Budget européen : pays désormais « riche », la Tchéquie en profitera bientôt moins

Andrej Babiš

L’aide directe à l’Ukraine, un nouveau paquet de sanctions contre la Russie et l’évolution de la situation au Liban et au Moyen-Orient sont les principaux sujets qui figurent au menu du sommet informel des chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne qui se tient à Nicosie ces jeudi et vendredi. Une réunion au cours de laquelle il sera également question du sujet toujours très sensible du prochain budget européen. Avant de s’envoler pour Chypre, le Premier ministre Andrej Babiš a exprimé son inquiétude quant à la probable baisse des fonds qui devraient être alloués à la République tchèque pour la période 2028-2034.

Depuis son adhésion en 2004, la République tchèque a été un pays très largement bénéficiaire du budget européen, dont elle a toujours reçu davantage qu’elle n’y a contribué. Selon les données du ministère des Finances, en 2025 encore, en tenant compte également des recettes provenant du Plan de relance pour l’Europe, des différents fonds structurels ou encore de la politique agricole commune, elle a perçu un peu plus de 3 milliards d’euros de subventions de plus qu’elle n’a versé. Ainsi donc, au total, pour l’ensemble de la période 2004-2025, soit donc les vingt-et-une années de son appartenance à l’Union, le solde positif de la République tchèque s’èlève à un peu plus de 50 milliards d’euros.

Les choses pourraient toutefois évoluer dans un proche avenir. Le montant de la contribution des États membres au budget européen étant calculé pour chacun d’entre eux en fonction de leur revenu national brut, soit donc de leur richesse, la République tchèque devrait logiquement être amenée à recevoir moins et à verser plus, et donc à produire un plus grand effort financier que jusqu’à présent.

Photo illustrative: Pixabay,  Pixabay License

En effet, grâce à une croissance économique forte depuis son adhésion, et alors que le niveau de vie de ses habitants se rapproche toujours un peu de la moyenne de l’UE (malgré une relative stagnation ces dernières années et de fortes disparités régionales, le produit intérieur brut par habitant en termes de parité de pouvoir d’achat a atteint 91 % de la moyenne de l’UE en 2024, selon les données publiées par l’Office tchèque des statistiques en décembre 2025), la République tchèque peut désormais être rangée parmi les pays à haut revenu.

Une évolution positive a priori, sauf si l’on considère que l’UE est d’abord « une vache à lait ». Or, selon le plan de cadre financier à 1 800 milliards d’euros pour la période 2028-2034 présenté en juillet dernier par la Commission européenne, la République tchèque devrait faire partie des États membres pour lesquels la baisse des recettes pourrait être l’une des plus importantes. Une perspective qui n’enchante guère les dirigeants politiques tchèques, à commencer par celui qui représente le pays à Nicosie ces jeudi et vendredi, Andrej Babiš, qui a exprimé son opposition à cette réduction des subventions devant les médias lundi dernier à la sortie du Conseil des ministres :

« Nous déplorons que la Commission propose pour la République tchèque l’une des baisses les plus importantes parmi tous les États membres. En valeur nominale, il s’agit d’une baisse de 20 %, qui serait justifiée par le fait que nous nous enrichissons. Comme nous avons un avis différent sur la question, le débat promet donc d’être intéressant, mais les négociations décisives auront bien sûr lieu plus tard dans l’année, après ce sommet informel. »

Si les négociations ne font donc encore que commencer, la finalisation d’un accord final pour ce cadre financier sur le long terme est espérée pour décembre prochain afin que les différents actes juridiques puissent ensuite être négociés l’année prochaine et le budget entrer en vigueur à compter de 2028.

En attendant, Chypre, qui assure jusqu’à juin prochain la présidence du Conseil de l’UE, rencontre les représentants des différents États membres afin de recueillir leurs positions sur le sujet. Et pour ce qui est de la République tchèque et de son chef de gouvernement, apparemment peu enclin à faire des compromis, les choses sont claires : ce sont des négociations budgétaires serrées qui attendent Prague et les différentes autres parties concernées dans les prochains mois.