La Tchéquie du « Parisien » Jiří Novák en quarts de finale du Mondial de volley, une perf’ rare
Quoiqu’il arrive encore d’ici la fin de cette semaine, c’est d’ores et déjà un succès historique. Grâce à une nette victoire (3 sets à 0) contre la Tunisie, mardi, l’équipe de Tchéquie de volley-ball s’est qualifiée pour les quarts de finale d’un championnat du monde pour la première fois depuis la partition de la Tchécoslovaquie.
Et jeudi, à Manille (Philippines), elle affrontera l’Iran avec l’ambition de rejoindre le dernier carré. Un parcours inattendu que la Reprezentace doit, entre autres, à son entraîneur, Jiří Novák, ancien champion d’Europe et ancien octuple champion de France avec le Paris Volley, qui n’a rien perdu de son excellent français.
La Tchéquie participe à un Mondial de volley pour la première fois depuis quinze ans et signe une performance historique, puisque après cette belle victoire contre la Tunisie, vous êtes qualifiés pour les quarts de finale, un niveau de compétition que la Tchéquie n’avait encore jamais atteint lors d’un championnat du monde depuis la partition de la Tchécoslovaquie. On suppose que vous êtes un entraîneur heureux...
« Bien sûr, c’est un résultat fabuleux ! C’est vrai que ça faisait un moment que nous ne nous étions plus parvenus à nous qualifier pour un championnat du monde. Et là, c’est une performance qui fait chaud au cœur, oui. »
La Tunisie était un adversaire que vous n’aviez plus affronté depuis un certain nombre d’années, et même si vous aviez eu l’occasion de l’observer durant ce Mondial, ce huitième de finale était un match où vous partiez un peu dans l’inconnu. Finalement la Tchéquie a remporté assez nettement les deux premiers sets (25-19, 25-18), puis vous avez réussi à retourner la situation dans le troisième (25-23) alors que vous étiez mené de sept points (8-15). Ce résultat et la performance de votre équipe vous ont-ils surpris ?
« Le résultat, c’est sûr, la performance, pas vraiment, parce que nous avions déjà fait deux très bons matchs de poule au premier tour contre la Serbie (3-0) et la Chine (3-0). Et nous avons continué sur cette lancée dans les deux premiers sets. Nous avons alors été vraiment très performants au niveau de l’attaque. Au troisième set, la Tunisie a commencé à très bien servir et nous nous sommes retrouvés sous pression à la réception. Puis nous avons réagi en faisant une série au service. Le bloc a commencé à mieux fonctionner, la défense aussi, et nous avons bien fini les points. Et au final, c’est ce qui explique cette victoire 3 à 0. »
On a l’impression, après cette qualification, que l’équipe reste sur la lancée de son bon début de compétition alors que vous étiez dans une poule pas facile au premier tour dont vous avez fini à la deuxième place. Et même si vous avez perdu un match contre le Brésil (0-3), vous avez enchaîné...
« Exactement, la la poule n’était pas facile, surtout avec des résultats surprenants, mais notre but était de nous qualifier et de lancer une aventure. À partir de là, à mon avis, la nervosité et la pression sont un peu retombés, et nous pouvons jouer en étant plus libérés. Et voilà où nous en sommes... »
On a l’impression, sans bien connaître votre équipe, que vous vous retrouvez en quart de finale - ce qui, encore une fois, constitue une performance historique pour le volley tchèque - presque comme un cheveu sur la soupe. Comment donc expliquez-vous ce succès ?
« Bonne question... À mon avis, les saisons internationales commencent à être très compliquées pour les joueurs. Vous savez, chacun fait sa saison en club, et après, il faut repartir sur un nouveau cycle international avec l’équipe nationale. Donc, ce n’est pas facile pour tout le monde, pas que pour nous d’ailleurs, mais pour les autres équipes aussi. Et puis, c’est vrai que nous avons connu un début de saison internationale un peu compliqué, parce que les joueurs, après justement la saison en club, étaient fatigués ou blessés, et il a d’abord fallu qu’ils se soignent. Du coup, nous n’avons pas pu nous entraîner correctement avec les joueurs que nous voulions. Et puis, après la finale de l’European Golden League (perdue 1-3 contre la Finlande, le 6 juillet), tous ceux qui avaient des petits pépins sont progressivement revenus dans le groupe, et là, nous avons enfin pu nous préparer avec l’effectif que l’on souhaitait avoir. Je pense que c’est ce travail effectué pendant l’été, tous ensemble, qui paye aujourd’hui. »
« Une équipe sans grandes individualités mais solidaire, et c’est ce qui fait sa force »
Quels sont les joueurs qui composent votre équipe ?
« C’est un mix. Sur quatorze joueurs, sept évoluent dans des clubs à l’étranger. Il y en a deux qui jouent en Pologne, un autre en Turquie, certains en Belgique... Et puis il y a ceux qui évoluent dans le championnat tchèque, soit dans les bons clubs, soit dans les clubs de deuxième partie de tableau, mais avec un rôle important. Ça, c’est aussi un élément-clé dans les choix des joueurs. »
Pour les joueurs qui évoluent en Tchéquie, même s’ils sont professionnels, n’est-ce pas parfois un peu compliqué, dans le contexte du volley tchèque avec des moyens financiers limités, de les faire venir en équipe nationale ? Quand on regarde le calendrier international, il y a vraiment beaucoup de compétitions et de matchs.
« C’est toujours un problème. La première chose, comme vous l’avez dit, après la saison en club, les joueurs sont fatigués, et c’est normal. Les joueurs se sacrifient pour le club, parce que c’est lui qui les paye. Il faut aussi tenir compte du fait que, de temps en temps, il y a des obligations familiales. Cette année, par exemple, trois ou quatre joueurs sont devenus pères, donc il a fallu penser aussi à la famille. Toutes ces choses font que ce n’est pas toujours évident d’avoir tous les joueurs que l’on voudrait à disposition. Mais cette année, nous avons eu de la chance pour la deuxième partie de la saison internationale. Toutes ces choses ont été réglées et les joueurs ont pu se consacrer à l’équipe nationale. »
Si on revient à ce Mondial, peut-on dire que vous travaillez avec une génération qui est un peu plus forte ou meilleure que les précédentes ? Et quels sont les points forts de votre équipe ?
« Là aussi, c’est un mix. Sur certains postes, nous avons des joueurs expérimentés parce que pour l’instant, nous n’avons pas la possibilité d’intégrer de jeunes sur certains postes tout simplement parce que nous n’en avons pas. Malgré cela, il y a toujours un ou deux joueurs qui arrivent des sélections de jeunes et c’est ainsi que l’on s’efforce de renouveler doucement l’effectif. »
« Concernant l’équipe, moi, je savais qu’elle a du talent et des joueurs intéressants. Les performances aussi étaient intéressantes, mais il nous est arrivé d’avoir un déficit de motivation sur certains matchs. Nous étions prêts pour les grands matchs, mais de temps en temps, même sans perdre, les performances n’étaient pas au niveau que je souhaitais. Au Mondial, sachant que nous avons fait un très bon match pour notre entrée dans la compétition, les joueurs ont compris de quelle façon ils doivent jouer. Et on forme un groupe. Nous n’avons pas d’individualités qui pourraient faire basculer un match à elles seules, par exemple, donc nous devons jouer en équipe. Tous les joueurs font des sacrifices, tous les joueurs se battent l’un pour l’autre, l’équipe reste solidaire dans les moments difficiles, et c’est vraiment ce qui fait notre force. »
« Le volley tchèque traverse une période riche en termes de résultats, il faut en profiter »
Quel regard portez-vous sur les résultats un peu surprenants pour certains de ce Mondial ? Quand on est français, on a forcément remarqué l’élimination inattendue de l’équipe de France dès le premier tour, mais il y a aussi d’autres nations traditionnellement fortes qui réussissent moins bien. Et par exemple, ce quart de finale demain entre la Tchéquie et l’Iran n’est pas forcément une affiche à laquelle on s’attendait pour ce niveau de la compétition.
« Il y a beaucoup de résultats surprenants, c’est vrai, mais chaque équipe a ses problèmes, avec des blessures ou de la fatigue. Parce qu’il ne s’agit pas que d’une saison, mais d’une accumulation de saisons pour les joueurs internationaux. Beaucoup ont des étés sans véritable période de repos. Et au bout d’un moment, les joueurs ressentent forcément une forme de fatigue. C’est une explication. »
« Et puis, comme je le dis tout le temps, la vérité du résultat se trouve sur le terrain, pas sur le papier. Donc, quand on rentre sur le terrain au championnat du monde, il faut se donner à fond. On peut dire que toutes les équipes sont fortes, et personne ne peut se dire avant un match qu’il va gagner simplement parce qu’il est favori. Non. »
L’Iran a éliminé la Serbie en huitièmes de finale, que vous aviez donc vous aussi battue en poule. Vu de Prague, on a le sentiment que ce serait dommage de s’arrêter en quarts de finale face à un tel adversaire et qu’il y a la place pour aller encore plus loin dans la compétition. Mais en même temps, l’Iran est une équipe que vous n’avez plus affrontée non plus depuis un certain temps et votre rôle d’entraîneur est aussi de freiner un peu cet enthousiasme. Alors, comment abordez-vous ce quart de finale ?
« J’ai envie de dire que l’Iran possède deux visages. Le premier, c’est que ça peut être une équipe très dangereuse et d’un très grand niveau quand tout se passe bien sur le terrain, quand elle est devant au score, quand elle parvient à très bien servir, bref, quand tout marche. Le deuxième visage, c’est qu’elle joue un peu différemment quand elle doit courir après le score, quand certaines choses ne fonctionnent pas comme elle le souhaiterait. Cela signifie qu’il faut pousser les Iraniens à se poser des questions et à jouer différemment que ce qu’ils ont envie de faire. Si nous y parvenons, nous pourrons croire à un nouvel exploit, parce que, pour le reste, la dynamique et la dimension physique de cette équipe d’Iran sont impressionnants. »
Que représente ce succès au Mondial pour le volley tchèque en général ? Même si vous êtes loin, aux Philippines, ressentez-vous que l’intérêt pour votre parcours grandit ? On sait aussi que de manière plus générale pour les sports collectifs, que ce soit le volley, le basket ou le handball, pour un pays comme la Tchéquie, réussir un tel parcours dans les grandes compétitions internationales n’est pas une mince performance...
« Oui, bien sûr. C’est un exploit très surprenant. Il y a beaucoup d’anciens joueurs et de gens qui s’intéressent au volley, qui nous écrivent et nous souhaitent bonne chance. Et après, on verra après notre retour au pays ce que ça va donner. Personnellement, j’espère que cela attirera les enfants vers notre sport, parce que c’est toujours comme ça que ça se passe, surtout dans un pays qui est assez petit comme le nôtre. Quand il y a un exploit dans un sport, derrière, les enfants ont envie aussi d’essayer, parce qu’ils voient qu’il est possible d’y réussir quelque chose d'intéressant. »
« Ce qui est intéressant aussi, c’est qu’il y a un mois, l’équipe des U21 a atteint le dernier carré de son championnat du monde. Cela montre que le volley tchèque est peut-être en train de traverser une période riche en termes de résultats. Il faut donc en profiter et travailler sur cela. »






