Audiovisuel : en Tchéquie, la réforme du système d’aides à la production a relancé l’activité

Le tournage du film Resident Evil à Prague

Après un exercice 2024 morose, le secteur audiovisuel en République tchèque a renoué avec la croissance en 2025, puisque son chiffre d’affaires a augmenté de 14,5 % en glissement annuel, pour atteindre un montant total de 11,3 milliards de couronnes (environ 46 millions d’euros). Une tendance positive qui doit beaucoup notamment à l’augmentation des aides à la production cinématographique, et plus particulièrement aux productions étrangères.

Les chiffres ont été communiqués, le 5 juillet, par l’Association des producteurs audiovisuels (APA), qui regroupe près de 180 sociétés de production indépendantes en République tchèque, soit 90 % du marché national.

Ce retour des productions étrangères est lié à l’augmentation des aides qui a fait suite à la réforme du Fonds national de soutien à la production audiovisuelle (SFA) et vise à attirer les tournages internationaux. Sur les un peu plus de 11 milliards de couronnes de chiffres d’affaires réalisé en 2025 (+1,5 millard par rapport à 2024), la part de ces productions internationales, en hausse d’environ un cinquième en glissement annuel, a ainsi été de près de 60 %, avec au total un volume de ventes et de prestations de service de l’ordre de quelque 6,6 milliards (270 millions d’euros).

À titre de comparaison, la production de films et de séries tchèques a enregistré une hausse de près de 6 %, pour un chiffre d’affaires dont le montant s’est élevé à près de deux milliards de couronnes (82 millions d’euros), tandis que celui du tournage de publicités a atteint 2,7 millards (110 millions d’euros).

Vratislav Šlajer | Photo: Khalil Baalbaki,  ČRo

« L’audiovisuel tchèque se trouve dans une position favorable. La réforme du SFA devrait contribuer à stabiliser le système d’aides, à clarifier les nouvelles règles de leur attribution, à augmenter progressivement le montant de celles-ci ainsi qu’à renforcer le soutien à la production tchèque originale », selon Vratislav Šlajer, président de l’APA.

Plus concrètement, le SFA a lancé ses premiers appels à projets en septembre 2025 et doit, d’ici octobre 2026, dans le cadre de sa première année de fonctionnement, allouer quelque 550 millions de couronnes (22,5 millions d’euros) de « stimulants » au développement et à la production des projets retenus, soit près du double par rapport aux années précédentes.

Le plafond des aides, qui consistent à rembourser aux sociétés de production une partie des dépenses qu’elles ont engagées dans le pays dans lequel elles tournent leurs films (salaires et rémunérations du personnel et des techniciens, frais liés aux industries techniques, de location de matériel de tournage et de studios, etc.) ou à accorder des crédits d’impot, est passé de 25 à 35 % en janvier dernier. Par ailleurs, les plateformes de vidéo à la demande participent désormais elles aussi au financement du système.

Le tournage du film Le Temps de l’innocence à Prague | Photo: Tereza Cedidlová,  ČRo

Bien que cette augmentation ait contribué à enrayer la fuite des projets étrangers vers d’autres pays européens, la République tchèque, où des projets tels que le film d’horreur germano-américain « Resident Evil », la nouvelle adaptation en série du roman « Le Temps de l’innocence » par Netflix ou la mini-série « Ride or Die » pour Amazon MGM Studios ont notamment été tournés l’année dernière, n’en reste pas moins confrontée à une forte concurrence.

Dans un entretien accordé récemment à la Radio tchèque, Vratislav Šlajer a ainsi rappelé que la Slovaquie voisine, par exemple, offrait des aides à hauteur de 33 %, et que, rien que dans la région, ces incitations étaient au moins tout aussi attirantes en Hongrie, en Pologne ou dans les pays baltes. « On peut même dire que c’est toute l’Europe qui nous fait concurrence, car tout le monde se surpasse désormais en la matière », a-t-il ajouté.

Tout n’est pas rose pour autant, et, dès cette année, un problème est apparu : en effet, suite à une décision prise à la fin du mois de mars par le SFA, le dépôt de demandes d’inscription au système d’aides a été suspendu... la totalité de l’enveloppe ayant déjà été épuisée. À terme, le montant de ces aides devrait être porté à deux milliards de couronnes, qui resteront à la disposition des cinéastes pendant trois ans. Et si l’APA a indiqué que les prochaines demandes seraient à nouveau acceptées à compter de septembre prochain, les aides ne pourront toutefois être accordées qu’une fois que le SFA aura reçu de l’État l’argent nécessaire à leur versement. Le secteur s’attend à ce que cette « perturbation » se répercute sur les prochains résultats de 2026 et 2027.