Le bombardement aérien de Prague, le 14 février 1945

Prague, 1945
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Lundi prochain, Prague commémorera le triste 60e anniversaire du bombardement aérien de la ville par les alliés américains et britanniques. Le mercredi, 14 février 1945, des bombes ont été lâchées sur le centre de Prague laissant derrière elles 700 morts et près de 1500 blessés, des maisons, des églises, des écoles et des hôpitaux en ruine.

Cet enregistrement authentique du son des cloches et des sirènes provient des archives sonores de la Radio tchèque. Celles-ci gardent aussi un reportage sur l'image de Prague après le bombardement réalisé par le reporter Josef Cincibus:

Couvent d'Emmaüs après le bombardement aérien
"Beaucoup trop de souffrances et de douleurs sont présentes dans les rues de Prague. Hier nous avons compris et vécu le sens du mot - terreur - nous avons compris et vécu, nous, qui n'avons jamais voulu croire qu'un malheur pareil puisse s'abattre aussi sur nous. A Prague, des incendies ne sont pas encore éteints, la fumée se répand des maisons, des écoles, des églises, des hôpitaux. Nous n'avons pas encore retiré les cadavres des ruines. Des enfants qui pleurent, des gens désespérés, des blessés, des survivants auxquels il n'est resté que ce qu'ils ont sur eux. Des ruines, du verre cassé, des meubles brûlés, du feu, de la fumée qui pique les yeux: Voilà l'image des quartiers praguois. A droite de moi, le couvent d'Emmaüs en flammes. Je m'approche pour réaliser l'étendue des dégâts. L'horloge s'est arrêtée au moment du raid: à 12 heures, 32 minutes. Mes yeux regardent le lieu où se trouvait le bijou précieux des Emmaüs. Dans 2 ans, 600 ans se seront écoulés depuis sa fondation par Charles IV. Je pense aux fresques bibliques de l'époque de Charles, aux trois nefs gothiques de l'église, je regarde et je prie pour que la peinture murale dorée de Saint-Joseph ne soit pas entièrement engloutie par les flammes..."

En effet, le complexe gothique du couvent d'Emmaüs, entièrement détruit par trois bombes lourdes, est devenu le bâtiment symboliquement le plus lié au désastre. Beaucoup d'autres bijoux artistiques et architecturaux de Prague ont été endommagés: l'église saint-Venceslas de Zderaz, le bâtiment du théâtre Na Vinohradech, la maison Faust, le pont Palacky. Des centaines de maisons d'habitations dans les quartiers de Vinohrady, Vrsovice et Nusle sont tombées en ruines. Le nombre important de victimes - 700 morts et 1500 blessés - est dû au fait que l'alerte aérienne pour prévenir la population a été donnée trop tard. Les sirènes ont sonné à 12 heures 20 minutes et pratiquement au même moment, les premières bombes ont été lancées. Le bombardement a duré 3 ou 4 minutes. L'alerte a été levée à 13 heures 10. Mais Prague était en flammes encore trois jours après. La plupart de pompiers pragois sont partis apporter leur aide à Dresde, bombardée la veille avec une intensité sans comparaison: trois raids nocturnes et deux autres dans la journée ont réduit la ville en un champ de ruines. Selon certaines sources, Prague a été bombardée par erreur: on ne peut, évidemment, exclure, que les 62 bombardiers américains B - 17 de la 8e armée de l'air se soient trompés. Or le ciel clair qui régnait ce 14 février 1945 sur Prague, ainsi que la situation géographique de la ville, difficile à confondre avec une autre, met en doute cette hypothèse. Le bombardement aérien du 14 février 1945 s'inscrit au nombre des bombardements de grandes villes du IIIe Reich allemand que les alliés américains et britanniques effectuaient dès l'année 1942. Déjà le 15 novembre 1944, Prague est devenue leur cible: Des bombardiers américains ont alors lancé les bombes sur la centrale thermique de Holesovice.

Le reportage de Josef Cincibus nous présente ensuite la situation devant l'église Sainte-Ludmila, lieu des funérailles des victimes de ces bombardements:

"Une grande place pragoise, les tours élancées de l'église, l'escalier devant lequel les cercueils noirs sont alignés. Prague fait ses adieux aux victimes de l'attaque meurtrière venue du ciel. On voit arriver les membres du gouvernement du protectorat de Bohême - Moravie avec en tête son président Richard Bienert, les représentants du ministre d'Etat allemand, et le maire de Prague, le docteur Riha, qui prend la parole:

Couvent d'Emmaüs aujourd'hui
"Dans l'immense tristesse et avec une douleur indescriptible dans nos coeurs, nous nous inclinons devant les victimes innocentes du bombardement terroriste entrepris sur notre ville si chère. Le mercredi des Cendres, qui est le premier jour du Carême, et où tous les chrétiens se retournent sur soi pour chercher ce qui est de meilleur en eux, le mal sombre a fait son apparition. Mères et enfants, pères et fils, les êtres les plus chers ont été insidieusement assassinés. Prague, ville chantée par les poètes, admirée par les étrangers, la Prague royale dont l'histoire millénaire est connue de l'ensemble du monde culturel, est en deuil. Prague, édifiée par d'innombrables générations, et citée parmi les bijoux historiques les plus rares au monde, a été durement frappée..."

Après le bombardement du 14 février qui a profondément choqué les Pragois et dont on croyait qu'il était le dernier, deux raids de moindre intensité ont été entrepris, les 2 et 3 mars 1945. Le 25 mars, les bombardiers américains sont une fois de plus apparus au-dessus de Prague, lançant leur charge destructrice sur la partie nord-est, où se trouvaient des entreprises industrielles d'importance stratégique pour la guerre. Plus de 60 usines ont été détruites dans les quartiers de Vysocany et Liben, dont les usines mécaniques Ceskomoravska Kolben-Danek. Les raids ont fait des dégâts matériels énormes, ainsi que 250 morts et 500 blessés. Le fait que c'était un dimanche et que les employés n'étaient pas au travail a empêché que les pertes ne soient pas plus lourdes.