Nommé mais mis en garde par Petr Pavel, le gouvernement d’Andrej Babiš peut se mettre au travail

Nommé mais mis en garde par Petr Pavel, le gouvernement d’Andrej Babiš peut se mettre au travail

Coalition composée de trois partis, le nouveau gouvernement tchèque issu des élections législatives qui se sont tenues début octobre, a été nommé par le président de la République, ce lundi matin, au Château de Prague. Avec huit portefeuilles et l’omnipotent Andrej Babiš pour Premier ministre, le mouvement ANO y sera largement majoritaire. Mais Petr Pavel entend veiller au grain.

Andrej Babiš  | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

Procédure longtemps retardée par le conflit d’intérêts qui était - et reste par beaucoup - reproché à Andrej Babiš en sa qualitié à la fois de chef d’entreprise et de possible chef du gouvernement, jusqu’à ce que celui-ci finisse, forcé, par présenter une solution suffisamment satisfaisante aux yeux du président de la République pour permettre son introduction dans les fonctions de Premier ministre, la nomination du nouveau gouvernement s’est donc déroulée ce lundi matin, lors d’une cérémonie au Château de Prague.

Coalition tripartite qui dispose d'une confortable majorité à la Chambre des députés, ce nouveau gouvernement, le dix-septième de l’histoire de la Tchéquie depuis la partition de la Tchécoslovaquie, est formé de neuf membres d’ANO, le mouvement centriste souvent qualifié de populiste fondé et dirigé par Andrej Babiš, de trois représentants du SPD (Liberté et démocratie directe), formation nationaliste et antisystème affiliée au groupe de l’Europe des nations souveraines au Parlement européen, et de quatre Automobilistes (Motoristé, en tchèque), autre parti eurosceptique et antiécologique situé lui aussi très à droite sur l’échiquier politique tchèque.

Pour la première fois de l’histoire du pays, l’extrême droite, dont le leader d’origine japonaise (par son père) Tomio Okamura a été élu président de la Chambre basse du Parlement, participera ainsi à la conduite des affaires du pays.

Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

En raison précisément de sa composition, ce cabinet, à l’aube de sa mise en action, laisse donc planer de nombreux doutes, y compris en Tchéquie, et notamment en matière d’affaires étrangères, sur le contenu et le caractère de la politique qu’il est théoriquement appelé à mener jusqu’aux prochaines élections législatives, pour l’heure prévues en 2029.

Les avertissements de Petr Pavel

Petr Pavel  | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

Cette incertitude est d’ailleurs la raison pour laquelle le président Petr Pavel, lors de la courte allocution qu’il a pronconcée lors de la cérémonie ce lundi, a très clairement avisé ses nouveaux membres, juste avant de trinquer symboliquement avec eux, de ses attentes envers un gouvernement qui, selon lui, « prend le pouvoir dans une période troublée ».

Afin « de rassembler, et non de diviser », a-t-il dit, le chef de l’État a insisté sur le besoin pour la Tchéquie « de cohérence, de vision, d’espoir et de stabilité », tout en rappelant ce qui apparaît comme une évidence à ses yeux, à savoir que « la sécurité et la prospérité [des Tchèques] sont garanties, entre autres, par l’adhésion à l’Union européenne et à l’OTAN », ou encore que l’appartenance à ces deux institutions contraint la Tchéquie à faire preuve de « la plus grande responsabilité » et à « être un membre constructif plutôt que réfractaire ».

La nomination du gouvernement d’Andrej Babiš | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

Toujours sur le même ton ferme, Petr Pavel a également souligné qu’il prêterait une attention toute particulière à la manière dont non seulement le gouvernement, mais aussi « l’ensemble des dirigeants politiques tchèques contribueront au maintien et à la construction des principes et des institutions démocratiques ». Des médias publics aux forces de sécurité en passant par le pouvoir judiciaire ou le ministère public, le chef de l’État a prévenu qu’il veillerait au respect de leur indépendance.

Un gouvernement avec un air de déjà-vu, mais encore incomplet

Succédant à la coalition de centre-droit qui était dirigée depuis 2021 par le conservateur Petr Fiala, et qui avait fait du ralentissement du rythme de l’endettement du pays, de l’aide à l’Ukraine ou encore de l’indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie quelques-unes de ses priorités, ce nouveau gouvernement possède aussi un petit air de déjà-vu puisque parmi les quinze ministres qui le composeront, et où ne figurent que deux femmes, six d’entre eux, tous membres d’ANO, ont déjà occupé par le passé les fonctions dont ils auront de nouveau la charge : outre bien évidemment Andrej Babiš, qui retrouve un costume de chef du gouvernement qu’il a déjà porté quatre années durant entre 2017 et 2021, il s’agit de Karel Havlíček (Industrie et Commerce), d’Alena Schillerová (Finances), d’Adam Vojtěch (Santé), de Robert Plaga (Éducation) et de Lubomír Metnar (Intérieur).

Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

Bien que l’accord de coalition entre les trois partis partenaires ait été signé au début du mois de novembre, et que ceux-ci se soient répartis les différents ministères une semaine seulement après la tenue des élections, le gouvernement nommé ce lundi demeure encore incomplet en raison de la candidature de Filip Turek aux fonctions de ministre de l’Environnement. Suite à différents messages racistes, sexistes ou encore homophobes très probablement publiés par ses soins sur les réseaux sociaux par le passé, Petr Pavel a jusqu’à présent refusé de nommer le président d’honneur des Automobilistes.

Filip Turek | Photo: Michaela Říhová,  ČTK

Figure actuellement la plus controversée sur la scène politique tchèque, Filip Turek avait même initialement été pressenti comme chef de la diplomatie avant que son parti, face aux vives critiques que cette perspective avait suscitées, ne fasse finalement marche arrière. C’est ainsi le leader de ces mêmes Automobilistes, Petr Macinka, qui a pris la direction du ministère des Affaires étrangères, tandis que ce lundi, moins d’une semaine après déjà plusieurs manifestations étudiantes dans toute la Tchéquie, des membres de l’ONG Greenpeace ont déployé une banderole avec l’inscription « Défendons la nature » sur le bâtiment du ministère de l’Environnement, précisément pour protester contre la candidature d’un membre des Automobilistes aux fonctions de ministre.

Petr Macinka | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

« Prospérité et vie meilleure pour tous les Tchèques »

Andrej Babiš | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

Ce mécontentement n’a toutefois pas empêché la tenue du premier Conseil des ministres. Une réunion essentiellement de « coordination » à l’issue de laquelle Andrej Babiš, qui représentera la Tchéquie au sommet européen de ces jeudi et vendredi, a promis que sa coalition s’efforcera « d’être le gouvernement de tous les citoyens de la République tchèque et de convaincre aussi tous ceux qui n’ont pas voté pour nous, que nous serons un gouvernement qui fera le maximum pour que notre pays prospère et que nos citoyens mènent une vie meilleure ».

Un discours devant les médias long d’un peu plus d’un quart d’heure au cours duquel le nouveau Premier ministre a également déclaré, entre autres, que son gouvernement était « conscient que l’appartenance de la République tchèque à l’UE [était] avantageuse » - et ce bien que celle-ci « [perde] en compétitivité » -, et que dans le passé, le cabinet auquel avait participé son mouvement ANO avait toujours été « constructif », « présenté des propositions concrètes » et n’avait jamais été « destructeur ». Y compris ses opposants et critiques, voici donc les Tchèques rassurés, ce lundi, sur les intentions d’un Andrej Babiš cette fois définitivement de retour aux affaires plus seulement économiques mais aussi donc politiques du pays...