Mairie de Prague : une continuité de gestion opaque

Prager Magistrat

La lecture des journaux donne à penser que la mairie de Prague déborde de dossiers controversés et d’affaires de corruption. Selon le chercheur canadien d’origine tchèque Martin Horák, les racines de ces failles se trouvent dans la gestion des politiques publiques telle qu’elle a été mise en place dans les années 1990. Dans son livre, paru en tchèque il y a un mois, Martin Horák présente les résultats de sa recherche relative au mode de gouvernance dans la capitale tchèque lors de la première décennie qui a suivi la révolution de 1989. Radio Prague l’a rencontré à l’occasion de la conférence qu’il a tenue, jeudi, à la Bibliothèque Václav Havel.

Le livre de Martin Horák
Ses parents ont émigré au Canada en 1968, et c’est là-bas que Martin Horák a commencé ses travaux relatifs à l’urbanisme et à la gestion institutionnelle. Venu à Prague pour la première fois en 1990, il s’est mis à observer les transformations de la capitale tchécoslovaque puis tchèque pour ensuite rédiger un livre en anglais dont la version tchèque a récemment été publiée. Martin Horák précise tout d’abord quel est le fondement théorique pour mesurer la qualité de la gestion publique :

« Il existe deux indicateurs de la qualité de gestion en ce qui concerne les affaires publiques. Le premier est la prise de décision systémique, c’est-à-dire la capacité d’organiser une planification stratégique à long terme. Le second indicateur se base sur la transparence de la prise de décision. Il faut qu’il y ait une communication entre la municipalité et les citoyens qui aille au-delà des élections. Ces échanges se mettent en place grâce à un système de gestion ouvert et transparent. »

Mairie de Prague, photo: Filip Jandourek, ČRo
Cependant, c’est la transparence qui fait défaut à Prague. Martin Horák remarque que les modes de décision opaques sont un signe de continuité avec la période communiste :

« Immédiatement après la chute du régime communiste, la sphère politique à Prague a été particulièrement hétéroclite et a évolué très rapidement. Néanmoins, plusieurs institutions ont survécu à la chute du communisme, comme l’administration et le corps des fonctionnaires, mais aussi des associations civiques surtout orientées vers la protestation. Le fait que ces associations se mobilisaient contre quelque chose était un héritage de la révolution de velours, mais on ne pouvait pas les inclure facilement dans les processus démocratiques de prise de décision. Dans ce contexte, les nouveaux élus de 1990 étaient sans expérience et désorientés. De par leurs actions simplistes et à court terme, les modes de gouvernance de cette période se sont enracinés pour la suite. »

Tunnel Blanka, photo: tunelblanka.cz
En l’absence de régulation effective du conflit d’intérêt, les pratiques visant à accroître le profil personnel se sont généralisées parmi les élus et fonctionnaires. En revanche, le maintien de processus de décision fermés et opaques est devenu un intérêt vital pour eux. Un exemple type du manque de transparence et de la continuité avec les pratiques qui prévalaient sous l’ancien régime à la mairie de Prague est la construction du tunnel Blanka, un immense projet en cours d’achèvement :

« L’histoire du tunnel Blanka remonte aux années 1970 quand la planification des routes et autoroutes à Prague a été élaborée par la mairie. A la fin des années 1980, une mobilisation civique s’est opposée à l’idée de construire un tunnel sous le parc de Stromovka. Mais ce projet a survécu au changement de régime grâce à la persévérance des fonctionnaires à la mairie. Aujourd’hui encore, la réalisation de ce tunnel oppose la mairie aux organisations non gouvernementales, exclues des débats sur les infrastructures à Prague. Sa construction a néanmoins été entamée en 2007 et n’est pas encore achevée. »

Tunnel Blanka, photo: tunelblanka.cz
Plusieurs accidents ont interrompu la construction du tunnel, qui est aujourd’hui bloquée par différents recours en justice relatifs à son financement. Néanmoins, la mairie prévoit l’ouverture du tunnel en septembre prochain.

Malgré le tableau plutôt désastreux de la situation que dresse dans son livre Martin Horák, celui-ci reste optimiste quant à l’avenir de la gestion publique à Prague, notamment en raison de l’éloignement du pouvoir du Parti civique démocrate (ODS), lequel a gouverné la capitale tchèque pendant plus de vingt ans depuis la chute du régime communiste. Martin Horák souligne également la plus grande faculté de la société civile à s’associer de manière constructive aux processus décisionnels et voit un potentiel dans la volonté au niveau national d’injecter plus de transparence dans la gestion des institutions publiques. Pour évaluer le bien-fondé de cet optimisme, l’élaboration du nouveau plan d’aménagement local, actuellement en cours à Prague, représentera une épreuve cruciale.