Presse : la révolution de Velours, événement d’une époque où le monde était encore noir et blanc

Manifestation commémorative du 17 novembre

Cette nouvelle revue de presse revient d’abord sur quelques commentaires relatifs à révolution de Velours 36 ans après, avant de se pencher sur l’évolution de la formation du nouveau gouvernement tchèque. Autres sujets au sommaire : la dépendance des Tchèques aux réseaux sociaux et le boom des cafés en Tchéquie.

Pour le directeur de la Bibliothèque Václav Havel à Prague, l’économiste et philosophe Tomáš Sedláček, la révolution de Velours de novembre 1989 a été « la révolution la plus sympathique au monde ». Dans le quotidien Hospodářské noviny, il explique pourquoi :

« Nous avons de quoi être fiers : la révolution tchécoslovaque de Velours a vraiment été extraordinaire. Tout au long du XXe siècle en Europe, on ne trouve trace d’autre cas où un régime totalitaire s’est effondré avec aussi peu de violence, avec un tel élan culturel et avec des personnes non armées au centre de l’action. Et avec la vérité, l’amour et la liberté sur les lèvres. D’un côté, des étudiants armés de fleurs et de chansons, et de l’autre, des policiers avec des matraques et la superpuissance soviétique en arrière-plan. Il s’agit donc d’un événement historique unique, une révolution exemplaire qui devrait servir de modèle aux autres révolutions. »

La révolution de Velours, comme l’indique encore l’auteur du texte publié dans le quotidien économique, ne se caractérise pas seulement par sa légèreté, son caractère philosophique et l’élégance de son déroulement, mais aussi par la facilité avec laquelle il était possible de distinguer le bien du mal :

« Dans d’autres révolutions, cela est rarement aussi clair. Chez nous, c’était vraiment une lutte de la vérité contre le mensonge communiste et de l’amour contre un système haineux qui contraignait son propre peuple à assassiner son propre peuple. La liberté contre la totalité, l’amour contre la violence. Le monde entier nous soutenait. C’était encore une époque où le monde était magnifiquement noir et blanc. »

« Aujourd’hui, les partis qui s’apprêtent à former le gouvernement ont sans doute le lien le plus faible de ces trente-six dernières années avec l’héritage du 17 novembre 1989, si l’on parle des partis qui ont déjà de siéger au gouvernement », signale pour sa part l’hebdomadaire Respekt, qui replace le souvenir de cet événement historique dans le contexte actuel :

« Nous n’avons aucune expérience de ce qui arrive aujourd’hui. Les partis du prochain gouvernement ne nous feront probablement pas sortir de l’UE et de l’OTAN, mais ils s’apprêtent à affaiblir notre position au sein de ces organisations. Ils en parlent ouvertement. L’action des citoyens est donc importante. Si la société décide de ne pas rester silencieuse, la Tchéquie pourrait finalement sortir renforcée de la période à venir. L’un des plus beaux slogans de la révolution de Velours qui disait ‘Qui, si ce n’est pas nous, quand, si ce n’est pas maintenant !’ est toujours d’actualité. »

La formation du prochain gouvernement : une mission difficile pour le président Petr Pavel

Fini le mois de l’offensive de charme. Tel est le regard que le site Seznam Zprávy porte sur les négociations pour la formation du prochain gouvernement  qui sont menées par le président de la République, Petr Pavel, et le vainqueur des élections législatives, Andrej Babiš:

Andrej Babiš et Petr Pavel | Photo: Zuzana Bönisch,  Bureau du Président de la République tchèque

« Petr Pavel a déclaré qu’il pourrait ne pas nommer le leader du mouvement ANO, Andrej Babiš, Premier ministre si celui-ci continue à refuser d’expliquer au public comment il entend résoudre son conflit d’intérêts entre politique et affaires. Et que si tel était le cas, le mouvement ANO devrait proposer un autre candidat. Les partisans du président et des partis du gouvernement sortant l’applaudissent des deux mains estimant que le président peut nommer qui il veut. Le président et ses collaborateurs savent cependant que le meilleur moyen d’obtenir un gouvernement à peu près décent, qui ne ferait pas honte au pays sur la scène internationale, aurait été de mener des négociations discrètes avec Andrej Babiš. Les  partis démocratiques auraient pu l’aider dans sa difficile mission. Au lieu de cela, ils ont choisi d’aider Andrej Babiš et ont laissé le président se débrouiller seul. L’absence de leur soutien a contraint Petr Pavel à entrer en confrontation directe avec Andrej Babiš qui se sent désormais suffisamment fort pour ignorer ouvertement les exigences présidentielles. »

Seznam Zprávy rappelle qu’après les élections, Petr Pavel a choisi la meilleure stratégie possible : il ne voulait pas que ses démarches ressemblent aux excès anticonstitutionnels des présidents précédents et a rapidement reconnu le droit du vainqueur des élections à occuper le poste de Premier ministre. Il a également dressé une liste assez longue d’exigences qu’il souhaitait imposer au nouveau Premier ministre et à ses partenaires radicaux de la coalition :

« Au départ, Andrej Babiš a laissé entendre qu’il était prêt à négocier sur certains points. Cependant, au fil du temps, il a compris que les partis de la coalition gouvernementale sortante avaient en fait décidé de l’aider et qu’au lieu de réduire le prix des extrémistes sur le marché politique, ils voulaient au contraire son arrivée au pouvoir le plus rapidement possible. Les chances du président d’obtenir quoi que ce soit se sont dès lors fortement réduites. »

Les réseaux sociaux, la dépendance la plus répandue

Plus de la moitié des adultes tchèques passent au moins une heure par jour sur les réseaux sociaux et, beaucoup d’entre eux, bien davantage de temps encore. C’est ce qui ressort d’une récente étude publiée par le CEDMO (Observatoire d’Europe centrale des médias numériques) qui indique également que 14 % des personnes ne les utilisent pas du tout. L’auteur d’un texte publié à ce sujet dans le quotidien Deník N retient notamment le fait que plus d’un tiers des personnes sondées passent au moins deux heures par jour sur les réseaux sociaux :

Photo illustrative: Berke Citak,  Unsplash

« Deux heures, cela représente environ un huitième de la journée. Si des millions de personnes consacrent autant de temps à une activité, cela ne peut pas ne pas avoir  d’impact sur l’ensemble de la société. Les résultats de l’étude ne sont pas surprenants, ou du moins ne devraient pas l’être. Ils confirment ce que tout le monde sait déjà. Partout en public, on voit que tout le monde ou presque suit son téléphone portable. Et que regarde-t-on le plus souvent ? Wikipédia ? Des documents pour le travail ? Des cours de langue ? Rarement. Le contenu le plus attrayant sur Internet est précisément celui sur lequel les chercheurs du CEDMO se sont penchés : Facebook, Instagram, TikTok, X. »

Les opérateurs de réseaux, comme l’indique encore Deník N, ont dépensé des milliards de dollars et mobilisé les meilleurs cerveaux du monde pour que nous y soyons tellement accrochés. Le mot « dépendance » n’est pas déplacé. « Ils ont réussi et ont ainsi créé le monde dans lequel nous vivons. Ils en tirent d’énormes profits, tandis que nous en subissons toutes les conséquences », écrit le chroniqueur du journal avant néanmoins de conclure sur un ton légèrement plus optimiste:

« Comme il s’agit d’une dépendance, il est en fait surprenant que nous ne passions qu’une heure ou deux par jour sur les réseaux sociaux. On peut dès lors espérer ne pas succomber complètement aux manipulations numériques. »

La Tchéquie, un pays désormais des cafés ?

« De la Tchéquie, le pays de la bière devenu un pays des cafés », titre le site Info.cz. Selon son auteur, les Tchèques sont désormais prêts à dépenser davantage pour un café et une pâtisserie que pour un déjeuner et une bière :

Photo: Petr Lukeš,  Radio Prague Int.

« Alors que chaque augmentation du prix de la bière ne serait-ce que d’une couronne suscite chez les Tchèques un débat passionné sur la fragilisation de la culture des brasseries, la hausse constante des prix du café et des pâtisseries ne semble pas trop les déranger. Environ 500 établissements de restauration publique ont vu le jour l’année dernière en Tchéquie, la tendance claire étant à l’augmentation du nombre de cafés et de pâtisseries. L’une des raisons à cette évolution est que les jeunes ne vont plus autant boire de bière dans les auberges que leurs parents et grands-parents et préfèrent souvent l’offre et l’ambiance des cafés ou des fast-foods. Les cafetiers ont également appris à attirer les clients avec une large gamme de spécialités, souvent de leur propre fabrication. »

L’auteur indique que l’essor sans précédent des cafés en Tchéquie n’est pas dû seulement au transfert d’un segment gastronomique à un autre. Selon lui, « c’est aussi la preuve que les différentes thèses sur l’appauvrissement et la paupérisation du pays sont, pour le moins, quelque peu exagérées ».