Les lynx dans le massif de la Šumava en danger

Le lynx, photo: Zuzana Mašková / Archives du parc national de Šumava

Les lynx boréaux vivant dans le massif de la Šumava, situé dans le sud-ouest de la Bohême, à la frontière avec l’Allemagne, sont gravement menacés de disparition. Cette triste nouvelle a été récemment présentée par une équipe de scientifiques de plusieurs pays européens. Les principales causes de cette situation : le braconnage et l’isolation de la population tchéco-bavaroise de ces félins aux oreilles pointues de celles habitant d’autres parties de l’Europe.

Lynx, photo: Zuzana Mašková / Archives du parc national de Šumava
Jusqu’à la fin du Moyen Âge, le lynx boréal était largement présent sur l’ensemble du territoire tchèque. Or, ses populations ont été par la suite décimées par une activité très populaire à l’époque, la chasse, qui a abouti, au XIXe siècle, à la disparition totale de cette espèce dans la nature tchèque. Ce n’est que dans les années 1970 et 1980 que ce fauve a été réintroduit avec succès dans les régions frontalières entre la République tchèque et l’Allemagne, ayant d’un côté le Parc national de la forêt Bavaroise et de l’autre côté le Parc national de la Šumava. Comportant au début seulement 17 animaux, ce troupeau s'est vite agrandi pour s’établir à une centaine de têtes à la fin des années 1990.

Pourtant, selon une récente étude zoologique élaborée par une équipe de chercheurs allemands, polonais et russes, seulement environ 65 lynx vivent actuellement dans la région. De plus, ce nombre pourrait prochainement encore diminuer. Josefa Volfová de l’organisation écologiste Hnutí Duha, chargée depuis onze ans de surveiller l’évolution de cette espèce protégée en République tchèque, présente les principales conclusions de ce document :

Josefa Volfová, photo: Hnutí Duha
« Cette étude européenne a été effectuée dans la partie bavaroise du massif de la Šumava. Elle révèle notamment que la population de lynx dans cette région est menacée par une faible diversité génétique. C’est-à-dire qu’il y a un plus grand risque de croisement d’individus apparentés et donc également de transmission de maladies génétiques sur la population entière. En bref, si cette diversité génétique va encore baisser, les lynx n’y survivront pas dans les décennies à venir. »

Une des causes de ce problème représente l’isolation de cette population de lynx du reste de l’Europe. Pourtant, le groupe ne cesse pas de se proliférer et devrait donc être beaucoup plus nombreux. La raison principale de la non prospérité de ces animaux dans le massif de la Šumava est donc tout autre: le braconnage. Même s’il est très difficile de prouver une chasse illégale au lynx, il semblerait qu’elle réduise chaque année le nombre d’individus vivant dans la région de 10 à 20 %. Les motifs pour Josefa Volfová sont les suivants :

« Tout d’abord, il y a notamment un conflit avec les chasseurs pour lesquels les lynx représentent un risque, car ils mangent des chevreuils, des animaux de chasse très populaires. Puis, la deuxième raison, c’est la chasse au trophée, car la fourrure de lynx représente un trophée précieux. »

Lynx, photo: ČT24
Afin d’avancer dans la protection de cette espèce, une quarantaine d’écologistes tchèques et bavarois se sont réunis le week-end dernier dans la commune de Prášily (Bohême du Sud-ouest). Ils se sont mis d’accord notamment sur le besoin de poursuivre des recherches effectuées sur l'état génétique de ces félins, ainsi que sur la nécessité d’améliorer le système de surveillance qui ne couvre actuellement que 80 % du territoire de la Šumava, en ajoutant de nouvelles pièges photographiques. Josefa Volfová décrit les avantages de cette méthode :

« Les lynx sont des animaux qui vivent dans des endroits cachés. Il est assez difficile de les voir dans la nature. C’est aussi la raison pour laquelle il est difficile de veiller sur eux. Un des moyens les plus disponibles permettant de les surveiller de manière efficace représentent les pièges photographiques. Des photos prises par ces pièges sont d’une bonne qualité. Et comme chaque lynx possède des tâches qui permettent de le distinguer d’autres individus, nous sommes capables de recenser le nombre total de têtes au sein de la population. »

Šumava, photo: Archives de Radio Prague
Selon Josefa Volfová, il n’est néanmoins pas possible de sauver les lynx sur le territoire tchèque sans le soutien du public. C’est la raison pour laquelle l’organisation Hnutí Duha veut désormais fournir aux gens davantage d’informations sur ces animaux, et cela notamment en s’inspirant du modèle allemand, à travers différents événements culturels et éducatifs.