Il y a 83 ans, le village de Lidice était rasé par les nazis
Deux ans jour pour jour avant le massacre d’Oradour-sur-Glane en France, un petit village de Bohême, situé à une vingtaine de kilomètres de Prague, était rasé par les nazis, ses habitants assassinés ou déportés. Cette tragédie restée dans les mémoires s’est déroulée le 10 juin 1942, il y a 83 ans.
Dans la logique mortifère des nazis, Lidice aurait dû disparaître de la carte, mais aussi de la mémoire collective : quelques femmes et les 184 hommes de plus de 16 ans qui y vivent sont massacrés, le reste des femmes envoyé à Ravensbrück, les 105 enfants déportés en Pologne et gazés dans des camions, et quelques « chanceux » dont le type physique correspond aux exigences de nazis, sont placés dans des familles allemands pour être « germanisés ». En tout, seuls 17 enfants de Lidice et 143 femmes reviendront en Tchécoslovaquie après la guerre.
Ce massacre qui précède de deux ans celui d’Oradour-sur-Glane en France est pensé comme une punition contre les civils tchèques, après l’assassinat du Reichsprotektor Reinhard Heydrich par deux parachutistes tchécoslovaques, quelques semaines plus tôt. A la fois pour l’exemple – et parce que les résistants ont été aidés dans leur mission par de simples Tchèques. Historien et directeur du Mémorial de Lidice, Eduard Stehlík détaille :
« L’objectif des nazis était de produire un choc. Voilà pourquoi ils ont diffusé l’information sur la destruction du village dans le monde entier. Le message était clair : si dorénavant quelqu’un d’autre s’opposait à eux, il serait traité de manière aussi brutale. Mais la nouvelle a eu l’effet inverse et a entraîné une vague d’émotion et de solidarité avec les habitants de Lidice. Personnellement, j’estime que les nazis ont commis ce crime parce que, quinze jours après l’attentat contre Heydrich, ils n’avaient toujours aucun indice pertinent. »
Cette propagande « pour l’exemple » voulue par les nazis n’aura pas l’effet escompté : Lidice devient en réalité un symbole de l’horreur de la guerre et partout dans le monde, des voix s’élèvent pour protester contre le massacre.
« Trois jours après le massacre, le secrétaire américain à la Marine, Frank Knox, a déclaré : ‘Lorsque nos enfants nous demanderont pourquoi nous avons mené cette guerre, nous leur parlerons de Lidice.’ Le retentissement était énorme sur tout le continent américain et en Grande-Bretagne. Le premier rapport sur Lidice disait que c’était un village minier, ce qui n’était pas exact. Ses habitants travaillaient principalement dans les usines métallurgiques de Kladno. Néanmoins, l’histoire de Lidice a ému des mineurs britanniques. Ils ont fondé le mouvement ‘Lidice Shall Live’ qui a collecté des fonds destinés à la construction du nouveau village de Lidice. Très rapidement, le monde du cinéma a réagi. En Grande-Bretagne, on a tourné le film documentaire intitulé ‘The Silent Village’, où les habitants de Lidice sont représentés par les mineurs d’un village du Pays de Galles. »
C’est aussi cette mobilisation internationale née du choc face au massacre qui permettra à Lidice de revivre après la guerre : un nouveau village est bâti juste à côté des quelques vestiges, et c’est dans celui-ci que vivra jusqu’à sa mort en octobre 2024 Jaroslava Skleničková, dernier témoin qui pouvait encore se rappeler de la tragédie puisqu’elle avait 16 ans au moment des faits. La maison dans laquelle elle avait déménagé à la fin de sa vie pour y passer sa retraite se trouvait – quel symbole ! – rue d’Oradour (Oradourská), comme si un fil invisible reliait les deux villages martyrs dans l’espace et le temps.
A la fin du mois de décembre 2024, une autre enfant rescapée de Lidice est morte au Canada à l’âge de 105 ans : Eva Kubíková-Bullock faisait partie des sept derniers enfants encore en vie mais qui étaient trop petits à l’époque pour se souvenir des événements. Aujourd’hui, ces survivants ne sont donc plus que six.
Le nom de Lidice est donc resté dans la mémoire collective : dans l’immédiat après-guerre, plusieurs villes et villages d’Amérique du Sud, des Etats-Unis ou d’Israël ont pris le nom de Lidice, commémorant chaque année en juin la mémoire des victimes. Il existe encore quelques centaines de femmes d’Amérique latine à porter Lidice en guise de prénom. Et puis, cette mémoire a aussi été entretenue à la fois grâce aux témoignages des survivants, grâce au cinéma, mais aussi grâce à la construction d’un mémorial sur le site où l’absence et le néant parlent pour ce qui a été et pour les disparus.







