Une sécheresse historique en Tchéquie face au discours climatosceptique gouvernemental
Les mois de mars et avril ont été les plus secs en Tchéquie depuis 1961 : les experts s’inquiètent, d’autant qu’il est déjà clair que les précipitations actuelles ne changeront rien à la donne. Pas plus que le gouvernement de coalition dont une grande partie des membres assument leurs positions climatosceptiques.
Quand il a pris provisoirement la tête du ministère de l’Environnement en décembre dernier, l’actuel ministre des Affaires étrangères Petr Macinka a lancé devant les caméras une formule qui a immédiatement provoqué la polémique : « à compter de ce jour, la crise climatique est terminée en Tchéquie ». Quelques jours plus tard, le dirigeant du parti des Automobilistes qui avait parlé de faire « couler du sang vert » supprimait la section de protection du climat au sein du ministère, au nom d’une « désidéologisation » de l’administration.
Le ton était donné avec cette décision symbolique perçue comme un tournant majeur alors que cette formation politique relativement récente s’est construite contre le Green Deal, contre la fin programmée des moteurs thermiques et contre les politiques environnementales jugées trop contraignantes pour l’industrie et les automobilistes mais aussi accusées de menacer le niveau de vie des ménages tchèques.
Ce parti, membre de la coalition gouvernementale d’Andrej Babiš (ANO), revendique une ligne ouvertement antiécolo dans la droite ligne des positions de l’ancien président Václav Klaus, un des mentors de Petr Macinka, qui n’a jamais caché son climatoscepticisme lorsqu’il était au pouvoir.
Quelques mois seulement après cette déclaration pour le moins spectaculaire, la réalité climatique a pourtant brutalement rattrapé le débat politique tchèque. Eux-mêmes exsangues après des coupes budgétaires sans précédent à l’Institut hydrométéorologique tchèque, les météorologues tirent la sonnette d’alarme : les mois de mars et d’avril 2026 figurent en effet parmi les plus secs jamais enregistrés dans le pays depuis le début des relevés modernes en 1961.
Sur une grande partie du territoire, les sols sont déjà fortement asséchés avant même l’arrivée de l’été. Dans la région de Plzeň (Bohême de l’Ouest), les agriculteurs observent avec inquiétude leurs champs jaunir. Les agriculteurs et les services forestiers constatent concrètement les effets d’un manque d’eau qui s’aggrave chaque année, comme le confirme l’agronome Kateřina Málková :
« Nous sommes dans la même situation que partout ailleurs : pendant les mois de mars et d’avril, il tombait généralement entre 50 et 160 millimètres de précipitations. Cette année, nous n’avons eu pour l’instant que 23 millimètres, ce qui est extrêmement peu. Or les précipitations à cette période cruciale de l’année sont les plus importantes pour les cultures. Elles ont une influence directe sur la croissance des cultures d’hiver. Et les pluies sont également essentielles pour que les cultures de printemps puissent commencer à se développer. »
Le printemps 2026 confirme une tendance inquiétante : la sécheresse s’installe durablement sur tout le territoire, comme le martèle le portail InterSucho dont la carte du pays s’affiche en rouge foncé (niveau de sécheresse extrême), correspondant à au moins un tiers du territoire. Des plaines agricoles de Bohême occidentale jusqu’aux collines boisées de Moravie de l’Est en passant par le « verger de la Bohême » dans le nord du pays, le manque de pluie fragilise les récoltes et augmente le risque d’incendies – la région de Zlín vient d’ailleurs d’interdire de faire des feux dans la nature jusqu’à nouvel ordre. La réalité concrète de ce danger s’est d’ailleurs durement rappelée aux habitants de la région du parc national de la Suisse tchèque où la forêt s’est enflammée samedi dernier avant d’être enfin maîtrisé par les pompiers ce mercredi. Ce site naturel avait déjà été frappé par un sinistre majeur en 2022.
Ce n’est donc pas la première sécheresse en Tchéquie, mais le printemps 2026 se distingue par sa précocité et son intensité. Les précipitations de ces dernières heures sont restées bien en-dessous des prévisions, aggravant encore la situation dans des régions déjà fragilisées par un hiver peu enneigé.
Les conséquences économiques pourraient être importantes. D’autant que par manque de fourrage, les agriculteurs se verraient contraints d’acheter davantage d’aliments pour animaux, souvent à des prix élevés, comme le note un autre agronome, Jakub Zrostlík qui déplore l’« énorme baisse des rendements pour l’alimentation du bétail ».
Les scientifiques tchèques rappellent que la hausse des températures accélère l’évaporation et réduit l’humidité des sols. Et au-delà, rien n’y échappe : ni les cours d’eau, ni les étangs très présents dans certaines régions traditionnellement tournées vers la pisciculture, ni les forêts qui ne jouent plus leur rôle de rétention de l’eau. Même lorsque les précipitations restent proches des normales annuelles, elles tombent de façon plus irrégulière : la Tchéquie fait ainsi face à de longues périodes sèches, suivies d’orages violents, souvent destructeurs mais surtout incapables de reconstituer les réserves d’eau.
La question de l’eau devient ainsi un enjeu politique et économique majeur pour la Tchéquie. Dans ce contexte, la rhétorique de certains membres du gouvernement qui minimisent l’ampleur de la crise climatique apparaît donc comme déconnectée de la réalité, alors que par ailleurs les scientifiques soulignent que l’Europe centrale se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale et que les épisodes de phénomènes météorologiques extrêmes seront amenés à devenir plus fréquents.






