Les contes pour enfants et adultes d'Olga Scheinpflugova

Olga Scheinpflugova, photo: CTK

Olga Scheinpflugova était avant tout comédienne. Déjà dans les années vingt et trente du XXe siècle, elle excellait dans les grands rôles du répertoire classique et moderne au Théâtre de Vinohrady et au Théâtre national de Prague. Parallèlement, elle était aussi femme de lettres et son activité dans ce domaine a été riche. Romancière, dramaturge et poétesse, elle n'entendait pas rester à l'ombre de Karel Capek, son ami qui devait aussi devenir son époux. Elle aimait et admirait cet homme considéré encore aujourd'hui comme l'écrivain tchèque le plus important de la première moitié du XXe siècle. Cette amitié était pour elle aussi une importante source d'inspiration. Comme Karel Capek, elle écrivait des romans, des pièces de théâtre et des poèmes. Comme lui, elle écrivait également des contes de fées. Un recueil de ces oeuvres mineures qui n'en méritent pas moins l'attention des lecteurs est paru aux éditions Knizni klub sous le titre « Le bâton de vagabond et autres contes ».

Olga Scheinpflugova,  photo: CTK
Aujourd'hui, on ne lit plus beaucoup les romans d'Olga Scheinpflugova, appréciés jadis pour leur originalité. De même, ses pièces de théâtre aux dialogues sémillants ne sont pratiquement plus jouées. En revanche, on lit toujours ses deux livres des Mémoires dans lesquels elle retrace sa vie riche et passionnée qui n'a pas manqué de moments tragiques. Dans « Le Roman tchèque », livre qui peut être considéré comme le premier tome de ses Mémoires, elle évoque sa liaison avec Karel Capek. Cette longue amitié avec l'écrivain, marquée par une rupture puis une réconciliation, est décisive pour sa vie. Elle n'épouse Karel Capek que peu de temps avant la mort de l'écrivain en 1938, mais restera fidèle à sa mémoire pendant le reste de son existence.

Karel Capek avec Olga Scheinpflugova,  photo: CTK
Dans le livre «J'ai été de ce monde » rédigé plus tard, elle jette sur sa biographie un regard plus général et plus objectif. Elle parle de sa jeunesse à la campagne, de son père Karel Scheinpflug, lui-même écrivain, dramaturge et journaliste, de la société tchèque du début du XXe siècle. Elle consacre des pages savoureuses à sa carrière théâtrale et aux célèbres comédiens et comédiennes qu'elle côtoyait dans les théâtres pragois. Ses Mémoires resteront inachevés car elle n'aura pas eu le temps de raconter sa disgrâce sous le régime communiste et son retour à la gloire dans les années soixante qui seront les dernières années de sa vie. Son existence terrestre prendra fin quelque mois seulement avant l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie en 1968.


Olga Scheinpflugova a écrit des contes pour enfants à différentes étapes de sa vie et en a publié plusieurs recueils. C'est Stanislava Zabrodska qui a préparé à l'édition le dernier recueil de contes d'Olga Scheinpflugova paru en Tchéquie. Le livre est intitulé « Le Bâton de vagabond » :

«C'est un nouveau recueil, une sélection de contes d'Olga Scheinpflugova qui se divise en trois ensembles : les contes sur les choses, les contes sur les êtres et les contes sur la nature. Notre intention était de rappeler aux lecteurs l'art d'Olga Scheinpflugova parce qu'il s'avère que beaucoup de gens ne savent plus qu'elle écrivait des contes de fées. Cela fait déjà assez longtemps qu'ils avaient été publiés pour la dernière fois. J'espère que nous avons réussi à réaliser notre intention. »

Le conte intitulé « Le bâton de vagabond » a donné le titre à tout le livre. Stanislava Zabrodska explique pourquoi :

« Au fond, c'est mon conte préféré, et quand on prépare à l'édition les oeuvres choisies d'un auteur, c'est toujours, qu'on le veuille ou non, une affaire personnelle. On y voit qu'Olga Scheinpflugova était comédienne et, en tant que telle, elle savait observer les gens. Cette acuité d'observation est manifeste dans tous ses contes, donc aussi dans « Le bâton de vagabond ». Les vagabonds étaient synonyme de liberté, d'insouciance, peut être aussi d'irresponsabilité. Je pense qu'Olga Scheinpflugova a parfaitement saisi tout cela. »

Les contes d'Olga Scheinpflugova ne sont pas toujours optimistes et ne se terminent pas toujours par un heureux dénouement. Il y en a qui, au contraire, sont sombres et pessimistes et montrent la face tragique et absurde de l'existence. On en vient à se demander s'il s'agit encore de littérature recommandable pour les enfants et les jeunes. Pour quel public Olga Scheinpflugova a-t-elle écrit ces contes.

« Il ne faut pas oublier que c'est une sélection de contes de plusieurs livres. Les Contes bariolés (Barevne pohadky) ont été publiés déjà en 1924 au moment où mademoiselle Scheinpflugova n'avait que 22 ans. C'était un livre écrit pour les enfants de ses amis. Alors, dès la rédaction des premiers contes, elle avait à l'esprit des enfants concrets. Aujourd'hui, les lecteurs sont très influencés par les contes de fées tchèques du XIXe siècle, ceux de Bozena Nemcova et de Karel Jaromir Erben, mais les contes de fées ne doivent pas forcément être gais. Olga Scheinpflugova écrivait pour une autre génération. D'ailleurs, déjà au XIXe siècle, on écrivait des contes de fées qu'on pourrait qualifier de contes d'horreur, par exemple certains contes d'Andersen ne sont pas gais non plus. Olga Scheinpflugova écrivait tout simplement des contes différents. »