Presse : les Tchèques préfèrent-ils une Union européenne faible ?

Cette nouvelle revue de la presse tchèque de la semaine écoulée se penche sur différents aspects de la position des Tchèques vis-à-vis de l’Union européenne et sur ce que l’appartenance à l’espace européen leur a apporté. Elle présente également une comparaison entre la vie à Prague et dans d’autres capitales d’Europe centrale ou encore s’interroge sur ce que l’hiver à venir pourrait signifier pour l’Ukraine ainsi que pour d’autres pays européens.

« Le discours d’une heure de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, sur l’état de l’Union peut être perçu comme une voix de la raison isolée dans un monde en proie au chaos et à l’incertitude. » C’est du moins l’avis de l’hebdomadaire libéral Respekt, qui regrette que la République tchèque ne veuille pas l’entendre :

« Nous avons reçu le message que la communauté qui, depuis 2004, nous aide à atteindre une plus grande prospérité et une démocratie durable, continue de se réclamer des valeurs sur lesquelles repose également l’État tchèque depuis trente-cinq ans. Ursula von der Leyen a en fait cherché à dire que, dans ce monde où l’ordre international s’effondre, l’UE prend son destin en main sans pour autant renier les valeurs qui nous ont autrefois attirés vers elle. Si la République tchèque veut être libre et prospère, elle n’a d’autre choix que d’y prendre part et d’espérer que ces mains, compte tenu des défis qui nous attendent, soient aussi fermes que possible. »

Ce constat, souligne également l’auteur, vaut « même si la présidente de la Commission n’a ni rejeté le  Pacte vert pour l’Europe, ni exprimé la volonté d’arrêter les bateaux de migrants en les coulant, comme le souhaiterait le gouvernement tchèque, et peut-être même aussi ses partisans ».

Par ailleurs, les résultats d’un sondage de l’agence Median récemment publiés, révèlent que, malgré la logique de cette période chaotique, la majorité des électeurs des différents partis actuellement au pouvoir souhaitent une « Union faible ». « On dirait qu’ils viennent de se réveiller après un long sommeil sans avoir la moindre idée de ce qui se passe autour d’eux », conclut le magazine.

Revenir dans l’espace dont on avait été arraché

« Il n’est pas nécessaire d’aimer l’Europe. Il suffit de la défendre avec prudence », signale à ce même propos le site Seznam Zprávy, qui explique pourquoi :

Photo: René Volfík,  iROZHLAS.cz

« Lorsque la République tchèque a adhéré à l’UE en 2004, son niveau économique était bien inférieur à la moyenne des pays occidentaux. Aujourd’hui, le pays atteint 91 % de la moyenne des vingt-sept États membres, mesurée en termes de pouvoir d’achat par habitant. Ce n’est pas là un simple détail statistique ; cela reflète une hausse du niveau de vie corresponsant à un échelon entier en l’espace d’une seule génération. Certes, l’Europe centrale et de l’Est n’a pas rattrapé l’Occident. Mais elle a réduit l’écart dans des proportions inédites dans l’histoire économique. »

« C’est grâce au marché unique que nous nous sommes enrichis ; un marché de 500 millions de personnes auquel une petite économie ouverte a librement accès », souligne encore Seznam Zprávy, avant de conclure sur un ton plus ferme :

« Les vingt dernières années ont été exceptionnellement fructueuses pour la République tchèque. Nous nous sommes enrichis, nous sommes libres de voyager, d’étudier, de faire des affaires et d’investir de Lisbonne à Tallinn, et nous sommes devenus partie intégrante de l’Occident. Nous ne sommes pas une nation dévastée. Ce succès ne doit pas être mis au crédit des institutions de Bruxelles. Celles-ci ne sont qu’un outil. Il revient à la sphère au sein de laquelle nous avons fini par retrouver notre place, après en avoir été arrachés pendant un demi-siècle. »

Le Canada et l’UE, ou le rappel des idées de Václav Havel

Le Canada est sur le point de devenir membre associé de l’Union européenne. C’est un fait qui, d’après ce qu’indique un texte publié dans le journal Hospodářské noviny, représente une nouvelle très optimiste. Ceci notamment au moment où surgissent de mauvaises nouvelles, marquées par l’autocritique européenne face à notre déclin et à notre perte de pertinence mondiale. Son auteur estime que cette démarche peut donner un nouvel élan et une nouvelle énergie non seulement à nous, mais aussi au monde entier :

Photo: KeithJJ,  Pixabay,  Pixabay License

« L’Union européenne est l’union politique la plus profonde et la plus extraordinaire d’un point de vue historique, qui s’est élargie grâce à l’adhésion volontaire des États. Ces réflexions ne sont pas nouvelles. Václav Havel avait déjà évoqué la nécessité pour le monde de s’unir sur la base de principes d’égalité peu après son élection, dans son célèbre discours prononcé devant le Congrès américain. Cette orientation a toutefois commencé à prendre une forme concrète à Davos, lors du célèbre discours de Mark Carney, qui s’est appuyé sur les idées de l’ancien président tchèque. Comme on peut le constater, notre pays a quelque chose à offrir au monde, outre la bière, à savoir une inspiration intellectuelle pour aller de l’avant. »

« Qu’en découle-t-il ? », se demande le publiciste. Voici sa réponse :

« Premièrement, une nouvelle catégorie de pays associés a vu le jour, ce qui pourrait déclencher une vague d’inspiration nouvelle et inciter d’autres pays à suivre. Deuxièmement, cela peut donner une impulsion à l’UE elle-même en matière de réformes que nous n’avons pas réussi à mener à bien par nous-mêmes pendant des années. Et, troisièmement, les idées de Václav Havel, qui ont été à l’origine de ce mouvement à Davos, sont précisément ce que notre pays peut encore apporter au monde. Quatrièmement, l’UE n’est pas en déclin, bien au contraire, elle est attractive. »

En conclusion, le texte appelle les Tchèques, à veiller à ce que leur indécision ne fasse pas de la Tchéquie, à terme, un simple pays associé, « alors même que nous sommes en Europe, et même en son cœur. »

En attendant l’hiver, qui sera une arme pour Moscou

La chroniqueuse du site Novinky.cz rappelle que, l’année dernière, l’Ukraine a traversé le pire hiver depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, prévenant que, cette année encore, Moscou s’apprête à exploiter l’hiver, qu’elle considère comme son allié dans la guerre. Et peut-être même contre d’autres pays :

Photo: Hiroto Sekiguchi,  ČTK/AP

« Le conflit sans fin au Proche-Orient et la crise énergétique qu’il a provoquée lui permettent de l’utiliser comme une arme non seulement contre l’Ukraine, mais aussi contre le reste de l’Europe. Car la Russie est en guerre contre nous depuis longtemps déjà, même si nous continuons à sous-estimer ce conflit en le qualifiant de hybride. Poutine compte sur le fait que, contrairement aux Ukrainiens, nous ne sommes pas prêts à réduire notre niveau de vie au nom d’une cause plus noble qu’un radiateur bien chaud. Il parie que les éventuelles privations hivernales diviseront encore davantage une Europe déjà peu unie. Si l’hiver est rigoureux cette année, son plan pourrait bien fonctionner. »

Les bas et les fonds de la vie quotidienne à Prague

Quels sont les domaines dans lesquels la capitale tchèque est à la traîne par rapport aux métropoles d’Europe centrale, Bratislava, Vienne, Varsovie ? Voilà la question qui préoccupe le site Seznam Zprávy et qui s’appuie sur des données recueillies récemment:

Photo: Honza Ptáček,  ČRo

« Par rapport aux métropoles des pays voisins, Prague affiche de très mauvais résultats en matière de logement. La capitale est confrontée depuis longtemps à un problème de lenteur dans la construction et ne parvient donc pas à satisfaire la demande croissante. En 2025, selon les données de l’Office tchèque des statistiques, la métropole n’a construit que 5 303 logements. C’est près de quatre fois moins qu’à Varsovie. L’un des problèmes majeurs réside dans le temps qui est nécessaire pour obtenir un permis de construire. La capitale tchèque s’en sort encore plus mal en matière d’accessibilité au logement, Prague étant l’une des métropoles les plus chères de toute l’Europe. Bref, Prague a pris un retard catastrophique dans la construction de son parc immobilier. »

Outre le manque d’accessibilité du logement, les Praguois se plaignent le plus souvent des embouteillages et d’un centre-ville impraticable. Le texte de Seznam Zprávy indique que, dans une certaine mesure, leurs critiques sont justifiées, car la capitale est accablée par un trafic excessif et incontrôlé. En revanche, ce que les Praguois apprécient le plus dans leur ville, ce sont les transports en commun :

« Selon une grande enquête de la Commission européenne, qui a comparé la qualité de vie des Européens dans 83 villes, la métropole tchèque est arrivée en tête du classement. Selon l’Institut de planification et de développement, Prague dispose, parmi les quatre villes comparées, des transports en commun les plus abordables, tout en possédant les plus longs réseaux de métro et de tramway en termes de longueur totale. »