Depuis dix ans, le Legiovlak fait revivre l’histoire des légionnaires tchécoslovaques en Russie

Legiovlak

C’est une attraction qui, depuis dix ans maintenant, a montré qu’il était possible de faire mieux connaître l’histoire de la Première Guerre mondiale de manière didactique : le train Legiovlak qui rappelle l’épopée des légionnaires tchécoslovaques en Sibérie est reparti sur les rails de Tchéquie et fera de multiples arrêts dans tout le pays jusqu’à fin novembre.

En 1915, le futur premier président tchécoslovaque Tomáš G. Masaryk, ainsi que d’autres intellectuels et personnalités tchèques et slovaques exilées, décident de créer des légions armées de volontaires qui iront combattre aux côtés des Alliés, contre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. En se plaçant ainsi du côté des forces qui luttent contre ceux qui dominent les pays tchèques et slovaques, ils espèrent bien pouvoir faire valoir la création d’un Etat tchécoslovaque après la fin de la Première guerre mondiale.

T. G. Masaryk avec les légionnaires tchécoslovaques | Photo: Musée national

Ces légionnaires tchécoslovaques vont ainsi combattre en France, et dans une moindre mesure en Italie, mais aussi en Russie : si, dès 1915, des volontaires tchèques et slovaques rejoignent les rangs des armées du tsar, c’est en 1917 que naît un corps indépendant de légionnaires tchécoslovaques. Et ce sont ces mêmes soldats qui vivront un véritable périple à travers la Russie bouleversée par la révolution bolchévique : après la paix de Brest-Litovsk, ils doivent être évacués pour rejoindre la France. Il en sera autrement : à travers la Sibérie avec pour objectif, Vladivostok puis l’Europe via les Etats-Unis. Nombre de ces hommes, quand ils n’ont pas péri sur le trajet, ne reverront leur terre natale, devenu un Etat indépendant, qu’en 1920 après avoir débarqué à Trieste, l’ancien port de la marine austro-hongroise.

Les légionnaires tchécoslovaques voyagent dans des trains | Photo: ČT24

Ces légionnaires tchécoslovaques voyagent dans des trains dont une réplique vient à nouveau de se lancer dans une nouvelle tournée à travers la Tchéquie. L’idée de ce train est née il y a plusieurs années déjà avec comme objectif de célébrer dignement le centenaire de la création des légions en 2015. Depuis, il sillonne régulièrement les voies de chemin de fer tchèques pour mieux faire connaître la vie, le quotidien et l’histoire de ces hommes. Il en va ainsi des exemples de destins présentés, comme le souligne Jan Steidler, du Musée des légions à Prague :

Le légionnaire Alois Adam | Photo: Československá obec legionářská

« Nous présentons ici des documents concernant le légionnaire Alois Adam, qui plus tard a été le majordome du président Tomáš G. Masaryk au Château de Prague dans les années de la Première République. Nous disposons d’un certain nombre d'informations intéressantes sur sa vie. Grâce aux nombreuses photographies, trouvées, données ou acquises d'une autre manière, plus de 20 000 légionnaires tchécoslovaques ont désormais un visage. Nous savons à quoi ils ressemblaient. Et quand nous ne le savons pas, nous avons au moins une photo de leur tombe. Mais il n’y a pas que les photos. Nous nous intéressons également au sort de nos légionnaires après la guerre. »

Plus de 60 000 légionnaires ont ainsi voyagé dans ces trains à travers l’immensité du territoire russe à partir de 1917 (plus précisément, 67 730 personnes en tout dont 56 459 soldats et 11 271 civils convoyés depuis la Russie vers l’Europe). Dans les différents wagons de la réplique, une exposition et des bénévoles qui, à chaque arrêt, sont là pour discuter avec les visiteurs et répondre à leurs questions sur le quotidien de ces soldats coincés dans un pays en proie à la guerre civile dont ils cherchaient à s’échapper.

Legiovlak | Photo: Jiří Hofman,  ČRo

« Nous montrons ici la vie de nos légionnaires en Sibérie qui ont combattu les bolchéviques et ont réussi à maîtriser la voie du Transsibérien. Dans notre train se trouve un ordinateur avec une base de données : si un visiteur sait que parmi ses ancêtres se trouve un légionnaire, nous pouvons essayer de le retrouver afin de lui donner des informations. »

Cela a d’ailleurs été le cas pour une femme venue visiter le train, qui a ainsi pu retrouver la trace d’un ancêtre depuis longtemps disparu :

Legiovlak | Photo: Jitka Englová,  ČRo

« Une dame est venue visiter notre train et nous a raconté qu’un de ses ancêtres était légionnaire. Il avait disparu pendant la guerre et la famille n’avait plus jamais entendu parler de lui. On supposait qu'il avait trouvé une nouvelle vie ailleurs et il était quelque peu considéré comme le mouton noir de la famille. Nous avons donc demandé des détails à la dame et nous avons découvert qu’en réalité, il était mort en France pendant la guerre. Nous avons même retrouvé son nom sur un monument aux morts français. Lorsque nous lui avons montré la photo, la dame a fondu en larmes. »

Legiovlak | Photo: Jiří Hofman,  ČRo

La mémoire des légions tchécoslovaques est une histoire perturbée, interrompue: elle est, à l’image de celle du pays, largement liée aux changements de régimes politiques au XXe siècle, avec deux phases de censure et d’oubli, sous l’occupation nazie, puis sous le régime communiste. D’où le besoin, après la révolution de Velours de 1989, de se la réapproprier et de la faire revivre. C’est l’Association des légionnaires tchécoslovaques, née en 1921, mais interdite et liquidée en 1939 puis 1948, qui s’est donnée pour mission de transmettre ces récits.

Source: Československá obec legionářská

Forte de 4 000 membres, l’association rassemble aujourd’hui à la fois des descendants des légionnaires, mais aussi des vétérans de missions récentes à l’étranger ou de simples anonymes proches de ses valeurs. C’est elle qui gère, via un financement attribué par le ministère de la Défense, le musée qui se trouve près de la place I. P. Pavlova à Prague, mais aussi diverses expositions temporaires dans d’autres lieux. Un de ses projets phare est justement le Legiovlak qui permet de rendre cette histoire lointaine plus proche et plus palpable, notamment auprès des jeunes générations.

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