Judo : double championne d’Europe, Renata Zachová refuse d’être la « Lukáš Krpálek féminine »
Première Tchèque sacrée championne d’Europe de judo l’année dernière, Renata Zachová a conservé son titre dans la catégorie des -63 kilos, jeudi à Podgorica (Monténégro). Si cette deuxième médaille d’or consécutive constitue bien évidemment une performance remarquable, la conquête de ce nouveau titre possède toutefois un goût quelque peu amer puisque, en finale, la jeune Tchèque (24 ans) a profité de la disqualification de la Française Clarisse Agbégnénou en raison d’un geste dangereux dès la 2e minute du combat.
Jusqu’à l’année dernière, un homme incarnait pratiquement à lui seul en Tchéquie la pratique du judo au plus haut niveau international : double champion olympique (2016 et 2020), triple champion du monde et triple champion d’Europe, le tout dans deux catégories différentes (moins et plus de 100 kilos), performance rare, Lukáš Krpálek était - et reste encore, d’ailleurs - l’incontestable grande figure de ce sport.
Depuis qu’elle est devenue, en 2024 à Zagreb, la première femme tchèque sacrée à l’échelle continentale, Renata Zachová contribue néanmoins désormais elle aussi à la croissance de la popularité du judo dans son pays. Et en décrochant son deuxième titre européen jeudi, au bout d’un tournoi traversé une nouvelle fois sans défaite, comme l’année dernière, la Tchéque a confirmé son immense talent.
Au micro de l’envoyé spécial de la Radio tchèque au Monténégro, le jeune combattante originaire de České Budějovice (Bohême du Sud) a expliqué pourquoi la defense de son titre, au-delà d’une finale qui a vite tourné court, avait été plus compliquée que sa conquête il y a un an:
« Comme je l’ai dit à mon entraîneur Jiří Štěpán, cela a été la journée la plus difficile de ma carrière en termes de combats. Après chacun d’entre eux, je suis sortie du tapis complètement à plat, ou en tous les cas très éprouvée physiquement. C’était une journée extrêmement longue et compliquée. L’année dernière, c’était un peu plus facile dans le sens où j’ai souvent gagné par ippon, ce qui m’avait permis d’économiser des forces. Mais là, la plupart des combats sont allés jusqu’au bout des quatre minutes. Mais c’est bien aussi comme ça et je suis contente d’y être arrivée aussi de cette manière. »
Dans la quête de ce deuxième titre, Renata Zachová aura, paradoxalement, eu la tâche la plus facile en finale. Dans un affrontement qui promettait beaucoup entre la championne d’Europe en titre et une Clarisse Agbégnénou triple championne olympique, sextuple championne du monde ou encore quintuple championne d’Europe, la Tchèque ne partait assurément pas favorite face à l’expérimentée Française.
Mais profitant d’une faute de cette dernière, disqualifiée par les arbitres pour avoir saisi illicitement le cou de son adversaire, un geste qu’ils ont estimé dangereux et, surtout, une prise qui est interdite par le règlement depuis cette saison, Renata Zachová a été désignée vainqueure sans presque avoir à lutter, dès la deuxième minute de la finale :
« C’est sûr que les combats précédents ont été plus difficiles. Je suis déçue de la tournure prise par la finale, aucun combattant n’apprécie de gagner de la sorte. Mais déjà en montant sur le tapis, nous avions été prévenues que c’est un geste interdit. C’est dommage que ça se soit fini de la sorte, mais personnellement, je n’y peux rien. D’un côté, je suis heureuse d’avoir conservé mon titre, mais d’un autre côté, l’année dernière j’avais gagné après avoir été menée durant le combat, et c’était évidemment une sensation beaucoup plus belle. Mais bon, voilà, elle (Clarisse) n’avait pas à faire ça. »
En attendant la prestation ce samedi de Lukás Krpálek, de retour dans la catégorie reine des plus de 100 kilos et qui pourrait donc offrir un deuxième titre ou une deuxième médaille à la Tchéquie lors de ces championnats d’Europe, Renata Zachová affirme ne pas vouloir être comparée à son coéquipier en équipe nationale :
« Non, je ne me sens pas être comme lui ou de son niveau, parce que ce que a réussi Krpoš (diminutif de Krpálek) est tout simplement incroyable. Je n’aime pas beaucoup quand les gens m’appellent la Lukáš Krpálek féminine. Non, il n’y a qu’un seul Lukáš Krpálek. »
Un seul Krpoš, c'est sûr, mais aussi, et on en a donc désormais la brillante confirmation, une seule Renata Zachová.






