Une grande exposition à la Villa Pellé fait redécouvrir l’œuvre de l’immense Jiří Trnka au jeune public
Pour la première fois depuis 1992, l’œuvre de Jiří Trnka, l’un des plus grands maîtres de l’histoire du cinéma d’animation tchèque, est à découvrir dans toute sa richesse et sa diversité. La rétrospective de cet artiste éclectique présente, à la Villa Pellé à Prague, ses films, marionnettes, illustrations, peintures à l’huile, dessins et sculptures, sans oublier de nombreux éléments interactifs.
« Le Prince Bayaya », « Les Vieilles légendes tchèques », « Le Brave soldat Chveïk », ou encore « Le Songe d’une nuit d’été », présenté au Festival de Cannes en 1959 : leur auteur Jiří Trnka passe pour l’un des plus grands créateurs de films de marionnettes de tous les temps. La rétrospective pragoise de celui qui a créé un millier de marionnettes pour le cinéma et le théâtre et illustré, avec son style poétique et inimitable, pas moins de 150 livres, s’intitule, à juste titre, « Jiří Trnka – l’histoire d’une légende. » Son objectif est notamment de faire découvrir son monde merveilleux à la jeune génération, comme l’explique la commissaire Martina Vítková.
« Jiří Trnka était vraiment quelqu’un d’exceptionnel. Des gens comme Pablo Picasso ou Brigitte Bardot le connaissaient. Ils savaient que Trnka était un génie et qu'il donnait au monde une nouvelle profession, celle de fabricant de rêves. (…) Il est né dans un milieu modeste et a su s’imposer dans le monde de l’art uniquement grâce son talent, son savoir-faire, sa diligence et sa persévérance. C’est cela, et sa mort précoce, qui ont fait de lui une sorte de légende. »
« Plusieurs générations d’enfants tchèques ont grandi avec ses illustrations et ses films. Aujourd’hui, on se pose la question de savoir si son œuvre parle aussi aux nouvelles générations. Cette exposition est donc une sorte d’essai. Elle est interactive, présente également des films et propose des ateliers ou encore une salle de jeu. »
« Au cœur de l’exposition se trouvent bien sûr les marionnettes. Nous présentons un échantillon assez significatif de sa création, mais la collection de marionnettes reste toutefois incomplète, car elles sont nombreuses à être entre les mains des collectionneurs privés. En ce qui concerne les illustrations de Trnka, il fallait choisir entre des livres qui sont encore lus aujourd’hui et des livres qui, en revanche, sont tombés dans l’oubli. Mais justement – cette exposition est l’occasion de révéler au jeune public ces œuvres qui ont peut-être perdu leur attrait au fil des années, car leurs illustrations, elles, ne vieillissent pas. »
L’exposition à la Villa Pellé présente aussi bien les illustrations des contes d’Andersen ou des poèmes du classique de la littérature tchèque František Hrubín, que des autoportraits de l’artiste et les portraits de ses proches. La famille de Jiří Trnka a étroitement collaboré à la rétrospective.
« Mon père a eu cinq enfants issus de deux mariages. Il avait donc toujours, à côté de lui, un jeune enfant qui lui servait d’inspiration, de modèle, de premier spectateur ou de premier critique. Chacun de nous avait ainsi ‘SON’ livre. Moi-même, j’étais le premier lecteur de son livre culte ‘Zahrada’ (Le jardin) », s’est souvenu le fils de Jiří Trnka, lui aussi artiste et l’un des commissaires de l’exposition. À l’occasion du vernissage, Jan Trnka a encore confié :
« J’avais 12 ans quand mon père est mort. Ensuite, cela m’a pris un certain temps pour comprendre qui il était, quelle était notre relation, de comprendre son œuvre aussi. Quand j’étais petit, comme beaucoup d’autres enfants, je préférais les films de Disney à ceux de mon père que je trouvais trop poétiques et un peu ennuyeux. Même aujourd’hui, ses films sont beaucoup plus appréciés par les adultes que par les enfants. Comme je n’ai pas passé mon adolescence aux côtés de mon père, j’ai dû le redécouvrir, en quelque sorte, à l’âge adulte. Cela s’est fait à travers son travail. Du coup, j’ai commencé à apprécier son sens de l’humour par exemple. Avec mon fils Matyáš, nous avons créé un projet audiovisuel ‘Zahrada’, inspiré du livre éponyme, que nous présentons un peu partout en Tchéquie. Donc je rattrape de cette manière ce que je n’ai pas pu vivre avec mon père. »
Des bouquets de fleurs, des natures mortes, des sculptures ou encore des peintures abstraites que Jiří Trnka, mort en 1969, à l’âge de 57 ans, a créés à la fin de sa vie, sont également à découvrir dans le cadre de la vaste exposition qui occupe les trois étages de la Villa Pellé, à Prague-Bubeneč. Elle restera ouverte jusqu’au 31 août prochain.
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