Les sociaux-démocrates affaiblis, le pays se dirige-t-il vers de nouvelles élections législatives ?

Michal Pohanka, photo: CTK

La République tchèque entrevoit peut-être enfin une issue à l'impasse politique, dans laquelle elle se trouve depuis la tenue des élections législatives en juin dernier. En effet, le député Michal Pohanka a annoncé, mercredi, qu'il quittait le groupe du Parti social-démocrate à la Chambre basse du Parlement. Un retrait inattendu qui fait désormais pencher le rapport de forces jusqu'alors parfaitement équilibré au sein de la Chambre des députés en défaveur de la gauche.

Michal Pohanka, photo: CTK
Le bloc de gauche, représenté par les sociaux-démocrates de l'ancien Premier ministre, Jiri Paroubek, et les communistes, n'est désormais plus composé que de 99 députés, soit un de moins que le centre-droit composé du Parti civique démocrate (ODS) vainqueur des élections, des chrétiens-démocrates et des Verts. Après avoir déserté le camp socialiste pour d'obscures raisons internes au parti, décision qu'il a rendu publique par courriel avant de disparaître et de ne plus donner de ses nouvelles, Michal Pohanka a indiqué qu'il entendait conserver son mandat de député. Et en tant qu'indépendant, il n'exclue pas, affirme-t-il, de soutenir un gouvernement qui serait mis sur pied par l'ODS ou dont la mission serait de mener le pays à des élections législatives anticipées.

Une fissure au sein du bloc de gauche qui pourrait donc débloquer la situation pour la formation d'un nouveau cabinet. Depuis près de cinq mois, sociaux-démocrates et communistes, forts de leurs 100 voix à la Chambre basse (qui compte 200 sièges), ont en effet bloqué toute tentative visant à la formation d'une quelconque coalition gouvernementale ou à l'organisation de nouvelles élections. Une tactique d'obstruction et d'attente dictée par Jiri Paroubek, dont l'objectif à terme était de se voir confier par le président de la République la mission de former un gouvernement après les différents échecs de l'ODS. Reste que Jiri Paroubek est bien conscient des conditions posées par Vaclav Klaus pour la réalisation d'une telle éventualité :

« Bien entendu, si le rapport de forces venait à passer à 101 à 99, monsieur le président resterait ferme sur sa position et respecterait ce qu'il a déjà dit, à savoir qu'un tel gouvernement, quelle que soit sa composition, qui ne disposerait que d'une majorité d'une seule voix, ne disposerait pas de son soutien. »

De son côté, le Premier ministre démissionnaire et leader de l'ODS, Mirek Topolanek, dont le cabinet n'a pas obtenu, début octobre, la confiance des députés, tient compte, lui aussi, de la position du chef de l'Etat et n'entend donc pas se reposer sur une majorité d'une seule voix:

Mirek Topolanek
« Le départ de Michal Pohanka change assurément les rapports de force à la Chambre des députés dans la mesure où toutes les variantes que Jiri Paroubek avaient exposées à Vaclav Klaus sont irréalisables, car toutes tenaient compte d'un bloc ferme de 100 voix. Mais ce départ ne change rien à notre position : nous allons nous efforcer de poursuivre les négociations avec chaque parti sur la manière permettant l'organisation d'élections anticipées sans égratignures et sans turbulences. Ceci dit, si l'on s'en tient à la rhétorique des chefs sociaux-démocrates, il ne semble pas qu'ils soient disposés à faire de quelconque concession contribuant à la tenue de nouvelles élections législatives anticipées. Simplement, la différence est que, désormais, la gauche ne dispose plus de 100 voix. »

Même si l'ODS dispose donc d'une marge de manoeuvre un peu plus confortable pour négocier, il n'en reste pas moins que sa priorité reste l'organisation d'élections anticipées. Et pour cause : un nouveau scrutin renforcerait probablement la position d'un parti actuellement largement en tête dans les sondages.