Ludvik Vaculik a reçu le prestigieux prix littéraire du Pen Club

r_2100x1400_radio_praha.png

Passons maintenant à la littérature. Tous les deux ans, le Centre tchèque du Pen Club international décerne le Prix Karel Capek à un homme ou une femme de lettres tchèque. Ce n'est pas par hasard que la récompense porte le nom de l'écrivain Karel Capek, un grand humaniste et démocrate. Elle est attribuée aux auteurs contemporains, qui, par leurs romans, pièces de théâtre ou essais propagent des valeurs démocratiques et humanistes dans la société. Il y a quelques jours, le Prix Karel Capek 2002 a été remis à Ludvik Vaculik, 75 ans, une vedette incontestable de la littérature et du journalisme tchèques et aussi un fin observateur, dont les analyses des problèmes qu'affronte notre jeune démocratie sont réfléchies, exactes et... respectées. Une bonne occasion de brosser brièvement son portrait. Et pourquoi ne pas écouter, en même temps, quelques belles chansons folkloriques que Ludvik Vaculik, fier de ses racines moraves, aime bien. C'est lui-même qui vous les chantera...

Il y a très peu de Tchèques qui ne connaissent pas ce charment monsieur moustachu, aux cheveux blancs, à lunettes, au regard chaleureux et aux yeux souriants. Les lecteurs du quotidien Lidove noviny se ruent sur les feuilletons critiques de Ludvik Vaculik, rédigés d'une manière originale et amusante. Dans ses fameux romans, tels que La Hache, sortie en 1966 ou La Clé des songes de 1981, l'écrivain nous donne ses opinions sur la vie de son pays, de ses habitants, des gens qui l'entourent. Ces ouvrages sont pleins de réflexions, de ses souvenirs, de ses monologues intérieurs. Ces derniers sont parfois très intimes. Par exemple, dans son roman Comment se fait un garçon, paru après la Révolution de velours, l'auteur nous dévoile sa vie privée, partagée entre deux familles, entre deux femmes : son épouse et sa maîtresse... Pourquoi les romans de Ludvik Vaculik sont-ils tous autobiographiques ? L'écrivain l'a expliqué dans un article pour Lidove noviny, publié le jour de la remise du prix du Pen club : "Dans l'écriture de Karel Capek se cache toute sa vie, même si ces écrits n'étaient autobiographiques. Voilà pourquoi on devrait lire ses oeuvres, pour découvrir sa vie. Mais moi, je ne sais pas écrire ce que je n'ai pas vécu."

N'oublions pas non plus que Ludvik Vaculik était, sous l'ancien régime, l'une des figures majeures du Printemps de Prague et, plus tard, de la dissidence. Il est auteur du fameux manifeste 2 000 mots, publié à la veille de l'occupation soviétique du pays. Une déclaration signée par des milliers de Tchèques qui ont ainsi soutenu la démocratisation de leur pays. Dans les années qui ont suivi, Ludvik Vaculik ne pouvait publier qu'en samizdat. Il a même fondé les Editions sous les verrous, Petlice, grâce auxquelles près de 400 ouvrages tchèques, interdits par la censure, ont pu voir le jour !

En été dernier, lorsque l'écrivain a fêté son 75e anniversaire, plusieurs personnalités connues lui ont envoyé leurs voeux. Parmi elles, son ami de longue date, Vaclav Havel. Dans sa lettre, publiée dans Lidove noviny, le Président a exprimé ce que beaucoup de gens pensent de Ludvik Vaculik :"Sans votre voix originale, la vie spirituelle de notre pays serait inimaginable pour moi. J'espère donc qu'elle se fera entendre encore longtemps."

Ecoutons maintenant, nous aussi, "la voix originale" de Ludvik Vaculik. Où est-ce qu'il se sent chez lui, à la maison ? A Prague ?

"Je pense que beaucoup de gens, dont moi-même, ont du mal à trouver leur chez-soi. Depuis que j'étais tout petit, je vivais dans un immeuble au centre de Prague, rue Veletrzni. Aujourd'hui encore, je retourne, de temps à autre, dans cet appartement. A chaque fois, je me demande : est-ce vraiment ma maison, mon chez-moi ? Et à chaque fois, je m'aperçois que non. Mon chez-moi, je le cherche ailleurs. A la campagne, par exemple, où je me suis installé. Car la maison, ce n'est pas simplement un endroit qui évoque en nous de jolis souvenirs. C'est un endroit, où l'on peut faire changer quelque chose, que l'on peut transformer d'une certaine façon. C'est un endroit que l'on connaît bien, y compris ses environs. Un endroit, dont on peu influencer le destin. Dans la rue Veletrzni, ceci n'est pas possible."

Auteur: Magdalena Segertová
lancer la lecture