A la Galerie nationale, des œuvres manquent à l'appel

La Galerie nationale, photo: Packa, CC BY-SA 2.5 Generic

Plusieurs dizaines d’œuvres, dont certaines d’artistes de grande renommée comme Josef Lada, Jan Zrzavý ou encore František Kupka, manquent à l’appel des collections de la Galerie nationale de Prague. C’est ce que révèle ce lundi l’Office suprême de contrôle (NKÚ) sur la base d’un inventaire de dix ans achevé en 2012 réalisé au sein du plus grand musée tchèque. L’ancien directeur Milan Knížák nie toute responsabilité ; le nouveau, Jiří Fajt, envisage une réorganisation de l’institution et pourrait se tourner vers la justice.

La Galerie nationale, photo: Packa, CC BY-SA 2.5 Generic
Une statuette de bronze, un tableau, des objets de collection, une trentaine de dessins… la liste est longue des pièces manquantes à la Galerie nationale, des œuvres parfois d’une grande valeur et dont le récit des disparitions est parfois surprenant. Dans son rapport, l’Office suprême de contrôle, l’équivalent de la Cour des comptes en France, cite par exemple le cas du Jardin de Zeyer, un dessin de Jan Zrzavý, un peintre tchèque de la première moitié du XXe siècle particulièrement influencé par les paysages bretons :

« Ce dessin été prêté par la Galerie nationale en même temps que seize autres dessins dans le cadre de l’exposition Prague 1990 au musée d’Amsterdam dans les années 1999 et 2000. Selon certains documents, la Galerie a récupéré ce dessin via la société de transport à la fin de l’exposition. Cependant deux ans plus tard, elle s’est aperçue qu’elle n’était pas en possession de cette œuvre. La Galerie a seulement porté plainte plus de treize ans après la perte du dessin. »

Milan Knížák, photo: Archiv Radia Praha
Outre ces pertes, l’Office suprême de contrôle constate également des irrégularités dans certains appels d’offres et note qu’en 2002, après les importantes crues de la Vltava, la Galerie nationale n’a effectué aucun inventaire pour évaluer les dégâts à son dépôt du château de Zbraslav, au sud de Prague. Lors de ces inondations, 35 œuvres, principalement du sculpteur Karel Dvořák, y ont disparu et le musée pragois n’en a jamais informé la police. Directeur de la Galerie nationale entre 1999 et 2011, soit durant une grande partie de la période incriminée, l’artiste Milan Knížák rejette tout manquement à ses devoirs :

« J’ai engagé des poursuites à de nombreuses reprises. Lorsque j’apprenais quelque chose, je saisissais le conseil de direction, où se trouvent évidemment des juristes qui nous indiquaient quelles démarches il était possible de faire. Immédiatement ensuite, une plainte était déposée et le délai était au maximum d’une semaine, jamais plus. »

Milan Knížák ajoute que l’audit a été achevé en 2012, quand il n’était plus directeur, et souligne la complexité de réaliser un inventaire d’une collection rassemblant plus de 250 000 œuvres. Un point que rejoint également l’un de ses successeurs et actuel directeur du musée Jiří Fajt :

Jiří Fajt, photo: Archives de la Galerie nationale
« Personne n’a la capacité de s’assurer du nombre réel d’objets qui sont présents ou qui manquent. C’est pour cela que j’ai vu d’un très bon œil ce contrôle qui ne visait pas seulement à vérifier l’état de nos collections mais qui s’est également intéressé aux interactions avec la sphère publique et en particulier au respect de la légalité. Malheureusement, une série d’erreurs a également été constatée pour ces aspects. »

Pour Jiří Fajt, la responsabilité des manquements constatés incombe toutefois aux directions passées. Il est selon lui délicat de tenter de corriger certaines erreurs, comme la mauvaise gestion de l’après-inondation au château de Zbraslav, et il conviendrait plutôt de mettre en place un système de prévention pour éviter qu’elles ne se reproduisent :

Photo: Štěpánka Budková
« A l’heure actuelle, nous avons en préparation une importante réorganisation qui modifie la répartition des responsabilités entre les différents postes et les différents employés afin de pouvoir anticiper ce genre de situation. Nous travaillons donc à la fois sur des mesures concrètes de contrôle et sur des changements systémiques et tout est en cours en ce moment. »

En ce qui concerne les œuvres manquantes, et en particulier le fameux dessin de Jan Zrzavý, Jiří Fajt dit ne pas exclure de se tourner vers la justice. Jan Zrzavý n’est décidément pas verni : lors d’un audit au ministère de la Culture pour la période allant de 2011 à 2013, le même Office suprême de contrôle avait déjà noté la disparition inexpliquée de l’un de ses tableaux d’une valeur de près de 100 000 euros.