Vingt ans se sont écoulés depuis la mort du lieutenant général František Fajtl
Le général de corps d’armée František Fajtl était l’un des grands noms de la résistance tchécoslovaque pendant la Seconde Guerre mondiale. Pilote de chasse, il a combattu en France, en Grande-Bretagne et sur le front de l’Est, et il a été le premier Tchécoslovaque à commander un escadron de la RAF britannique. Néanmoins, au lieu de recevoir des remerciements, après le putsch communiste de 1948, il a été renvoyé de l’armée, emprisonné et contraint à travailler sur un chantier. Malgré cela, il n’a jamais cédé à l’amertume, et ses livres emblématiques ont laissé une empreinte indélébile. En ce 4 octobre 2026, nous commémorons le vingtième anniversaire de son décès.
D’un rêve de gosse à un poste de commandement dans la RAF
František Fajtl naît le 20 août 1912 à Donín, dans la région d'Ústí nad Labem. Tout petit, déjà il est passionné par l’aviation. Il fait néanmoins tout d’abord des études à l’école de commerce de Teplice avant de continuer à l’Académie militaire, où il obtient, en 1935, le grade de lieutenant dans l’armée de l’air.
Après l’occupation nazie, en mars 1939, il n’hésite pas une seconde : il part à l’étranger. Il passe par la Pologne pour se rendre en France, où il combat dans les rangs de l’armée de l’air. Après la capitulation de la France, il prend la direction de la Grande-Bretagne, où il s’engage dans la célèbre Royal Air Force (RAF). Grâce à son expérience et ses qualités de commandant, le 28 avril 1942, il devient commandant de la 122e escadrille, dite « City of Bombay », devenant ainsi le premier Tchécoslovaque à commander des pilotes britanniques et belges. Par la suite, il y commande également la 313e escadrille tchécoslovaque.
La traversée des Pyrénées... sans son avion
En mai 1942, lors d’un raid aérien au nord de la France, son avion est abattu. Fajtl parvient à échapper aux Allemands et entreprend, à pied, un périple à travers l’Europe occupée. Il traverse les Pyrénées et arrive en Espagne, où il se retrouve dans un camp franquiste. Néanmoins, grâce aux efforts de la diplomatie britannique, il est libéré et peut reprendre du service. Par la suite, il relatera avec brio cette expérience éprouvante dans son livre autobiographique le plus célèbre, Sestřelen (« Abattu »).
Mais son parcours de guerre ne s’arrête pas là : au tournant de 1943 et 1944, dans le cadre de l’aide alliée, il part pour le front de l’Est et, en tant que commandant du 1er régiment d’aviation de chasse indépendant tchécoslovaque, il vient en aide au soulèvement national slovaque. Il met également à profit son expérience lors des combats à Ostrava.
Un héros de guerre prisonnier du régime
Une fois la guerre terminée, Fajtl revient en héros dans son pays. Il se marie et fonde une famille. Mais la victoire sur le nazisme est bientôt suivie d’un deuxième coup dur : le putsch communiste de 1948. Pour le nouveau régime, les anciens combattants du front est deviennent gênants.
En janvier 1950, František Fajtl est emprisonné sans procès ; il passera 17 mois dans un camp de travaux forcés à Mírov, dans la région d’Olomouc. Après sa libération, il est interdit de travail dans les aéroports. Il assure tout d’abord des tâches subalternes sur des chantiers avant de pouvoir occuper des postes de magasinier ou de comptable. Même s’il est confronté à des répressions, il refuse toujours l’exil pour rester auprès de sa mère malade et de sa famille.
L’honneur rétabli et un héritage pour les générations futures
En 1964, il est partiellement réhabilité et il retrouve son grade de colonel. Ce n’est toutefois qu’après la chute du régime communiste, en 1989, que la société peut lui accorder une reconnaissance complète. En 1990, il est élevé au rang de général de division ; en 2002, au rang de général de corps d’armée à la retraite.
František Fajtl a reçu les plus hautes distinctions d’Etat et militaires : l’ordre du Lion blanc, l’ordre Milan Rastislav Štefánik, la Distinguished Flying Cross britannique ou encore la Croix de guerre tchécoslovaque. Il a transmis son histoire et la mémoire de ses compagnons d’armes tombés au combat à travers 18 ouvrages qu’il a écrits ainsi que d’innombrables rencontres avec des étudiants. Son œuvre a notamment inspiré le film Tmavomodrý svět.
Le général de corps d’armée František Fajtl est mort à Prague le 4 octobre 2006.




