. Le quotidien économique Hospodářské noviny a précisé :

« Près de 300 entreprises qui font face à ce problème souhaitent accueillir des ressortissants venus de pays qui ne sont pas membres de l’Union européenne. Le plus grand potentiel est attribué aux candidats ukrainiens qui sont considérés comme adaptables et communicatifs. La procédure d’accueil est pourtant compliquée et longue, car selon la législation en vigueur, les citoyens des ‘pays tiers’ ne peuvent occuper que des postes proposés par l’Office du travail de la République tchèque et pour lequel aucun citoyen du pays ou de l’Union européenne n’a manifesté d’intérêt pendant trente jours. Ainsi, la procédure d’accueil d’un employé ukrainien peut durer tantôt trois mois, tantôt une année.

Or, les entreprises cherchent à imposer un raccourcissement et une simplification de cette procédure. Il s’agit aussi de favoriser l’entrée sur le marché du travail de certaines professions précises : artisans, métallurgistes, soudeurs, monteurs, outilleurs, couturières, conducteurs. Dans le cas contraire, plusieurs entreprises menacent de délocaliser leur production et de s’établir ailleurs, par exemple, en Chine.

Le sculpteur qui a tendu la main au diable

La maquette du monument dans le parc de Letná, photo: ČTK
Le Monstre est le titre d’un film réalisé actuellement pour la Télévision tchèque qui retrace le destin tragique du sculpteur tchèque Otakar Švec qui s’est rendu tristement célèbre dans les années 1950 en tant qu’auteur d’un monument gigantesque dédié au dictateur soviétique Joseph Staline. Une maquette de ce plus grand ensemble de sculptures à son époque à l’échelle européenne se voit construite à cette fin dans le parc de Letná à Prague, avant d’être dynamitée tout comme l’avait été, en 1962, la statute d’origine. Le quotidien Lidové noviny a donné plus de détails à ce sujet :

« Le film ne présentera pas le sculpteur comme un communiste convaincu mais comme un homme qui voulait vivre normalement, qui voulait garder sa dignité, son profesionnalisme, l’amour de sa femme et la confiance de ses collègues. Mais la folie de l’époque l’a finalement ratrappé. Après avoir gagné l’appel d’offre lancé par les autorités communistes, le sculpteur s’est suicidé avant même l’inauguration du monument. Il s’agira donc de présenter l’histoire d’un homme noble, un grand artiste qui a cédé une seule fois à la tentation en tendant la main au diable. »

A noter que le réalisateur du film, Viktor Polesný, s’est fait récemment remarquer par une autre réalisation puisant dans l’histoire tchèque, inspirée de l’affaire Hilsner au début des années 1900, liée à une vague d’antisémitisme dans la région de Vysočina.