Malgré une baisse de la consommation d’alcool, pour de nombreux Tchèques, « boire reste normal »
Alors que la récente campagne « Février sec » a rencontré un succès de participation sans précédent, le rapport que les Tchèques entretiennent avec la consommation de boissons alcoolisées n’en reste pas moins très ambivalent, comme le montre une nouvelle étude réalisée par une équipe de sociologues de l’Université Charles.
Un nombre record de Tchèques ont participé à l’édition 2026 de « Février sec » (« Suchej únor » - « Dry February »). Un peu plus de deux millions de personnes, soit environ un quart de la population âgée de plus de 18 ans et 400 000 de plus en l’espace d’un an, ont en effet été sensibles à cette campagne de santé publique qui, depuis désormais quatorze ans en République tchèque, invite les gens à ne pas consommer de boissons alcoolisées pendant un mois.
Et beaucoup d’entre elles se sont félicitées des nombreux bienfaits, à la fois sur la santé et le bien-être mais aussi dans le portefeuille, qu’ils ont constatés après avoir relevé le défi de ce temps d’abstinence. Un arrêt d’alcool temporaire qui leur a aussi permis de s’interroger, plus globalement, sur certaines de leurs habitudes de la vie quotidienne.
Comme ailleurs en Europe, et comme le confirment tous les chiffres relatifs notamment à la bière, boisson qui appartient au patrimoine culturel national et dont les Tchèques restent les plus grands buveurs au monde, cela fait déjà quelques années que la consommation d’alcool tend à baisser en République tchèque aussi. Les occasions pour « prendre un petit verre » n’en restent pas moins fréquentes et les idées reçues nombreuses, comme le démontrent les conclusions d’une étude menée l’année dernière par une équipe du département de sociologie de la Faculté des lettres de l’Université Charles à Prague.
Ainsi donc, selon cette étude intitulée « Les mythes sur la consommation d’alcool - L’alcool dans la société tchèque en 2025 », et contrairement aux recommandations faites par l’Organisation mondiale de la santé, un Tchèque sur deux reste convaincu que boire en petite quantité - concrètement quelques verres de bière ou de vin - non seulement ne nuit pas à la santé, mais serait même bon pour celle-ci.De même, un quart du millier de personnes interrogées pensent que la consommation d’alcool améliore la qualité du sommeil et un peu plus d’un cinquième qu’une consommation occasionnelle pendant la grossesse ne présente aucun danger pour la mère pas plus que pour l’enfant. Coauteur de l’étude, Matej Illáš explique néanmoins qu’aussi fausses puissent-elles être, et aussi suprenantes puissent-elles sembler être, ces croyances ne sont pas totalement infondées :
« Ce n’est pas aussi alarmant que cela en a l’air. Nous croyons tous à une ou deux absurdités, c’est tout simplement comme ça. Le problème, c’est quand cela nous encourage à boire de l’alcool. Je pense que c’est précisément parce que nous répétons sans cesse ces mythes, que les gens ordinaires les répètent et que nous les entendons souvent de la bouche de nos proches. Ce sont des personnes en qui nous avons confiance et nous ne remettons donc pas en question ce qu’elles nous disent sur l’alcool. »
Ces croyances sont toutefois nombreuses. Les Tchèques pensent ainsi également que l’alcool augmente la température corporelle ou aide à prévenir les maladies cardiaques. Et si l’ on pourrait estimer que ce sont les personnes qui consomment le moins d’alcool qui croient aussi le moins à ce que l’équipe de sociologues désigne comme « des mythes », ce n’est pas nécessairement le cas. L’étude démontre en effet que les personnes les plus résilientes ou imperméables aux fausses croyances sur l’alcool, et peu importe ici le groupe sociodémographique auquel elles appartiennent, sont celles qui en consomment régulièrement en petite quantité, le plus souvent à raison d’un à deux verres par semaine.
Si certaines idées reçues ont donc visiblement la vie dure, près de 15 % des Tchèques affirmant même ne pas croire à l’existence d’une possible dépendance à l’alcool, elles ont aussi des conséquences économiques et sanitaires plus concrètes, puisque, en 2025, la VZP, organisme public qui est la principale caisse d’assurance maladie en République tchèque, a consacré plus d’un milliard de couronnes (plus de 40 millions d’euros) pour le traitement des différents problèmes liés à une consommation excessive d’alcool.






