Les propos de Günter Verheugen : gifle ou maladresse ?

Günter Verheugen parle avec Josep Piqué (Photo: CTK)

Mercredi dernier, le Commissaire pour l'élargissement de l'UE, Günter Verheugen, s'est exprimé au Parlement européen sur les Décrets Benes et les lois tchèques sur les restitutions. Mal interprétés par les médias, ses propos ont provoqué une tempête sur la scène politique tchèque. Explications de Magdalena Segertova.

Günter Verheugen parle avec Josep Piqué (Photo: CTK)
Günter Verheugen a déclaré, devant les députés européens, que la République tchèque était prête à modifier certaines de ses lois qui pourraient être en contradiction avec le droit européen. Il n'y aurait rien de particulier à rajouter sur cette constatation si, quelques secondes avant de la prononcer, le Commissaire européen n'avait évoqué... les fameux Décrets Benes. Peu après, l'agence de presse autrichienne, APA, suivie de Reuters, d'AFP et de DPA, claironnait : la République tchèque dit "Oui" à la modification des Décrets Benes ! Les députés autrichiens, présents dans la salle, sont ravis, Prague est perplexe. Le chef du cabinet, Milos Zeman, ne tarde pas à réfuter cette information plus que surprenante. Il n'est pas question, répète-t-il pour la mille et unième fois, de modifier ou même d'abolir ces Décrets, portant sur l'expulsion des Allemands des Sudètes de la Tchécoslovaquie après la Seconde Guerre mondiale et sur la confiscation de leurs biens. Documents qui, rappelons-le, ne cessent d'être critiqués par l'Allemagne, l'Autriche et, tout récemment, la Hongrie.

L'explication du porte-parole de la Commission européenne, Jean-Christophe Filori, a, finalement, apporté la lumière dans cette affaire. Il a précisé qu'en parlant de la bonne volonté de la Tchéquie de modifier certaines lois, Günter Verheugen ne pensait pas aux Décrets Benes, mais à une loi sur les restitutions de 1991. Cette dernière stipule que seuls les citoyens tchécoslovaques ont le droit à la restitution des biens, confisqués par les communistes, et pourrait donc être jugée comme discriminatoire vis-à-vis les étrangers. Ceci dit, l'Europe ne change pas d'opinion sur les Décrets, qui sont, selon elle, vieillots et sans validité. Après cette clarification, les eaux agitées de la politique tchèque se sont calmées. Aux dires du Secrétaire d'Etat pour l'élargissement, Pavel Telicka, au sujet de la loi sur les restitutions, la Tchéquie est ouverte à une éventuelle discussion sur sa révision. La presse tchèque, elle, reste vigilante. Les Décrets Benes, l'Europe ne les oublie pas et, que l'on le veuille ou non, ils reviendront encore sur le tapis, conclut-elle.

Auteur: Magdalena Segertová
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