Les producteurs tchèques ont le vin en poupe

Photo: Archive de J.Valihrach

Connue pour être le pays de la bière, la République tchèque commence à se faire un nom parmi les pays producteurs de vin. Ces dernières années, les vignerons tchèques sont de plus en plus nombreux à remporter des prix dans des compétitions internationales. Petit tour, pour commencer, dans les vignes du sud de la Moravie, principale région viticole du pays.

Josef Valihrach, photo: Vlasta Gajdošíková, Archives de ČRo
Fête du vin à Mikulov, à quelques centaines de mètres de la frontière autrichienne – Au programme : concert et dégustation des meilleurs vins de cette région de Moravie qui, petit à petit, permet à la République tchèque de se placer dans les concours internationaux des meilleurs vignerons d’Europe et du monde.

Parmi eux, Josef Valihrach. Déjà officiellement nommé trois fois meilleur producteur du pays, il vient de remporter, avec son vin de glace, le prestigieux prix du meilleur Chardonnay du monde, en Bourgogne, berceau du Chardonnay :

Josef Valihrach, photo: Alexis Rosenzweig
« On avait déjà fini trois fois dans les dix premiers à ce concours français qui réunit les meilleurs, mais là quand j’ai reçu la nouvelle, ça a été un vrai choc, incroyable ! Vous savez, j’ai 57 ans, et remporter ce concours, pour moi, petit vigneron tchèque dont le domaine familial avait été mis à mal par les bolchéviques, ce titre est le plus beau qui puisse exister, pour la République tchèque aussi. »

Belle revanche pour Josef Valihrach, qui se souvient comment, il y a encore quelques années de cela, les collègues français prenaient de haut les producteurs des pays post-communistes comme lui. Il a fondé son entreprise familiale dans son village natal de Krumvíř, juste après la chute du régime communiste, après la restitution au début des années 90 de ce qui avait été confisqué à ses parents.

Photo: Archives de J.Valihrach
Parti de pas grand-chose, sa production relativement réduite suscite aujourd’hui l’intérêt des plus grands hôtels et restaurants de la capitale tchèque et à l'étranger. Toujours occupé et en ce moment en pleine préparation de son nouveau vin mousseux, Josef Valihrach n’est pas peu fier quand il montre sa cave :

« J’ai toujours voulu avoir des cuves inox de vinification, mais ce n’était pas possible du temps du communisme. Après la révolution je suis allé en Autriche, où un collègue en avait deux petites et moi je rêvais d’en avoir au moins une – maintenant les voilà toutes mes cuves, mon rêve est devenu réalité, preuve qu’on peut réussir sans voler ni obtenir de subventions. C’est pour ça que je n’aime pas trop entendre les agriculteurs se plaindre tout le temps – si ça ne marche pas et bien il vaut mieux arrêter ! »

Klára Kollárová, photo: Archives de Klára Kollárová
250 kilomètres plus à l’Ouest, au Vinograf, bar à vin récemment ouvert dans le centre de Prague - la propriétaire des lieux est la première cheffe sommelière tchèque, Klára Kollarová. Diplômée d’une institution londonienne renommée, elle met un point d’honneur à servir et promouvoir des vins tchèques dans son établissement.

« La qualité du vin tchèque est bien sûr meilleure qu’avant. Il y a certains vignerons qui font des vins superbes avec du potentiel. Avec notre climat un peu plus froid ça donne à nos vins blancs une très belle acidité et un goût de fruits différent. Dans les vins blancs jeunes on a beaucoup à montrer au monde. »

Les vins tchèques sont-ils amenés à remporter encore plus de prix internationaux à l’avenir ?

« Oui, j’en suis sûre, mais il faudra faire avec les changements climatiques. Je pense qu’il y a un gros travail à faire sur la formation des vignerons. Ici il n’y a pas d’institut spécialisé qui puisse leur donner conseils et informations pour faire en sorte d’avoir des raisins plus équilibrés, pour leur permettre de mieux travailler dans la vigne afin d'obtenir des vins plus harmonieux. Le problème c’est qu’encore trop souvent on a soit des vins blancs trop alcoolisés –jusqu’à 14,5° - soit des vins avec beaucoup trop de sucres résiduels, une spécialité tchèque que je ne comprends toujours pas, avec 10 et même 12 grammes de sucres résiduels. Mais heureusement cette mode est en train de passer. »

Josef Valihrach, photo: Vigneron de l'année (2013)
Josef Valihrach pour le Chardonnay, des viticulteurs de la commune de Bzenec pour le Pinot Blanc et même quatre médailles d’or récemment au mondial du rosé à Cannes : les récompenses se multiplient pour les producteurs tchèques, avec aussi 17 médailles en tout lors du dernier prestigieux concours mondial de Bruxelles, organisé il y a quelques jours.

Le vin rouge tchèque, quant à lui, traine toujours une assez mauvaise réputation, mais là aussi, pour Klára Kollarová, les choses évoluent, notamment en raison des changements climatiques :

Photo: Alexis Rosenzweig
« Je suis pour les vins rouges tchèques et je pense qu’avec les changements climatiques on a de très belles vignes capables de donner des très bons vins. En Pinot noir et Merlot notamment, même s’il faut très bien travailler dans sa vigne et dans sa cave – c’est le plus important. C’est la même chose avec les deux cépages autochtones, Saint Laurent (Svatovavřinecké) et Blaufränkisch (Frankovka) : si on regarde chez nos voisins autrichiens on voit qu’il est possible de faire du très bon Frankovka, et même chez nous il y a déjà deux ou trois vignerons qui font du très bon rouge. On cherche plus d’harmonie, moins d’alcool et aussi un peu d’acidité. Il y a vraiment du potentiel. »

Alors la République tchèque, berceau de la bière et de la célèbre Pils, sera-t-elle un jour davantage réputée pour ses cépages rouges locaux Saint Laurent et Frankovka ? Ce n’est sûrement pas demain la veille, mais il est sûr qu’avec leurs blancs Riesling, Chardonnay et autres Velteliner verts (Veltlínské zelené), certains producteurs locaux semblent bien partis pour remporter d’autres compétitions internationales. Et si la bière reste leur boisson alcoolisée préférée, les Tchèques eux-mêmes apprécient de plus en plus une bonne bouteille de vin.