Des scientifiques dévoilent le visage probable de saint Venceslas
Depuis plusieurs années, des équipes de chercheurs tentent de reconstituer le visage probable de plusieurs figures majeures de l’histoire tchèque : après le guerrier hussite Jan Žižka ou sainte Ludmila, première princesse chrétienne de Bohême, c'est au tour de saint Venceslas d’avoir fait l’objet d’une telle reconstruction faciale.
Partout en Tchéquie, il est possible de voir des effigies de saint Venceslas, à commencer par la place qui porte son nom en plein centre-ville de Prague, mais aussi les nombreuses statues sur les façades des églises, sur des ponts ou dans des niches au coin d’un bâtiment.
Sa représentation stylisée, en armure, avec une couronne princière (une sorte de bonnet avec une croix), tenant une bannière sur une lance et un bouclier flanqué d’un aigle, est reconnaissable entre toutes. Plus rarement, on peut le croiser sans ses attributs guerriers, en train de presser du raisin pour en faire du vin de messe.
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Mais quels que soient les traits qu’on lui attribue, impossible de savoir exactement quel visage avait ce duc de Bohême, assassiné par son frère Boleslav le 28 septembre 929 ou 935, et symbole de la lutte entre le paganisme et le christianisme. Canonisé quelques dizaines d’années après sa mort, il est devenu très vite le symbole de l’Etat tchèque. Tout ceci est évidemment le résumé assez classique de la construction postérieure d’un héros national, mais comme souvent avec les légendes, la réalité est plus complexe comme l’expliquait sur notre antenne il y a quelques années, l’historienne Eloïse Adde.
Attribué par l’anthropologue Emanuel Vlček au duc de Bohême, le crâne de saint Venceslas est conservé avec le trésor de la cathédrale Saint-Guy : c’est celui-ci qui a fait l’objet d’une étude et d’une reconstitution, notamment grâce à l’expert brésilien Cicero da Costa Moraes, spécialisé dans la reconstruction faciale en médecine légale, qui a déjà travaillé sur les visages de Jan Žižka ou des fils de sainte Ludmila, comme l’explique le géophysicien Jiří Šindelář :
« Nous avons utilisé une méthode spéciale développée par le Dr Moraes. Il a créé un logiciel unique qui fonctionne avec des données anatomiques et qui, aujourd’hui, est utilisé par des médecins dans 31 pays pour diverses procédures chirurgicales. Il permet notamment d’automatiser le processus de création de modèles numériques précis de crânes humains à partir d'un nombre minimal de photographies. »
Pour reconstituer l’apparence probable du visage de Venceslas – Václav en tchèque, les scientifiques ont combiné des méthodes anthropologiques traditionnelles avec des projections statistiques dérivées de tomographies d’individus vivants.
« Ce n’est pas le premier projet de ce genre que nous menons. Et cette reconstruction s’inscrit dans la lignée de travaux similaires passés. Ce qui différencie ce projet actuel, c’est que, cette fois-ci, nous avons créé une copie numérique du crâne attribué à saint Venceslas sur la base des recherches menées il y a de nombreuses années par le professeur Matiegka dans les années 1920 et le professeur Vlček dans la seconde moitié du XXe siècle. »
Le modèle du visage réalisé en niveaux de gris est basé sur des calculs précis et des données statistiques. En supposant que le crâne ait réellement appartenu à saint Venceslas, il correspond donc à sa forme réelle. Les analyses anthropologiques confirment que le crâne a bien appartenu à un homme aux arcades sourcilières très développées et à la mâchoire puissante.
Le modèle final en couleur, qui montre un homme aux cheveux blonds et aux yeux bleus, correspond aux conclusions de 1911 de l’anthropologue tchèque, Jindřich Matiegka qui avait examiné le crâne et neuf autres ossements, mais est aussi le résultat d’une licence artistique du créateur de la reconstitution.
« Dans une véritable reconstruction faciale à partir d’un crâne, nous nous basons uniquement sur les caractéristiques physiques dérivées de la structure osseuse. Cependant, nous ne disposons jamais d’informations définitives sur des éléments tels que le type de cheveux, la coiffure, le teint de la peau ou la couleur des yeux, et nous n’en aurons jamais. Dans le cas de saint Venceslas, nous avons eu un peu de chance : quelques mèches de cheveux de couleur claire ont été conservées sur le crâne qui lui est attribué. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi cette couleur pour notre reconstitution. »
En dépit des représentations classiques stylisées du saint patron de la Bohême l’équipe de scientifiques a quand même pris le temps d’examiner des tentatives anciennes de représenter le duc. Une statue en grès, œuvre de Petr Parléř, a attiré leur attention : en comparant celle-ci et leur propre reconstitution, ils ont constaté un niveau surprenant de similitude, laissant à penser que les artisans de l’atelier du maître-architecte de la cathédrale Saint-Guy, connaissaient les proportions exactes du corps attribué à saint Venceslas, voire ont travaillé directement avec son crâne que le roi de Bohême Charles IV considérait déjà à l’époque comme une relique authentique du saint.





