Presse : les Tchèques face à l’avènement d’un nouveau monde

Cette nouvelle revue de presse propose d’abord quelques réflexions concernant  les changements que traverse le monde d’aujourd’hui. Deux autres sujets traités : l’aide accordée aux victimes d’actes criminels et à leurs proches et les évolutions  envisagées dans les cantines scolaires. Bref rappel enfin de la visite à Prague de Mario Vargas Llosa, l’écrivain péruvien naturalisé espagnol décédé cette semaine.

« Les Tchèques, comme les autres Européens, se trouvent aujourd’hui dans une situation où ils doivent percevoir les dangers d’une nouvelle guerre. Mais au lieu de paniquer, ils sont appelés à travailler avec ce danger et à s’adapter à la nouvelle situation mondiale, le tout pour défendre leur propre liberté et leur dignité ». Cet appel a été lancé par l’éditorialiste du quotidien Hospodářské noviny qui a en même temps offert à ses lecteurs « Un petit guide pour trouver un peu de paix en ces temps de folie » :

« Nous devrions passer le plus rapidement possible de la période de réveil dans un nouveau monde à une période d’adaptation, d’accommodation et de préparation. Cette attitude devrait déboucher sur notre propre résilience accrue, en tant qu’individus et en tant que société. Pour au moins deux générations d’Européens qui ont grandi après 1989, l’idée d’une menace et d’une réaction nécessaire est encore un exercice mental très douloureux. Même la menace terroriste qui a déferlé sur l’Europe il y a une douzaine d’années ne nous a pas incités à réfléchir davantage aux dangers du quotidien. Les Européens, gâtés par la prospérité et la paix, ont chassé le danger de leurs vies. Toutefois, ils doivent réapprendre à percevoir les dangers de toutes sortes sans réaction hystérique et à réagir comme le font les Finlandais et les Suédois. Ces deux pays ont récemment publié des guides actualisés à l’intention de leurs citoyens, décrivant comment se préparer à des dangers soudains. »

Ce qu’il faut, comme le souligne l’éditorialiste du quotidien économique, c’est parvenir à un changement de mentalité des Européens. « Chacun doit en effet réfléchir à ce qui est possible dans ce nouveau monde, où la force est reine, et sur la manière de l’affronter », écrit-il.

A quoi ressemblera le nouveau monde ?

« La mondialisation à bout de souffle ». Tel est le titre d’un livre de la plume de l’économiste tchèque Mojmír Hampl, chef du Conseil budgétaire national. « A quoi ressemblera le monde qui est en train de naître ? Quelles seront ses retombées  pratiques sur les ménages ? » Autant de questions parmi tant d’autres que le journal Deník N lui a posées à l’occasion de la sortie du livre :

Photo illustrative: René Volfík,  iROZHLAS.cz

« Nous n’allons certainement pas devenir plus riches qu’auparavant. Si les guerres commerciales s’intensifient à l’extrême, on aura, par exemple, à payer trois fois le prix d’un film américain, alors qu’un film français affichera un prix normal. Ou on devra payer un droit spécial pour utiliser les réseaux sociaux américains simplement parce qu’il s’agit de services d’opérateurs d’un pays hostile au niveau commercial. Certes, ce sont des hypothèses extrêmes. Mais je pense que nous allons devoir accepter que l’enrichissement rapide que la Tchéquie et d’autres pays ont connu depuis les années 1990 n’existera plus. C’était magnifique, sans que l’on s’en rende vraiment compte, mais cela ne reviendra pas. D’une manière ou d’une autre, les marchés continueront à fonctionner, mais certains biens que nous considérons aujourd’hui comme courants pourraient passer dans la catégorie des produits de luxe en raison de l’impact des droits de douane. »

A titre d’exemple, l’économiste cite une variété de produits alimentaires à des prix abordables et disponibles tout au long de l’année, même hors saison, comme les tomates, les mandarines ou le saumon.

Une dernière victime de la fusillade à la Faculté des lettres à Prague

La mère d’une étudiante tuée lors de la fusillade du 21 décembre 2023 à la Faculté des Lettres de Prague, qui avait fait 14 morts et 25 blessés, s’est donné la mort ce dimanche. Elle est donc, comme l’indique le chroniqueur du journal en ligne Lidovky.cz, la dernière victime de cet événement tragique. L’occasion pour lui de réfléchir sur la façon dont la société aide les victimes d’actes criminels et les familles qui ont perdu quelqu’un :

Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

« Il s’avère que l’aide via la parole et la compassion apportée aux victimes par les politiciens tout comme celle apporté par les spécialistes n’est manifestement pas suffisante. D’une manière générale, l’âme et le psychisme sont très sous-estimés dans notre pays, ce dont témoigne la pénurie de longue date de psychologues et de psychiatres, comme si les maladies ou les ‘simples’ troubles psychiques n’avaient pas d’importance. Encore aujourd’hui, ils sont  considérés comme un signe de faiblesse, en dépit du fait que l’époque actuelle mette à l’épreuve notre résistance mentale. »

« L’appel à l’aide peut aussi prendre la forme d’une recherche effrénée des responsables d’une tragédie, dont le seul coupable direct est la personne qui n’est plus vivante », ajoute encore le chroniqueur en lien avec les efforts considérables déployés par la mère décédée pour que l’intervention de la police lors de la tuerie fasse l’objet d’une enquête et que les policiers ou les hommes politiques soient tenus pour responsables.

Pour une nourriture plus saine dans les cantines scolaires

Près de 80 % des enfants tchèques mangent dans les cantines scolaires qui sont quelques 8 000 dans le pays. L’hebdomadaire Respekt rapporte que l’Etat et, plus précisément, les ministères de l’Education et de la Santé, a décidé de moderniser les règles concernant l’alimentation dans ces établissements. Le décret devrait entrer en vigueur en septembre. L’explication de ce changement est simple : les règles que les cuisiniers scolaires doivent respecter pour préparer les repas ont été établies il y a plus de 30 ans :

Photo: Dáša Kubíková,  ČRo

« Evidemment, la gamme de produits alimentaires sur le marché a changé et s’est considérablement élargie depuis, tandis que les technologies dont disposent les cantines se sont améliorées. Les menus sont régis par un décret ministériel sur les repas scolaires, dont l’un des éléments clés est ce qu’on appelle ‘le panier de consommation’ qui définit la quantité de viande, de poisson, de légumes, de lait, de sucres et autres aliments de base que les enfants doivent consommer en un seul repas, en fonction de leur âge. Il s’agit désormais, par exemple, de réduire le nombre de pommes de terre et de faire plus de place aux légumes, poissons et autres  produits plus nutritifs tels que le couscous, le boulgour ou les pâtes complètes. »

Les changements proposés ne semblent pas radicaux ou révolutionnaires. Pourtant, comme l’indique Respekt, le projet suscite une vague de protestations et de critiques même parmi certains experts et dans les rangs de l’opposition. « Pour eux, les modifications proposées sont trop strictes pour les goûts des enfants et inutilement ambitieuses en termes de santé », explique-t-il.

Décès de Mario Vargas Llosa : un rappel de sa visite à Prague

« Originale, imaginative, prolifique, méticuleuse. » Telle était, comme l’indique la chroniqueuse du magazine Reflex, l’œuvre de l’écrivain Mario Vargas Llosa, décédé lundi à l’âge de 89 ans. Elle rappelle également que « l’un des plus grands écrivains du monde, contemporain d’Umberto Eco, de Salman Rushdie et de Gabriel García Márquez », avait accordé une interview  au magazine, il y a six ans, lors de la Foire du livre à Prague:

Mario Vargas Llosa | Photo: Martina Schneibergová,  Radio Prague Int.

« Lors de sa première visite officielle dans la capitale tchèque, le lauréat du prix Nobel de littérature et du prix Cervantès, la plus haute distinction littéraire du monde hispanophone, a notamment parlé des dangers du nationalisme, des dictatures et de la restriction de la liberté, qui sont les thèmes fondamentaux d’une grande partie de son œuvre. Il a fait également mention des tendances impérialistes et conquérantes traditionnelles de la Russie, très dangereuses pour le reste du monde. »