La Russie demande à la Tchéquie l’extradition d’une journaliste d’opposition

Farida Kurbangaleeva

Ancienne journaliste à Rossiya 1, Farida Kurbangaleeva a quitté la chaîne de télévision publique russe quelques mois après l’annexion de la Crimée en 2014 et vit en exil à Prague avec sa famille depuis quelques années. Mardi 11 février, la BBC a informé que Moscou avait demandé à la Tchéquie l’extradition de cette opposante au régime de Vladimir Poutine, à laquelle elle reproche de diffuser de fausses informations sur l’armée russe et son « soutien au terrorisme ». Des accusations que Farida Kurbangaleeva, que la Russie considère également comme un agent étranger, rejette catégoriquement, comme elle l’a expliqué à la rédaction russe de Radio Prague International.

D’abord accusée de terrorisme et d’extrêmisme, avant d’être considérée comme agent étranger, Farida Kurbangaleeva avait expliqué, dans un premier entretien accordé à RPI à l’automne dernier, combien la guerre en Ukraine avait affecté son parcours de journaliste et changé sa vie. Depuis quelques années, c’est depuis Prague qu’elle poursuit son travail et exprime son soutien à l’Ukraine dans sa lutte pour son indépendance.

Lundi dernier, Farida Kurbangaleeva a publié un message sur son compte Facebook dans lequel elle montrait la lettre qui venait de lui être remise par la police tchèque :

« La conversation s’est déroulée de manière très polie. Les policiers ont d’abord sonné en bas de chez moi, je suis donc descendue, ils étaient deux. Même si mon niveau de tchèque n’est pas très bon, j’ai compris que le Parquet général de la Fédération de Russie demandait mon extradition. La partie tchèque n’a pas encore pris de décision, mais les policiers m’ont fait comprendre que tout irait bien. Ils ont souri et m’ont montré un papier que je n’ai pas lu. Je n’ai rien signé non plus. Un avocat a été nommé depuis, mais j’ai déjà une avocate en qui j’ai toute confiance depuis déjà un certain temps. Son nom est Evelina Hodanová (elle aussi d’origine russe et qui vit à Prague) et je continuerai probablement à travailler avec elle. »

La demande d’extradition doit désormais être examinée par le Tribunal municipal de Prague, dont le porte-parole a déclaré que le bureau du procureur de Prague menait actuellement une enquête préliminaire sur l’affaire.

En réaction à la réception de cette lettre, Farida Kurbangaleeva, même si elle s’est défendue par le passé d’être « une révolutionnaire » ou « une héroïne », a fait savoir que c’était « un grand honneur pour [elle] » que la Russie reconnaissse de la sorte « [sa] contribution à la lutte contre le régime criminel de Poutine ». Affirmant que les accusations la visant, quelles qu’elles soient, sont « montées de toutes pièces », elle a également exprimé sa conviction que « compte tenu de la position de principe de la République tchèque sur ces questions », elle ne serait pas extradée.

Se disant aussi très fatiguée, elle a pour l’instant mis sa carrière de journaliste entre parenthèses et préfère, en plus de faire confiance en la justice tchèque, ne pas trop penser aux raisons pour lesquelles elle fait l’objet d’une telle attention de la justice de son pays d’origine :

« C’est une question qu’il faut plutôt poser aux autorités russes. Pourquoi s’intéressaient-elles autant à moi, alors qu’il y a d’autres russophones qui vivent en exil ici ? Je suppose que c’est à cause de ma plus grande activité. J’ai beaucoup travaillé ces derniers temps, pratiquement depuis trois ans et le début de grande invasion. J’ai travaillé pour différentes chaînes YouTube en langue russe, j’ai publié des articles dans des médias d’opposition en langue russe et j’ai dirigé ma propre chaîne YouTube. Alors ils ont tourné leur attention vers moi. Autrement dit, si le système russe fait une fixation sur une personne, il ne la laissera pas partir. Je suppose que j’ai été choisie comme cible pour une sorte de flagellation publique. »

En Tchéquie, l’information de la demande d’extradition a été largement diffusée par les médias. Sollicité par le quotidien Deník N, le ministère de la Justice a réagi en indiquant que «  compte tenu de la situation actuelle dans la Fédération de Russie et des pratiques de la justice, l’extradition d’une personne vers la Fédération de Russie apparaît peu probable ».

Auteurs: Katerina Aizpurvit , Loreta Vashkova , Guillaume Narguet
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