Les débuts de l'aviation tchèque

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90 ans se seront écoulés depuis le premier vol réalisé par un pilote tchèque, Jan Kaspar. Une occasion de vous proposer un coup d'oeil sur l'histoire de l'aviation tchécoslovaque dont les débuts sont étroitement liés à la France.

Le pionnier de l'aviation tchèque, c'est l'ingénieur Jan Kaspar. Né en 1883 dans la ville de Bohême orientale, Pardubice, il était le premier pilote et constructeur d'avion chez nous. Après ses études à Prague et à Mayence et après un court emploi dans l'usine automobile Laurin-Klement, précurseur de Skoda, il retourne dans sa ville natale et construit son premier avion. C'est un monoplan qui pourrait être comparé au modèle français Antoinette.

Lorsque, le 25 juillet 1909, Louis Blériot survole La Manche, Jan Kaspar ne tarde pas à acheter en France l'appareil du même type qu'il va doter d'un nouveau moteur de sa construction. Le premier vol a lieu le 16 avril 1910, à Pardubice, et Kaspar survole alors une distance de 2 kilomètres. Difficile d'imaginer aujourd'hui les réactions que cet événement historique avait suscitées... L'aviation faisait seulement ses premiers pas. Peu de temps après son premier vol, Jan Kaspar trouve ses successeurs parmi des Français: Jullerot et Schweitzer sont invités par l'équipe d'aviateurs tchèque pour essayer les nouveaux appareils à Plzen.

Le 19 juin 1910, l'ingénieur Kaspar organise la première production publique à Pardubice. Au mois d'août de la même année, c'est finalement Prague qui accueille Jan Kaspar, sur la plaine de Prosek. Le 13 mai 1911 est la date du premier vol à distance de 120 kilomètres, de Pardubice à Prague, que Kaspar réussit à réaliser en 1 heure 32 minutes...

Après ce succès, Jan Kaspar fonde à Pardubice la première école de l'aviation. Ses plans sont, hélas, interrompus par la Première Guerre mondiale. L'armée autrichienne confisque tous les appareils. L'année 1919 marque un tournant décisif dans l'histoire de l'aviation: on commence à discuter de l'introduction du transport par avion. Un an après, deux compagnies aériennes privées voient le jour dans l'ancienne Tchécoslovaquie: Falco et Icarus. De cette époque date aussi la participation tchécoslovaque dans la compagnie franco-roumaine pour le transport par avion. En octobre 1920, on commence à pratiquer le transport aérien sur le trajet Paris - Strasbourg - Prague...

Entre-temps, le développement de nouveaux modèles connaît un essor impressionnant. Les usines aéronautiques Letov, Aero et Avia offrent au monde des appareils dépassant par leur qualité les avions fabriqués en France, le pays qui détient, à l'époque, une priorité dans ce domaine. La meilleure preuve en est la victoire des avions tchécoslovaques aux concours internationaux de vols à grande distance.

Le 4 octobre 1925, un autre pilote tchèque, Jiri Jira, s'est fait distinguer en tant que premier Tchèque ayant survolé La Manche. Son vol de Prague à destination de Londres est accompagné par l'intempérie: des pluies incessantes et des brumes épaisses le contraignent à atterrir à Nuremberg. Après un repos, il atteint, en 3 heures, Paris, d'où il continue vers le Nord. C'est une fois de plus la brume qui le rattrape au-dessus du canal... Plus d'une heure, il vole à proximité du phare Folkeston essayant de reconnaître le terrain. En vain. Une nouvelle tentative, le lendemain, se termine encore par un échec. Décidé de retourner à Prague, Jira s'aperçoit tout d'un coup que la brume devient moins épaisse au-dessus du canal. Une dernière fois, il tente la chance et, cette fois-ci, il gagne. A 10 mètres seulement au-dessus de la mer agitée, il atterrit après un vol pénible le long des côtes de l'Angleterre. Le lendemain, Jiri Jira est salué à Londres comme le premier pilote tchécoslovaque ayant traversé la mer...

Le retour de Jira à Prague devait se dérouler sans escale, mais c'est encore le mauvais temps qui le contraint à atterrir en Allemagne. La dernière étape de son vol se passe déjà sans problèmes. Le 11 octobre, Jiri Jira atterrit à Prague. Durant tout le trajet, le moteur marchait à plein, sans difficultés quelconques, fournissant ainsi la meilleure preuve de la qualité des avions tchèques.