Milan Knizak : artiste devenu fonctionnaire – un problème éthique

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C’est à la galerie Vernon à Prague qu’on peut voir actuellement une exposition intitulée « Milan Knizak, un Celte bizarre – Milan Knizak. Podivny Kelt » L’exposition a été préparée par le groupe artistique Guma Guar qui a changé de nom et s’appelle désormais Milan Knizak. Qui est Milan Knizak et quelles sont les intentions des auteurs de ce projet qui a des connotations éthiques et politiques?

En 1990 le plasticien d’avant-garde Milan Knizak devient professeur et en même temps recteur de l’Académie des Beaux Arts à Prague. Il occupe cette fonction jusqu’à 1997 et se lance dans la politique. Après l’échec de sa candidature au Sénat, il est nommé en 1999 directeur de la Galerie nationale, poste qu’il occupe encore aujourd’hui.

Les membres du groupe et auteurs de l’exposition dans la galerie Vernon ne cachent pas leurs intentions critiques et ironiques et leur volonté de provoquer le débat. En adoptant le nom de Milan Knizak ils ont voulu attirer l’attention sur le directeur de la Galerie nationale. Ils estiment que son cas illustre un problème plus général, celui de l’artiste devenu fonctionnaire. Explications avec le commissaire de l’exposition Marek Tomin :

« De plus en plus souvent l’auteur adopte une position dans l’appareil administratif, position qui donne un certain pouvoir. Cela arrive d’ailleurs non seulement chez nous mais aussi à l’étranger. Il peut devenir commissaire mais aussi directeur d’une importante institution internationale et cela pose toute une série de questions sur le fonctionnement de ces influences mutuelles et sur leurs retombées dans le milieu artistique. (…) Evidemment, ce n’est pas un hasard si le groupe Guma Guar a pris le nom de Milan Knizak. »

L’exposition organisée par le groupe associe plusieurs éléments : il y a des œuvres créées dans le style de Milan Knizak que le visiteur averti reconnaîtra certainement, puis il y a la liste des prix de ces oeuvres et aussi la biographie du directeur de la Galerie nationale. D’après les auteurs du projet, l’impression que l’exposition produit est donc le résultat de la confrontation de tous ces éléments. La biographie de Milan Knizak met l’accent sur les étapes problématiques de sa carrière et notamment sur le fait qu’en tant que directeur de la Galerie nationale, il expose et achète pour la Galerie ses propres oeuvres. D’après Milan Mikulastik, un des membres du groupe, le cas du chef de la Galerie nationale est symbolique :

Milan Knizak, photo: CTK
« Devant la Galerie nationale se trouve une statue monumentale crée par Milan Knizak, artiste qui est en même temps directeur de cette institution. Nous estimons qu’il faut démontrer que Milan Knizak lui-même est un artiste et que ces oeuvres ont un certain prix. En occupant une fonction publique, Milan Knizak se retrouve donc dans une situation de conflit d’intérêts. (…) Ce qui nous intéresse est l’aspect politique ou éthique du problème, parce que le professeur Knizak occupe certaines fonctions qui ne sont pas compatibles avec sa situation d’artiste qui vend ses oeuvres. Et nous attendons avec curiosité ce qui va se passer et quelle va être la réaction de M. le professeur. »

La balle est maintenant dans le camp de Milan Knizak et sa réponse ne se fera sans doute pas longtemps attendre.