Revue de presse : « Une manifestation gigantesque », mais « sans idée » et « sans message clair »
Jusqu’à 250 000 personnes, selon ses organisateurs, ont participé à la grande manifestation contre la coalition gouvernementale d’Andrej Babiš qui s’est tenue à Prague samedi après-midi dernier. Si le rassemblement a été l’un des plus importants dans le pays depuis la chute du régime communiste, sa tenue même et ses objectifs vaguement déclarés ont suscité des réactions et commentaires très divers et partagés dans les médias tchèques. Et loin s’en faut, tous ne sont pas convaincus de leur bien-fondé.
Même organisateur, le mouvement citoyen indépendant « Un million de moments pour la démocratie », même lieu, l’esplanade de Letná, et, surtout, même mobilisation massive pour la même cause : le mécontentement qu’inspire à ses opposants et critiques la politique menée par le gouvernement d’Andrej Babiš.
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Comme en 2019, quand plus de 200 000 personnes s’étaient déjà rassemblées pour réclamer la démission du Premier ministre lors de son précédent mandat, les Tchèques ont de nouveau répondu en nombre, samedi 21 mars, à l’appel qui leur avait été lancé pour exprimer leurs craintes, entre autres, quant à ce qu’ils estiment être « une érosion de la démocratie » dans leur pays ou encore « une oligarchisation » de leur société.
Slogan de la manifestation, « Ne laissons pas notre avenir nous être volé » aura été la principale revendication de la foule présente sur les hauteurs de Prague, là où en 1989 s’était tenue une des grandes manifestations qui avaient abouti à la chute du régime communiste dans l’ancienne Tchécoslovaquie.
« Une manifestation gigantesque », donc, mais aussi « sans idée », selon par exemple Deník Alarm, qui estime qu’il s’agissait là de « politique sans politique ». « Dans l’ensemble, les intervenants se sont montrés réticents à formuler des demandes politiques concrètes, ou tout au moins à décrire la réalité en termes politiques. Grâce à cette tactique, Un million de moments pour la démocratie parvient certes à mobiliser les manifestants de manière exceptionnelle, mais l’impression qui en résulte se dilue ensuite en phrases toutes faites sur l’engagement et en appels à rejoindre les partis politiques », regrette le site de gauche.
Son de cloche similaire sur le site Lidovky.cz, qui jusque dans un passé récent appartenait au groupe Agrofert détenu par Andrej Babiš. Selon son chroniqueur, si les organisateurs peuvent être satisfaits d’avoir réussi à rassembler autant de monde, de « grandes questions » n’en flottent pas moins au-dessus de ce rassemblement, dont la principale pourrait être formulée ainsi : « Et maintenant on fait quoi ? »
Cette absence « d’objectif concret » est aussi ce que constate Novinky.cz, qui est le site en ligne du quotidien de gauche Právo. Ici, l’auteur recourt même à un ton quelque peu ironique pour commenter ce qu’il a vu et entendu durant un peu plus de deux heures samedi : « Quelle manifestation ! », s’exclame-t-il d’abord. « Dans un sens, n’est-il pas beau de voir qu’en République tchèque, on manifeste contre le gouvernement d’une manière qui n’empêche pas [les parents] de participer avec des poussettes ? Cependant, de telles manifestations ne représentent une menace pour personne, pas même pour le gouvernement. »
Même Seznam Zprávy, site généraliste parmi les plus lus en République tchèque contre lequel Andrej Babiš mène depuis peu une guerre ouverte, évoque certes « une [esplanade de] Letná pleine » mais aussi, littéralement, « un message à moitié vide » ou encore « un effet visuel une fois de plus impressionnant » sans que l’on ne puisse toutefois « s’empêcher de remarquer que, cette fois, il manquait à la foule rassemblée un message plus clair, plus fort et plus cohérent. » Autrement dit aussi, « une manifestation où l’on a parlé un peu de tout et un peu de rien. »
Toutefois, bien qu’effectivement peut-être dépourvue de buts concrets, l’objectif de cette manifestation était peut-être ailleurs encore, un peu plus de trois mois seulement après la nomination de cette coalition gouvernementale au sein de laquelle, avec le SPD, figure un parti d’extrême droite pour la première fois dans l’histoire du pays. L’hebdomadaire libéral Respekt résume le sentiment général qui règne dans les rangs des opposants à son leader Andrej Babiš en citant l’un des participants à la manifestation, à savoir « au moins montrer [qu’ils sont] nombreux » à vouloir « exprimer leur désaccord avec les mesures du gouvernement actuel ».







