125 ans depuis la naissance de Leo Haas, artiste de talent qui a connu l’horreur nazie et l’idéologie communiste

Lithographie de Leo Haas tirée du livre 'Douze lithographies originales des camps de concentration allemands'

Il y a 125 ans, le peintre et caricaturiste Leo Haas naissait à Opava, en Moravie-Silésie. Son parcours incarne à merveille l’histoire de l’Europe centrale au XXe siècle : après avoir survécu aux camps de concentration nazis, il devient un propagateur du régime communiste, et il finit par s’installer à Berlin-Est. Aujourd’hui, ses dessins témoignent des horreurs du nazisme, mais montrent également avec quelle facilité le talent peut être détourné par le pouvoir.

Leo Haas | Photo: ČT

Leo Haas naît en 1901 à Opava, une petite ville de Moravie-Silésie qui fait alors partie de l’Autriche-Hongrie. Enfant, il fait déjà preuve d’un grand talent artistique, ce qui lui ouvre ensuite les porte de l’Académie des beaux-arts de Karlsruhe avant de le conduire à Berlin, où il étudie auprès d’Emil Orlik et se fait bientôt une place sur la scène artistique.

Dans les années 1920, il travaille également à Vienne, où il est dessinateur de caricatures pour les journaux. De retour à Opava, il ouvre un atelier et épouse la portraitiste Sophie Hermann. Comme celles de Max Liebermann ou de Käthe Kollwitz, ses œuvres se réclament de l’expressionisme.

Carnet de croquis de Leo Haase datant de 1922

La montée du nazisme et « l’art dégénéré »

Les dessins de Leo Haas | Photo: ČT

Après 1933, la situation se dégrade rapidement pour les artistes juifs en Allemagne et dans les Pays tchèques. Les œuvres de Leo Haas sont qualifiées de « dégénérées », et l’artiste est accusé de « bolchévisme culturel ». Après les pogroms anti-juifs, il part pour Ostrava, mais il n’échappe pas pour autant aux mesures répressives.

En 1939, il est déporté pour travaux forcés à Nisko, en Pologne, où il dessine en secret la vie des prisonniers du camp de travail. Ces dessins font aujourd’hui partie des témoignages les plus précieux sur l’existence de ce camp.

Les dessins de Leo Haas | Photo: ČT

Terezín, Auschwitz et faux billets

Les dessins de Leo Haas | Photo: ČT

En 1942, Leo Haas est arrêté puis déporté au ghetto de Terezín. Son talent lui permet d’y travailler au service du dessin technique, où il est en mesure de dessiner et même de donner des cours de dessin aux enfants. Les dessins qu’il a faits à Terezín dépeignent la vie quotidienne des prisonniers avec une grande sensibilité.

Les dessins de Leo Haas | Photo: ČT

En 1944, il est accusé de « propagation de la terreur » et déporté à Auschwitz. Là-bas, il réalise des croquis techniques pour le médecin nazi Josef Mengele. Par la suite, il est transféré à Sachsenhausen, où il se retrouve dans un groupe de prisonniers contraints de contrefaire des billets de banque britanniques pour l’opération nazie Bernhard. Il est libéré en 1945.

Communiste convaincu et propagateur

Leo Haas | Photo: Gepam/Plone Foundation

Après la guerre, il revient à Terezín et y retrouve les dessins qu’il y avait cachés ; néanmoins, il apprend aussi que la grande majorité des membres de sa famille n’a pas survécu. Dans le contexte de radicalisation qui caractérise l’après-guerre, il adhère au parti communiste, estimant que c’est la seule force capable d’empêcher le retour du fascisme.

Il devient alors l’un des dessinateurs les plus notables de la propagande communiste. Ses caricatures publiées dans le journal Rudé právo et le magazine satirique Dikobraz dépeignent l’Occident comme un monde agressif, raciste et corrompu. Le régime tire parti de son style unique ; néanmoins, paradoxalement, étant juif, il se retrouve à nouveau menacé à l’époque des purges staliniennes.

Une illustration de Leo Haas dans le magazine humoristique Dikobraz | Photo repro: Dikobraz,  ročník III,  číslo 4,  21. ledna,  1947

Départ pour Berlin et dernière visite à Opava

Après la mort de sa deuxième épouse, en 1955, il part pour Berlin-Est, où il travaille pour le journal Neues Deutschland, le magazine satirique Eulenspiegel et la télévision. Ses œuvres sont exposées en Europe, aux Etats-Unis et en Israël.

En 1981, il revient à Opava pour une exposition qu’il clôture par un geste qui en dit long sur lui : il fait don de ses dessins à sa ville natale. Leo Haas meurt à Berlin en 1983.

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