Ukraine : le gouvernement tchèque insiste sur les garanties de sécurité à donner à Kyiv
Avant la rencontre entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, accompagné de plusieurs leaders européens, Prague avertit sur les risques d’un mauvais accord avec Moscou.
Des garanties de sécurité claires pour l’Ukraine de la part des États-Unis et de l’Europe seront absolument essentielles pour la suite des négociations. C’est ce qu’a indiqué le Premier ministre tchèque, Petr Fiala (ODS), sur le réseau X après la visioconférence de la « coalition des volontaires », à laquelle a également participé dimanche le président ukrainien.
La réunion s’est tenue en amont de la rencontre prévue ce lundi entre Volodymyr Zelensky et le président américain Donald Trump à la Maison Blanche, où se rendront aussi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ainsi que d’autres dirigeants européens dont les présidents français et finlandais ainsi que le chancelier allemand et le chef du gouvernement britannique.
« Nous sommes tombés d’accord sur le fait que l’objectif doit être de mettre fin au plus vite aux tueries, et que des garanties de sécurité claires pour l’Ukraine de la part des États-Unis et de l’Europe seront absolument essentielles pour la suite des négociations », a affirmé le Premier ministre tchèque.
« L’Europe doit maintenant montrer qu’elle est prête à jouer son rôle et à proposer des engagements crédibles, qui constitueront pour l’Ukraine une véritable garantie de sécurité », a quant à lui indiqué le ministre tchèque des Affaires étrangères, Jan Lipavský (indépendant sur la liste SPOLU avec l’ODS), après un entretien téléphonique avec son homologue français Jean-Noël Barrot. Dès samedi, il avait déjà coordonné par téléphone la position avant la rencontre de Washington avec plusieurs de ses homologues de l’UE et ukrainien.
Chargé de l’initiative tchèque pour la livraison de munitions d’artillerie à l’armée ukrainienne et également de la reconstruction de l’Ukraine pour le gouvernement tchèque, Tomáš Kopečný estime ces garanties de sécurité ne pourront être assurées par Bruxelles en l’état actuel des choses :
« La grande question sera de savoir sur quelle base institutionnelle de telles garanties pourraient être assurées. Sur la base de l’Union européenne, c’est presque inimaginable en raison de la manière dont la Hongrie et la Slovaquie bloquent les propositions antirusses ou pro-ukrainiennes. Ce sera plutôt, en réalité, sur la base d’une coalition de volontaires composée de grands États européens puissants, capables de faire une telle déclaration. Mais le plus important restera de continuer à aider l’Ukraine afin qu’elle puisse se défendre elle-même, en la soutenant matériellement, financièrement et économiquement. Et je pense que ce sera, au bout du compte, la garantie la plus forte. »
La coalition des volontaires est un groupe informel d’États qui soutiennent activement l’Ukraine dans sa lutte contre l’agression russe. La coalition, dirigée par la France et le Royaume-Uni, comprend également la Tchéquie.
Le ministre tchèque des Affaires européennes, Martin Dvořák (STAN), a quant à lui rappelé les risques posés par la stratégie russe sur l’ensemble du continent :
« Un cessez-le-feu immédiat signifie que les chefs d’état-major donnent l’ordre d’arrêter de tirer pour pouvoir négocier. Alors, les gens cesseraient d’être tués, les civils cesseraient d’être massacrés, les hôpitaux cesseraient d’être bombardés, et ainsi de suite. La stratégie russe, elle, vise à tout autre chose : elle cherche à repousser constamment la ligne à partir de laquelle, peut-être, des négociations pourraient un jour commencer. Elle présentera des conditions impossibles à remplir et dira : ‘Regardez, nous voulons nous mettre d’accord, mais ce n’est pas possible. Mais malgré cela, il y aura toujours un horizon, une échéance flottant dans l’air : peut-être dans un mois, peut-être dans six mois, peut-être dans une semaine, ce sera réglé et tout ira bien, et les tueries cesseront. Or cela affaiblit la volonté, aussi bien de l’Ukraine attaquée que, bien sûr, de l’Europe, de se préparer à des dépenses de défense plus élevées et de consacrer à cette question plus d’attention que le strict nécessaire, car tout cela a évidemment aussi des conséquences politiques et comporte certains risques. »
« En Alaska, Poutine se présente comme un partenaire de dialogue. Dans le même temps, son régime a frappé Kharkiv avec des missiles balistiques pendant la nuit. Tragiquement, des civils, dont un enfant d’un an, ont été tués, des dizaines d’autres blessés et des maisons ainsi qu’une école ont été détruites. Voilà à quoi ressemble la soi-disant 'politique de paix' de la Russie », a indiqué lundi Jan Lipavský.
Le chef de la diplomatie tchèque a également annoncé que la Tchéquie proposerait de nouveau de restreindre la circulation des diplomates russes dans l’espace Schengen : « Selon l’ancien président russe Dmitri Medvedev, la Russie peut à la fois mener la guerre et négocier la paix sur le plan diplomatique. Il en découle une seule conclusion : les diplomates russes méritent de voir leur circulation restreinte dans l’espace Schengen, car ils travaillent ouvertement à soutenir l’agression. La Tchéquie proposera à nouveau cette mesure dans le 19ᵉ paquet de sanctions ».
« La politique étrangère du gouvernement Fiala a conduit la Tchéquie à un isolement comparable à celui de l'Albanie de Hoxha. Personne ne nous prend au sérieux. Le ministre se contente de lancer des slogans. Ce que je reproche le plus au gouvernement et au ministre, c'est d'avoir coupé la Tchéquie de son principal allié, les États-Unis. Nous allons remédier à cela », promet quant à lui Radek Vondráček, vice-président du mouvement ANO, qui caracole en tête de tous les sondages pré-électoraux avant les législatives d'octobre.
La rencontre bilatérale entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky est prévue ce lundi à 19h (heure de Prague) et doit être suivie de la rencontre avec les autres leaders européens à 21h.






