Hausse alarmante des infractions violentes chez les mineurs
Plusieurs cas d’agressions contre des individus évités à temps ou, malheureusement, de passages à l’acte, par des mineurs, ont fait les titres des journaux ces dernier temps en Tchéquie. Ces actes de violence s’inscrivent dans un contexte où des crimes commis par des jeunes gens est en forte augmentation depuis deux ans au moins, selon les chiffres de la police.
Jeudi, la police tchèque a inculpé un jeune homme de 16 ans, soupçonné d’avoir attaqué au couteau plusieurs personnes dans un centre commercial de la ville de Hradec Králové. Deux vendeuses d’un magasin ont succombé à leurs blessures. Peu de temps auparavant, un étudiant de 22 ans, originaire de Plzeň, avait été interné en psychiatrie, soupçonné d’avoir planifié un meurtre, tout comme un adolescent de 16 ans de la même région, qui prévoyait de tuer son colocataire dans un foyer pour jeunes. En décembre 2023, la Tchéquie était ébranlée par la folie meurtrière d’un jeune étudiant armé, responsable de la mort de 14 personnes à l’Université Charles de Prague.
Plusieurs de ces cas concernent de jeunes hommes tout juste majeurs, mais la police tchèque enregistre une hausse notable des crimes violents commis par des mineurs, avec une augmentation continue observée entre 2021 et 2024. Ces actes violents ont augmenté de 25 % en deux ans et les autorités s’alarment du bond notable entre l’année dernière et ce mois de janvier, où quatre fois plus d’infractions violentes ont été commises : tandis que 22 actes violents ont été comptabilisés en janvier 2024, cette année, pas moins de 92 actes de ce type ont été commis pour cette même période, selon Ondřej Moravčík, porte-parole du présidium de la police. L’agressivité des mineurs de même que la gravité des faits sont les deux phénomènes les plus marquants, selon ce dernier.
A titre d’exemple les statistiques de la police montrent qu’en 2021, 458 crimes violents ont été commis par des mineurs âgés de 15 à 17 ans, tandis qu’en 2024, leur nombre s’élevait à 707. Pour les enfants de moins de 14 ans, on en comptait 237 il y a quatre ans, un nombre qui, trois ans plus tard, était de 427. Pour les homicides, il y a une augmentation plus faible, l’année dernière, six ont été commis par des jeunes mineurs, quatre par des enfants.
Une des autres caractéristiques de cette recrudescence de violence est le fait qu’elle s’exprime dans le cadre scolaire, avec le nombre d’agressions qui s’est multiplié dans les écoles et une violence entre enfants qui augmente de manière générale. Au début du mois de janvier 2025, 44 cas de menaces ou d’agressions ont été signalés dans des écoles sur un seul mois dans l’ensemble du pays. Toujours en janvier, un des actes les plus médiatisés a été l’attaque d’une école primaire à Rudolfov, près de České Budějovice : un jeune garçon de 13 ans avait alors apporté une arme à feu à l’école, qu’il a utilisée pour entrer dans une salle de classe et tenter de tirer sur une enseignante qui est parvenue à le calmer, après l’enrayement de son arme.
Plusieurs facteurs expliquent cette recrudescence, selon le porte-parole de la police : une forme d’émulation ou de phénomène d’imitation dans les agressions, le fait également que la police soit bien plus sensibilisée au problème et une vigilance accrue du côté du personnel enseignant, prompt à signaler en amont, des comportements problématiques qui peuvent éviter un passage à l’acte.
Pour certains experts, cette réalité est à mettre en parallèle avec les études alarmantes concernant la santé mentale des jeunes, notamment en lien avec les périodes de confinement durant la pandémie : en 2023, une étude de l’Institut national de la santé mentale estimait que jusqu’à 40 % des élèves en neuvième année de l’enseignement primaire en Tchéquie (l’équivalent des classes de 3e au collège en France) présentaient des signes de dépression modérée à sévère, et 30 % des signes d’anxiété.