Presse : en Tchéquie, face aux fortes chaleurs, faut-il modifier les dates des vacances d’été ?

Cette nouvelle revue de la presse tchèque s’intéresse à un projet du gouvernement qui risque de toucher considérablement les zones rurales et l’agriculture tchèques, ainsi qu’à la Pride Prague qui, cette année, s’est déroulée cette année dans un climat particulier. Autres sujets évoqués : le visage de Bertha von Suttner, native de Prague, qui pourrait figurer sur les nouveaux billets en euros et certaines des modifications proposées face aux événements météorologiques extrêmes.

Le gouvernement d’Andrej Babiš prépare en silence d’importants changements politiques. C’est ainsi que l’auteur d’un texte publié sur le site Aktualne.cz perçoit un projet d’amendement visant à instaurer un droit de préemption obligatoire sur les terres agricoles louées. Une modification qui, selon lui, pourrait avoir un impact négatif considérable sur l’avenir des zones rurales et de l’agriculture tchèques :

Photo: Štěpánka Budková,  Radio Prague Int.

« Cette modification porterait préjudice aux propriétaires fonciers, aux petits et moyens agriculteurs, ainsi qu’aux futurs candidats à l’agriculture. Et elle pourrait faire renaître dans certaines communes les pratiques des grandes coopératives d’avant novembre 1989. Le droit de préemption renforcerait considérablement la position des ‘agrobarons’ qui sont précisément ceux qui louent le plus grand nombre de surfaces agricoles. Nous avons au contraire besoin de plus de diversité et de davantage d’agriculteurs exploitant leurs terres de manière responsable. De même, il faut que les gens s’installent à la campagne. Ils le feront difficilement là où tout appartient à un oligarque qui vit ailleurs et considère la terre avant tout à travers le prisme des résultats économiques. »

Aktualne.cz souligne que le projet du gouvernement n’a pas encore été transmis à la Chambre des députés et n’a pour l’instant pas de forme définitive. Il pourrait donc être finalement adopté dans une version moins radicale :

« Le projet fera l’objet d’une lutte politique acharnée, car il pourrait devenir un instrument de changement progressif et fondamental de l’agriculture tchèque, et donc aussi de la campagne tchèque. Nous assistons à une tentative de changement politique majeur. Pourtant, on en parle peu. En effet, ce projet est dissimulé derrière le brouillard de guerres culturelles provoquées artificiellement. »

« Le droit de préemption sur les terres agricoles qui est prévu pourrait constituer la dérogation la plus flagrante aux règles en faveur d’Agrofert, l’ancien groupe du chef du gouvernement, Andrej Babiš », observe pour sa part l’hebdomadaire Respekt. L’élaboration de cette loi, susceptible d’avoir un impact considérable sur l’avenir de l’agriculture nationale dans les années à venir, soulève donc de nombreuses questions et inquiétudes.

Le festival Prague Pride aux temps qui changent

L’édition 2026 du festival Prague Pride, dont la capitale tchèque a été la semaine dernière le théâtre, avait pour sous-titre « Les temps changent ». D’après ce qu’estime l’auteure d’un texte publié dans le quotidien Hospodářské noviny, ce thème reflète l’évolution du climat social ainsi que les craintes réelles face à la montée de la haine, qui s’est récemment matérialisée par un attentat lors d’un événement similaire à Berlin. « Il fait écho à des craintes qui évoquent les années 1930 », écrit-elle avant d’affirmer que la Marche des fiertés a toujours « choqué » une partie de la population qui cherche un ennemi dans la différence.

Photo: Kay Halíř,  Prague Pride Festival

« Aimer tout ce que l’on ne partage pas, qu’il s’agisse de sexualité, de la couleur de peau, de religion ou d’une opinion sur tel ou tel sujet, est tout sauf une évidence. Ce que la société devrait pourtant adopter, c’est le respect. Elle devrait accepter qu’il existe de nombreuses façons d’être et qu’on ne peut pas dire laquelle est la meilleure ou la pire. Si, autrefois, on pouvait critiquer l’intouchabilité de toute critique à l’égard des minorités, aujourd’hui, le monde célèbre le retour à la prétendue tradition. Un retour qui, dans le pire des cas, se traduit par une attaque terroriste, et dans le meilleur des cas, par la fin du soutien financier. »

En effet, le changement de climat au sein de la société, qui se traduit par le « retour aux bonnes vieilles racines », n’a pas échappé aux sponsors non plus. Toutefois, comme le suppose l’auteure du journal économique, la Prague Pride trouvera ses partisans, et ce seront les mêmes personnes qui l’ont toujours soutenue par conviction. « Non pas parce que c’était à la mode ou que cela servait l’image de marque d’une entreprise », précise-t-elle. Selon elle, il se peut cependant très bien qu’un jour, soutenir de tels événements devienne un délit.

La Tchéquie invitée à remarquer enfin Bertha von Suttner

Née à Prague, Bertha von Suttner, pacifiste et première femme lauréate du prix Nobel de la paix, fait partie des personnalités proposées pour figurer sur les nouveaux billets en euros. « Enfin, aurait-on envie de dire, enfin quelqu’un l’a remarquée ! Et peut-être que grâce à cela, nous la remarquerons aussi nous, en République tchèque », s’éxclame une chroniqueuse du site Seznam Zprávy, avant de poursuivre :

Bertha von Suttner fait partie des personnalités proposées pour figurer sur les nouveaux billets en euros | Source: Banque centrale européenne

« Bertha von Suttner a joué un rôle déterminant tant dans le mouvement pacifiste que dans le mouvement féministe de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Saluée par Léon Nikolaïevitch Tolstoï pour son livre ‘ Déposez les armes !’, elle a influencé (le premier président tchécoslovaque) Masaryk et (Alfred) Nobel, et Stefan Zweig se référait à elle. Elle a été la première et, pendant longtemps, aussi la seule femme à occuper un poste prestigieux lors des conférences de la paix de La Haye entre 1899 et 1907. Celles-ci ont jeté les bases de la création de la Société des Nations et de l’instauration de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, qui fonctionne encore aujourd’hui et dont von Suttner a initié la création. Elle est décédée peu avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, alors que se préparait le congrès de la paix de Vienne. »

Seznam Zprávy rappelle également que tout au long de sa vie, Bertha von Suttner a bousculé les conventions à bien des égards en rejettant  le nationalisme, en mettant l’accent sur la coopération entre les nations ou encore en introduisant une dimension « féminine » dans le débat sur la guerre. L’occasion pour elle de souligner :

« La volonté d’illustrer sur les billets de banque de l’Union européenne avec son portrait peut être perçu, sur le plan symbolique, comme un geste très fort, comme une mise en avant de son héritage, mais aussi comme une nécessité de suivre celui-ci et de le mettre en œuvre dans le monde actuel. »

Météo : faut-il transformer le calendrier des vacances d’été ?

« Les températures sont élevées, la sécheresse est palpable et le changement climatique s’accompagne de phénomènes météorologiques extrêmes.  Il s’agit d’une situation durable et il ne faut pas s’attendre à de changements dans les années à venir. » Tel est le constat que dresse le magazine Reflex qui déplore le fait que le gouvernement d’Andrej Babiš et le ministère de l’Environnement, dont la direction a été confiée au parti « anti-écologie » des Automobilistes, ne semblent pas vouloir ou être en mesure de proposer des solutions qui permettraient de s’adapter à cette évolution. Or, certaines mesures, comme le souligne l’auteur, devraient être prises de toute urgence :

Photo: René Volfík,  iROZHLAS.cz

« Ce ne sont ni l’idéologie ni les opinions politiques qui déterminent le climat et la météo. Ce sont les données qui sont déterminantes et qui révèlent que les températures moyennes sur notre territoire augmentent depuis environ le milieu du XXe siècle, plus précisément depuis les années 1960. Au cours des quelque soixante dernières années, la température annuelle moyenne chez nous a augmenté de plus de 2 °C. Et cette tendance va se poursuivre. »

Se référant à des conclusions tirées d’analyses climatiques, météorologiques, économiques, sanitaires et sociologiques, ainsi qu’à des suggestions d’experts, le magazine s’intéresse à certaines de ces idées. Celle, par exemple, qui propose de faire commencer les vacances scolaires d’été plus tôt, soit dès la mi-juin au lieu  de début juillet. Une nouveauté qui serait, selon lui, « révolutionnaire », car elle aurait un impact fondamental sur la société, l’éducation, le tourisme ou les services. Mais qui correspondrait davantage à l’évolution de la météo et du climat. Et de conclure :

« L’essentiel, c’est que seuls les responsables politiques sont en mesure de mettre en œuvre certains changements et mesures majeurs. Or, sur ce point, nous sommes les témoins d’une succession d’échecs de la part des gouvernements et parlements depuis plus d’un demi-siècle. Et le gouvernement actuel n’en fait pas assez non plus. »