Les Digressions pragoises : « J’ai deux cœurs qui battent dans la même poitrine, Prague et Tunis »
Prague et Tunis. Deux villes que tout semble opposer en apparence,, mais qui, sous la plume d’Hatem Bourial, révèlent d’étranges similitudes, les deux cités se faisant même écho. Entretien avec l’auteur du livre « Les Disgressions pragoises », un ouvrage qui est bien plus qu’un simple carnet de voyage.
Le journaliste, chroniqueur littéraire, animateur de radio et écrivain tunisien n’en est pas à son coup d’essai. Après « Helsinki Jazz », qui retrace ses voyages en Finlande, Hatem Bourial récidive en Europe centrale avec ses « Digressions pragoises », une compilation de carnets de notes prises dans la capitale tchèque.
Le livre, qui fourmille d’anecdotes et de faits historiques, invite le lecteur à suivre l’auteur au fil de ses déambulations dans les rues de Prague. Des promenades au hasard qui ne cessent de le ramener vers sa ville natale, Tunis. Après avoir récemment présenté son ouvrage en Tchéquie, disponible à l’Institut français de Prague et à la Bibliothèque de Brno dans la section francophonie, Hatem Bourial nous en a dit un peu plus sur ce livre étonnant et sur le lien qui l’unit à la Tchéquie.
Comment vous est venue l’idée de ce livre ?
« Ce livre, ce sont des carnets de notes que j’ai prises. A chaque fois que je venais à Prague, depuis 1993, j’en prenais. Je n’avais jamais eu véritablement l’intention de les publier et, en même temps, cela s’est fait au fur et à mesure parce que je me suis retrouvé face à ce que j’appelerais des réminiscences de Tunis à chaque fois que je venais à Prague. »
« Je me suis dit que ce serait intéressant de jouer à ce jeu littéraire de la translation. C’est à ce moment-là que j’ai su que ce texte pourrait donner lieu à un travail littéraire, et j’ai alors commencé à compiler les différentes impressions. Puis, l’année dernière, j’ai eu l’honneur de recevoir une médaille du ministère tchèque des Affaires étrangères. Cela a déclenché quelque chose en moi. J’ai senti que, à mon tour, il fallait que je fasse un geste de reconnaissance, et c’est ce qui a abouti à la publication de ce livre. »
Qu'est-ce qui vous a poussé à prendre ces notes au cours de vos séjours pragois ?
« Au départ, il y a cette idée qu’on a de Prague. Je suis d’une génération qui était âgée de 10-12 ans à l’époque du Printemps de Prague, et, véritablement, cette idée ‘d’occidentaliser’ le socialisme, comme l’a si bien exprimé Milan Kundera, a été quelque chose, je pense, de générationnel. D’autre part, j’étais attiré par cette ville qui a quand même été le berceau du baroque, le berceau de la Réforme également, et puis qui est une ville universitaire réputée avec une image de ville occidentale en Europe orientale et également de modèle pour cette Mitteleuropa. »
« Je suis personnellement très attiré par la Mitteleuropa, que ce soit Prague, Brno, Vienne ou, plus loin, Budapest et d’autres villes. Et, donc, c’est un peu tout cela qui m’a motivé et fait prendre des notes. Ensuite, il y a aussi tout ce qui est de l’ordre du quotidien, c’est-à-dire lorsque l’on se retrouve dans un café à Prague, face à des monuments ou avec des amis. Il y a cette envie de tenir un journal ou, en tous les cas, de ne pas laisser le temps s’échapper complètement. »
Votre livre fait constamment des rapprochements entre Prague et votre ville, Tunis. Pourtant, quand on pense à une ville similaire à Prague, on ne pense pas vraiment à Tunis. Dans quelle mesure peut-on donc parler de villes sœurs ?
« On peut parler de villes sœurs, de villes siamoises également, parce que c’est dans la réminiscence. Personnellement, je suis un lecteur de Gérard de Nerval. Je suis venu à Prague par la littérature aussi, parce que des auteurs comme Vítězslav Nezval en poésie ou Jaroslav Seifert sont des personnages importants. J’étais d’ailleurs heureux d’en parler avec des amis à Brno récemment et je crois qu’il y a cette puissance de la poésie de Prague. »
« Et donc, si on se place dans un dispositif nervalien, celui de la rêverie, celui de la réminiscence ou bien dans un dispositif baudelairien comme celui de la correspondance, on se retrouve en train de regarder une ville et, en même temps, de penser à sa propre ville. Et cette translation se fait quasi naturellement. Il me suffit, par exemple, de voir un clocher pour évoquer un minaret. Lorsque l’église, qui est sous le clocher, a une histoire particulière qui peut être rapprochée d’une mosquée tunisoise, je fais le rapprochement. C’est tout cela qui joue lorsqu’on se promène à Prague et qui fait que l’on peut se retrouver à Tunis. Ne serait-ce d’ailleurs qu’un tramway qui surgit dans une rue... Nous avons eu notre tramway, et lorsqu’il passe à Tunis, ça m’évoque parfois Prague. »
Vous avez écrit que votre première rencontre avec la Tchéquie, c’était à l’occasion d’un match de foot entre les Bohemians de Prague et une équipe tunisienne.
« Pour moi, c’était quelque chose d’assez extraordinaire parce que c’était à la fin des années 1960, j’allais au stade chaque dimanche quasiment, j’accompagnais mon grand-père et, cette semaine-là, l’équipe tunisienne devait jouer contre les Bohemians de Prague. Alors, il faut bien évidemment se placer dans le contexte imaginaire d’un enfant qui imagine des bohémiens comme des romanichels avec leurs grosses barbes, leurs roulottes, etc... Et, vraiment, dans ma tête, il y avait ça. Ce qui fait que le mot Prague est devenu inoubliable très tôt dans ma vie. »
« Ensuite, j’ai eu beaucoup de rencontres quand j’étais lycéen avec des Tchécoslovaques qui m’ont permis de me frotter à une altérité autre que tunisoise. Parce que Tunis est une ville cosmopolite. On l’oublie, mais elle est composée de communautés juive, sicilienne, maltaise, française, arabe. Et donc, lorsque l’on se retrouve face à un Tchèque ou à un Polonais, on est devant une altérité, devant des référentiels que l’on ne connaît pas. Et c’est comme ça que j’ai peut-être rencontré les premiers Européens dont je ne maîtrisais pas les codes. Et c’est ça qui m’a laissé en quelque sorte affamé de Prague, au point d’en devenir ivre aujourd'hui. »
Vous avez d’ailleurs décrit ces fils de diplomates venant d'Europe centrale que vous avez rencontrés au lycée comme « exotiques » dans votre livre. Comment se traduisait en réalité ce caractère exotique ? Quelles différences majeures pouvait-on voir entre des habitants et des lycéens de Tunis aux origines italiennes, siciliennes, espagnoles, tunisiennes ou françaises, et ces fils de diplomates ?
« Alors, premièrement, la langue, qui n’était pas une langue latine, donc on ne se retrouvait pas du tout en écoutant ces camarades de classe parler entre eux. Deuxièmement, l’éloignement de la Méditerranée parce que, pour moi, ils étaient véritablement les premiers extra-Méditerranéens. Quand je suis à Prague, je me définis aussi comme un Méditerranéen qui vient chercher dans cette ville ce qui est lointain par rapport à lui, mais reste quand même une altérité proche. Et puis je crois qu’il y avait aussi cette capacité extraordinaire de ces jeunes à apprendre les langues. Je vous assure, lorsqu’ils arrivaient en début d’année scolaire, ils ne connaissaient pas le français. Et à la fin de l’année, ils étaient parmi les premiers de la classe. Et ça, ça m’avait véritablement épaté. Je le dis avec le recul d’une cinquantaine d’années maintenant. »
Vous avez évoqué l’aspect cosmopolite de Tunis. Si on continue à jouer au jeu des réminiscences, des comparaisons, peut-on dire que Prague a aussi cet aspect cosmopolite ?
« Absolument. Prague, c’est un creuset véritable et lorsque l’on est suffisamment dans la connaissance de la République tchèque, on commence déjà à savoir différencier un Morave d’un Silésien et d’un Bohémien, et ça, c’est déjà le creuset tchèque en soi. Mais à part cela, le pays a été très ouvert sur tout l’environnement immédiat, et je crois que Prague est, à sa manière, une capitale de la Mitteleuropa avec véritablement tout ce qui peut structurer des populations qui étaient très diverses. On dit d’ailleurs de Brno que c’est la banlieue de Vienne. Brno est une ville magnifique et j’ai pu faire toutes ces villes qui vont jusqu’à Ostrava et Opava. Ostrava, on ne la visite pas, mais elle mérite également d’être visitée. On parle beaucoup d’Olomouc, on parle beaucoup de Český Krumlov. Mais dans chaque ville, je crois qu’il y a le génie des lieux, et ce génie des lieux dans les pays tchèques, il est toujours dans une certaine légèreté et également dans une certaine nostalgie. En tout cas, c’est mon ressenti lorsque je suis dans cette région. »
Pour revenir aux Tunisiens et à la ville de Tunis, qu’est-ce qu’évoque la Tchéquie pour eux, à quoi pensent-ils lorsque l’on évoque Prague ?
« Aujourd’hui, lorsque l’on parle de Prague en Tunisie, il n’y a pas d’autres référents que les touristes, qui sont nombreux, et les projets de développement qui se font via l’ambassade tchèque en Tunisie. Il y a beaucoup d’échanges qui se font à ce niveau-là, et il y a une véritable avancée du tourisme tchèque en Tunisie. »
« Il y a aussi, je crois, la fascination d’une ville dont on sait qu’elle a été une ville universitaire. C’est pour cela que je compare, par exemple, les premières universités pragoises avec l’université Zitouna qui est celle de la grande mosquée de Tunis et qui est l’une des plus anciennes universités de l’histoire. Et puis, il y a aussi le fait que les premières grandes révolutions européennes ont eu lieu dans cette partie de l’Europe. Là aussi, dans l’histoire, ça reste quand même des lieux référentiels. »
« Il y a un imaginaire qui n’est pas aussi prégnant que celui qui nous lie à la France, par exemple, ou à l’Italie, mais il y a quand même un imaginaire. Par exemple, on distingue bien les Tchèques et les Slovaques aujourd’hui. Mais on comprend bien que dans cette partie de l’Europe, il y a aussi une manière d’être européen que nous connaissons un peu moins, nous autres, Méditerranéens. Nous sommes très proches des Espagnols, des Français, des Italiens, des Maltais parce qu’ils sont dans notre proximité immédiate. Mais je crois qu’il est aussi important pour nous, Tunisiens, Maghrébins, d’aller vers l’Europe centrale, d’aller vers l’Europe de l’Est pour mieux connaître l’ensemble du continent. »
Vous avez évoqué l’imaginaire révolutionnaire qui habite la Mitteleuropa. Le Printemps de Prague a-t-il été un référentiel pour le Printemps arabe en Tunisie ?
« Le Printemps de Prague certainement, la révolution de Velours certainement. Il y a dans nos imaginaires un retour vers cette région parce qu’on a vu les premiers craquements de ce bloc de l’Est à partir de Prague, de Budapest dans les années 1950 déjà, mais on a aujourd’hui une vision d’une transition qui s’est faite comme du velours dans cette partie du monde. Je crois que cet exemple de la révolution de Velours reste quand même important dans la mémoire des peuples, où qu’ils soient, parce qu’il s’agissait d’une véritable transition qui s’est faite de manière politique et qui s’est faite également dans une certaine forme de progrès. »
Pour revenir à votre livre, vous mentionnez que vous vous êtes rendu à Prague pour la première fois en 1993. Qu’est-ce qui vous a amené dans la capitale tchèque ? Et quelle a été votre première impression ?
« Ce qui m’a amené vers la capitale tchèque, c’était vraiment un désir d’aller voir Prague. Je me trouvais, je m’en souviens bien, à l’époque à Vienne, et de Vienne, j’avais pris un avion pour Prague. J’y ai passé quasiment une journée et une nuit à circuler, à m’arrêter un peu partout, à regarder les monuments, à penser beaucoup à Franz Kafka, parce qu’évidemment, c’est un référent très important lorsqu’il s’agit de Prague. C’est d’ailleurs en fréquentant beaucoup de Tchèques que j’ai compris la place de Kafka chez eux. Elle est importante. Mais bien évidemment, le fait qu’il s’exprimait en langue allemande fait qu’on vous invite à lire d’autres auteurs comme justement Jaroslav Seifert. C’est comme ça que je l’ai découvert. Nezval, je le connaissais depuis mon scolaire. Et Bohumil Hrabal, par exemple, condense pas mal de choses de l’esprit tchèque un peu ironique, un peu comme ça, qui joue de tout en réalité. »
« Et je crois que cette première rencontre avec Prague a été vraiment une déambulation sans fin, dans la ville, pour voir finalement tous ces référents. J’avais un guide avec moi, un Petit Futé ou quelque chose de ce type-là, et je suivais véritablement chaque groupe de touristes et essayé de découvrir les passages pour aller d’un lieu à l’autre. Après, j’ai commencé à avoir des amis et nous nous donnions rendez-vous, parce qu’ils venaient d’autres villes, du côté de la place Venceslas, et de là je m’élançai vers la ville et vers toutes ces petites découvertes que j’essaie de rapporter dans le livre. Il reste quand même pour moi un livre qui joue d’un procédé littéraire plus qu’un livre qui énumère des monuments ou bien les montre. Je pense que l’esprit de cet ouvrage, c’est justement ces digressions qui ramènent vers Tunis. »
Vous avez évoqué le fait que vous êtes revenu plusieurs fois à Prague. C’est au cours de ces différents séjours que vous avez pu faire ces différentes digressions qui constituent donc le cœur de votre livre. Combien de fois êtes-vous revenu à Prague ?
« Une bonne quinzaine de fois au moins sur les trente dernières années. Ça fait donc une fois tous les deux ans en moyenne, avec des années où je venais plus souvent. Je garde un souvenir extraordinaire du château de Bouzov. Ce jour-là, j’étais à Bouzov et je devais rentrer à Tunis le soir même. J’ai connu l’amplitude thermique la plus large de ma vie, puisqu’il faisait -16 °C à Bouzov, et je me suis retrouvé à Tunis en fin de journée avec +16°C. Je garde aussi le souvenir que je portais deux imperméables, l’un sur l’autre, tellement il faisait froid. »
« Mais je crois que ces digressions ont commencé à se tisser au fil des ans, et puis après j’ai essayé de les provoquer, c’est-à-dire que je regardais de manière plus affinée ce qui était devant moi, de manière à voir si je pouvais relier à quelque chose qui se trouvait à Tunis. Et c’est comme ça que certains personnages peuvent surgir, qu’une simple main ou un couffin plein de victuailles qui monte le long d’une tour peut évoquer tout à fait autre chose. »
« Et c’était aussi, il faut le dire, pour inviter les Tunisiens à mieux connaître Prague, à y aller, et ils sont déjà assez nombreux à y aller et sont nombreux à y être installés d’ailleurs. En République tchèque, l’ambassade de Tunisie m’a permis d’avoir quelques idées sur la communauté tunisienne, qui est d’ailleurs relativement jeune et dynamique dans cette ville et dans ce pays. »
Dans ce cas, le public que vous cherchez à toucher avec votre ouvrage est un public tunisien que vous espérez faire voyager ou inciter au voyage ou est-ce aussi un autre public, peut-être tchèque ?
« Pour être réaliste, c’est un public tunisien. L’ouvrage a été publié en Tunisie et n’est pas publié en France où il pourrait aspirer à un public plus large qui est lui aussi sensible au charme de Prague, qui est une ville que tous reconnaissent irrésistible et absolument fascinante. Mais d’autre part, lorsque j’étais à Brno à la bibliothèque francophone nouvellement installée, j’ai eu l’occasion d’écouter quelques extraits lus en tchèque et j’espère que ce projet de traduction pourra aller à son terme. »
« Toutefois, je crois qu’il est important pour nous, Tunisiens, de ressentir Prague peut-être de cette manière-là et puis de créer d’autres ressentis, mais pour nos amis tchèques, il est intéressant aussi de voir que nous sommes sensibles à ce filigrane qui est très ténu. Ce sont ces choses invisibles qui peuvent être dans le génie des lieux de deux villes totalement différentes. »
Votre livre fait un renvoi constant entre Prague et Tunis. Selon vous, la méconnaissance d’une des villes, par exemple Prague pour un Tunisien, ne pose-t-elle pas problème pour apprécier l’œuvre ?
« On peut jouer à retrouver ce qui fait ces digressions. Mais en même temps, lorsque je lisais Nerval il y a une quarantaine d’années, lorsque Nerval dans ‘Les Filles du feu’ racontait comment il était parti d’un lieu A vers un lieu B, je ne connaissais ni le lieu A ni le lieu B. Mais ce qui était magique dans la narration nervalienne, c’était qu’il nous faisait arriver dans le lieu de sa rêverie. Et je crois que c’est cela qui est le plus important. »
« En même temps, je crois qu’il y a eu une envie de Prague. Il y a eu beaucoup de rencontres à Tunis autour de cet ouvrage, ainsi que dans les principales villes et dans plusieurs centres culturels. À chaque fois, il y avait des gens qui connaissaient Prague qui venaient et ça faisait une sorte de signe de ralliement. Je pense aussi qu’aujourd'hui, il y a beaucoup de jeunes Tunisiens qui veulent découvrir la Mitteleuropa parce qu’ils voudraient également élargir leurs horizons européens et mieux comprendre les dynamiques du continent aujourd’hui. »
Vous avez présenté votre livre en Tchéquie il y a un mois. Quel accueil avez-vous reçu ?
« Un accueil qui m’a énormément touché. Cette initiative a été provoquée par l’ambassade de Tunisie en République tchèque avant d’être relayée par l’Institut français de Prague et la Bibliothèque Milan Kundera à Brno. Pour moi, c’était un grand moment, le livre revenait aux sources et j’ai pu échanger avec des publics tchèques. À chaque fois qu’il y avait des échanges, j’ai retrouvé des amis presque par hasard. Ainsi, à chaque fois qu’il y avait un échange, je m’auto-confirmais en quelque sorte la nécessité d’écrire ce type de livre. »
« Et je crois que cette rencontre avec les publics tunisien, tchèque également et francophone de Prague et de Brno, a été un grand moment d’un point de vue personnel et un moment important pour ce livre, car il montre qu’il a capacité à lier, comme tous les livres de ce type. Ce n’est pas un ovni, ce n’est pas un objet unique, c’est véritablement une approche très personnelle, quasiment poétique d’une ville à partir d’un enfant qui vient d’une autre ville et qui apprécie énormément cette ville de cœur. C’est pour ça que je dis souvent que c’est comme si j’avais deux cœurs qui battaient dans la même poitrine, et que ces deux cœurs sont Prague et Tunis. Je tisse la métaphore mais en même temps, il y a des lieux véritablement magiques dans les deux villes. »
Vous sentez-vous chez vous à Prague et en Tchéquie ?
« Oui, tout à fait. Même si je n’envisage pas de m’y installer. Je crois que ce sont des lieux que je hante en quelque sorte, vers lesquels je reviens fréquemment, qui m’aimantent et qui alimentent aussi ma réflexion. Kafka, Max Brod, Ivan Klíma, tous ces auteurs sont importants dans ma formation littéraire. »
« Et je crois aussi en la formation littéraire parce que cette Mitteleuropa nous a donné beaucoup d’auteurs, de cinéma également. Le cinéma tchèque et les designers tchèques sont en effet très connus en Tunisie grâce aux différentes manifestations culturelles qui sont organisées. Je crois qu’il faut que ces proximités s’expriment autrement, de manière peut-être plus personnelle, plus intime pour qu’elles aient une consistance qui ne soit pas celle des discours qui accompagnent tout travail de coopération. Et je crois que plusieurs personnes que j’ai rencontrées, notamment de jeunes Français qui vivaient à Prague, étaient sous la fascination de la ville et c’était tout à fait clair pour eux qu’il y avait quelque chose de nouveau à découvrir. »
« Et si Prague nous éblouit à ce point, nous tous Méditerranéens, Européens du sud, c’est parce qu’il y a peut-être quelques ferments profondément européens qui ont circulé. »






