Faux tweet viral d’une sénatrice tchèque : les trolls russes s’en donnent à cœur joie
L’existence d’un faux tweet de la sénatrice tchèque Miroslava Němcová s’est répandue comme une traînée de poudre, agitant la sphère de la désinformation russe dans plusieurs langues, jusqu’à susciter l’ire, très probablement alcoolisée, de l’ancien président Dmitri Medvedev.
Quelques mots auront suffi pour provoquer un déferlement de commentaires et de réactions outragées issues de la sphère pro-russe internationale après avoir vécu sa vie propre de fake news sur les sites russophones : dans un tweet attribué à la sénatrice tchèque Miroslava Němcová (ODS), celle-ci aurait appelé à un nouveau siège de Leningrad, en référence au million de personnes qui ont perdu la vie entre 1941 et 1944, dans cette ville encerclée par les nazis.
Problème : si la capture d’écran semble authentique, reprenant la photo de profil et le nom d’utilisateur de la sénatrice, elle n’a jamais écrit ces mots. D’ailleurs, comme le note un utilisateur, elle n’aurait même pas pu l’écrire car le post comprend plus de 280 caractères, or sur le réseau X, seuls les abonnés bénéficiant d’un compte Premium peuvent écrire un nombre supérieur de caractères, ce qui n’est pas le cas de la politicienne tchèque.
Cela n’a pas empêché un déluge de réactions côté russe d’abord, avec en tête, la riposte outrée de l’ancien président russe Dmitri Medvedev, actuellement vice-président du Conseil de sécurité, qui depuis le déclenchement de « l’opération spéciale » en Ukraine le 24 février 2022 n’a jamais manqué une occasion de déverser son fiel et rien moins que des menaces d’attaques nucléaires contre « l’Occident corrompu » via Telegram. Comme le remarquait il y a un an le serveur russe The Insider, les déclarations les plus colériques de Medvedev surviennent en général après réception chez lui de son vin italien, issu de vignobles dont on peut s’étonner qu’ils ne soient pas sur la liste des sanctions européennes.
Difficile de dire si une telle livraison avait eu lieu peu de temps avant la diffusion du faux tweet, mais la réaction de Dmitri Medvedev ne s’est pas fait attendre : l’ex-homme de paille de Vladimir Poutine a qualifié la sénatrice « d’animal malfaisant » et de « créature dégénérée » et, dans un accès de lyrisme, a exprimé le souhait qu’elle « périsse dans les tourbillons sanglants d’un nouveau Printemps de Prague ». La plupart des représentants politiques tchèques – à l’exception notable de l’opposition – ont condamné ces déclarations et exprimé leur soutien à la sénatrice.
La viralité du post imaginaire ne s’est pas déclinée qu’en cyrillique : la fausse information a été rapidement reprise par des sites russes, mais en langue étrangère, dont le français. Des articles écrits à l’origine en russe et manifestement passés à la moulinette d’un traducteur automatique ont été publiés, suscitant des réactions choquées de lecteurs relevant la proximité du patronyme de la sénatrice tchèque, « Němcová », mal orthographié et transformé en « Nemtsova », avec le nom de l’opposant russe assassiné Boris Nemtsov, et croyant y voir là un motif de méfiance supplémentaire. Fort heureusement, personne ne semble encore avoir signalé à ces commentateurs autoconvaincus qu’en tchèque, ce nom de famille signifie « allemand »…
En attendant, selon l’agence de presse russe TASS, l’affaire sera examinée par le comité d’enquête chargé de crimes graves, sans que l’on puisse vraiment imaginer de quelconques conséquences pratiques à cette tempête dans un verre d’eau.
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En Tchéquie, cet incident rappelle d’autres tensions passées avec Moscou, même si la diffusion d’un faux tweet d’une personnalité politique de premier plan est un pas supplémentaire franchi dans la guerre hybride menée par Moscou et documentée par les services de renseignement tchèques. Il intervient alors que ces derniers ont récemment mis en garde contre les campagnes de désinformation à quelques mois des législatives en Tchéquie et alors que la proposition tchèque visant à limiter la circulation des diplomates russes dans l’espace Schengen a été soutenue par le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, et par la présidence polonaise du Conseil de l’Union européenne.
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Bien avant le déclenchement de la guerre de Vladimir Poutine en Ukraine, des querelles mémorielles autour d’une statue d’un maréchal soviétique déboulonnée à Prague ou d’un projet de mémorial en l’honneur des soldats de l’armée de Vlassov, avaient déjà représenté des pommes de discorde conséquentes entre les deux pays. Ce n’était toutefois rien en comparaison des révélations de 2021 sur la participation d’agents russes du GRU aux explosions de dépôts de munition à Vrbětice sept ans plus tôt qui avaient conduit à l’expulsion de 18 diplomates russes de Tchéquie.
Le soutien affiché du gouvernement tchèque actuel à l’Ukraine agressée, via d’importantes livraisons de matériel militaire et l’accueil massif de réfugiés, ont achevé de mettre la Tchéquie au ban des pays fréquentables pour la Russie qui, en 2021, a inscrit le pays sur sa liste des « pays inamicaux ».

