La petite fille figurant sur un timbre avec Tomáš G. Masaryk fête ses 100 ans
Alors qu’elle était âgée de trois ans, le premier président tchécoslovaque Tomáš G. Masaryk l’a prise dans ses bras : un moment immortalisé par un photographe qui a ensuite été utilisé pour servir d’illustration à un timbre d’1,5 couronnes. Cette petite fille en costume folklorique s’appelait Eva Haňková et elle vient de fêter ses 100 ans le 20 mai.
Eva Haňková (née Neugebauerová) a certes vu le jour à Prague, mais à partir de l’âge de deux ans, elle a grandi à Žďar nad Sázavou dans la région de la Vysočina. Le 17 juin 1928, toute la petite ville est en ébullition en raison de la visite de Tomáš G. Masaryk, un des artisans de l’indépendance de la Tchécoslovaquie après la Première Guerre mondiale et premier président élu de la nouvelle république.
La grand-mère d’Eva Haňková lui avait confectionné un costume folklorique traditionnel de la région de Kyjov : c’est celui-ci qu’elle porte lors de cette visite qui rassemble les habitants de la ville et de la région. Une simple photo va transformer l’enfant en célébrité nationale, comme le relate le sénateur Tomáš Czernin :
« Lors de la visite du président Masaryk à Žďár nad Sázavou, elle lui a offert une fleur et il l’a prise dans ses bras. Une belle photo a été prise, qui a été publiée dans de nombreux journaux et magazines, puis un timbre-poste reprenant cette photo a été émis. C’est l’écrivain Karel Čapek qui a eu cette idée. Le timbre coûtait 20 halers de plus qu’un timbre ordinaire, la différence étant destinée à être une contribution pour les enfants. »
Le timbre n’est émis que dix ans plus tard, après l’événement, à un moment où Eva Haňková est adolescente : élève au lycée de Pardubice, Eva devient soudainement le centre de l’attention. Elle reçoit des lettres de l’étranger, même venant d’aussi loin que l’Australie, les gens lui demandent des autographes, les journalistes viennent la voir à l’école… et ses camarades la montrent du doigt. Nous sommes en mars 1938, et l’intérêt va finalement s’estomper pendant les vacances d’été – sans compter que le péril nazi monte à côté de la toute jeune Tchécoslovaquie, directement menacée par son voisin.
Baccalauréat en 1944, mariage quatre ans plus tard : lorsque les communistes arrivent au pouvoir, le couple qu’elle forme avec Ladislav Haňka vit à Prague. Eva travaille dans le service export de la société Meopta, lui en tant qu’ingénieur agronome. Mais très vite, le ciel s’assombrit dans cette nouvelle société créée en 1948, les amis se retrouvent en prison, les confiscations de biens se multiplient.
Bercée par des idéaux républicains de sa famille et ceux de l’organisation patriotique et sportive Sokol, Eva Haňková finira par franchir illégalement, sans passeur, la frontière avec son mari. Après un an en Allemagne, le couple émigre aux Etats-Unis en 1951 où ils ont fait leur vie. Sans jamais oublier leur pays d’origine, comme le souligne Tomáš Czernin :
« La petite fille a grandi puis, adulte, a émigré aux États-Unis. Elle est un exemple de la façon dont une personne peut rester un citoyen tchèque loyal à son pays, même à l’étranger, en diffusant la bonne parole sur le pays et la culture tchèque. Après la révolution de Velours, elle est retournée à Prague, a rendu visite au président Havel et a discuté avec lui de la possibilité d’accorder des bourses aux étudiants tchécoslovaques. Je pense qu’il s’agit là d’un des nombreux exemples qui montrent que nos compatriotes à l’étranger sont des Tchèques impliqués et qu’ils sont toujours en lien avec nous qui vivons dans le pays. »
Eva Haňková a enseigné le latin, l’allemand et l’anglais au lycée de la ville de Kazamazoo, dans le Michigan, pendant la majeure partie de sa vie. Sans jamais oublier son pays d’origine dont elle a toujours suivi l’actualité. Ni même la ville de Žďar où elle a grandi, et où elle a encore de la famille. Une ville qui le lui rend bien puisqu’un de ses habitants, ancien du lycée de la ville où il se souvient être souvent passé à côté de la photo historique de 1928, a récemment fait le trajet jusque dans le Michigan pour lui remettre la médaille de la ville de Žďar nad Sázavou.