Omeyer, Narcisse, Richardson et Onesta à Prague pour la grande fête du handball tchèque

Photo illustrative: Armin Kuebelbeck, CC BY-SA 3.0

Le handball tchèque voulait faire la fête, et il l’a bien faite. Pour célébrer les différents succès qui ont marqué l’histoire d’un sport traditionnel en République tchèque, un match de gala auquel ont participé quelques-uns des plus grands joueurs mondiaux de ces dernières années a été dernièrement organisé à Prague. Nation forte du jeu, la France était représentée par Thierry Omeyer, Daniel Narcisse, Bertrand Gille, Jackson Richardson ou encore son ancien entraîneur Claude Onesta. Autant d’anciens champions olympiques et (ou) du monde qui ont évoqué ce qu’avait représenté le hand tchèque durant leur carrière au micro de Radio Prague.

Photo illustrative: Armin Kuebelbeck, CC BY-SA 3.0
Les 60 ans du titre de championnes du monde, les 50 ans de celui de champions du monde, les 45 ans de la médaille olympique de bronze décrochée par les hommes aux Jeux de Munich ou encore les 60 ans de la première des trois coupes d’Europe des clubs champions remportées par le Dukla Prague : c'est tous ces anniversaires à la fois que la Fédération tchèque de handball a fêtés du 19 au 21 juin derniers. L’espace de trois jours, différentes manifestations se sont tenues dans le stade en plein air de Štvanice, habituellement réservé au tennis, dont le point d’orgue a été « le match des légendes ».

Un match qui a opposé une sélection tchèque à une sélection mondiale entraînée donc par Claude Onesta et dans laquelle figuraient quelques-uns des grands noms du hand français. C’est d’abord à Claude Onesta que nous avons demandé son avis sur le hand tchèque :

« Tous les matchs contre les Tchèques ont vraiment été des matchs difficiles. Je me rappelle notamment d’une fois où nous avions perdu en éliminatoires pour le championnat d’Europe. Le handball tchèque a toujours été de qualité, même si c’est vrai qu’il n’a peut-être plus les grands joueurs qu’il a eus comme Filip Jícha. Malgré cela, beaucoup de joueurs tchèques évoluent encore des clubs européens. La République tchèque reste donc une place forte du handball en Europe. L’équipe de France n’est jamais tranquille quand elle doit affronter les Tchèques. »

Qu’il s’agisse de Jackson Richardson, Daniel Narcisse ou Thierry Omeyer, qui à eux trois « pèsent » plusieurs titres de champions du monde et olympiques, tous ont régulièrement affronté la République tchèque avec l’équipe de France ou évolué en club avec des joueurs tchèques. Ils évoquent leurs souvenirs l’un après l’autre :

Jackson Richardson : « Pour moi, la République tchèque, c’est d’abord un souvenir très positif. Le premier Mondial auquel j’ai participé, c’était à Prague en 1990, et cela nous avait permis de nous qualifier pour les JO de Barcelone. Et puis j’ai encore joué contre les Tchèques lors de mon dernier championnat du monde en 2005. C’est donc avec eux que j’ai en quelque sorte bouclé la boucle en équipe de France. »

Daniel Narcisse : « Les Tchèques ont toujours eu des joueurs de niveau international comme Filip Jícha. Mais il n’y avait pas que lui : il y a des Tchèques dans beaucoup d’équipes européennes. C’est donc un handball de qualité. Je me souviens notamment d’un match éliminatoire avec l’équipe de France à Brno où nous avions pris une raclée avec tout le public bouillant derrière… Pour ce qui est du match aujourd’hui, jouer en plein air dans un stade comme celui-là, c’est une super expérience ! Personnellement, j’ai adoré, surtout que je viens de la Réunion et que c’est quelque chose que j’ai connu. Mais je sais que les autres ont apprécié aussi. »

Thierry Omeyer : « Il y a effectivement beaucoup de joueurs tchèques avec lesquels j’ai joué ou contre lesquels j’ai joué. C’est pourquoi c’était un grand plaisir de participer à cette fête à Prague. Nous avons eu plusieurs grosses confrontations contre la République tchèque avec l’équipe de France. Cela a toujours été une belle équipe. J’ai aussi joué avec des joueurs comme Filip Jícha, Daniel Kubeš ou David Juříček que ce soit à Montpellier dans le championnat de France ou à Kiel en Allemagne. Et d’autres comme Karel Nocar que j’ai souvent affrontés. Cela a toujours été de très bons moments. Le meilleur est sans doute Filip Jícha. C’est un joueur qui était capable de faire la différence seul dans certains matchs, de prendre le ballon et de marquer de loin. Mais il savait aussi jouer pour ses coéquipiers, trouver le pivot, il était très rapide et se projetait vite vers l’avant… Bref, un joueur complet qui a réalisé une très belle carrière. »

Elu meilleur joueur du monde en 2010, Filip Jícha, qui évoluait à Barcelone la saison dernière, est la grande vedette du hand tchèque de ces dernières années. Mais en France, le nom de Karel Nocar, ex-joueur de Chambéry où il a évolué pendant dix ans qui est depuis devenu manager de l’équipe nationale tchèque, n’a pas été oublié non plus des amateurs de hand. Principal organisateur de cette grande fête à Prague, Karel Nocar explique ce qui l’a motivé dans cette entreprise :

Karel Nocar, photo: ČT24
« C’était une opportunité de célébrer la grande histoire du handball de notre pays depuis la médaille d’or mondiale remportée par les filles en 1957. Cette belle fête est quelque chose qui fait au cœur, car les gens ont été présents. Et puis je n’arrive pas à croire à tous ces grands joueurs qui ont répondu favorablement à notre invitation et sont venus à Prague. Mais ce qui compte aussi, c’est qu’eux-mêmes nous ont félicités pour l’organisation. Certains nous ont même dit qu’ils n’avaient encore jamais vu ça. Au-delà de ce match, ces trois jours ont vu aussi la tenue pendant quarante-deux heures d’un marathon de handball. Nous sommes vraiment très heureux que tout se soit bien passé ! »

Avez-vous une idée de ce que le handball tchèque représente pour ces joueurs venus à Prague ?

« C’est Claude Onesta qui, lors de la conférence de presse d’avant-match, a dit que le handball français n’était encore rien ou presque dans les années 1980 et que son histoire a véritablement commencé lors du championnat du monde en Tchécoslovaquie en 1990. Leur neuvième place avait permis aux Français de se qualifier pour les Jeux olympiques de Barcelone, où ils avaient décroché une médaille de bronze avant d’enchaîner. Et depuis la France se débrouille plutôt pas mal, non ? »

A-t-il été difficile de faire venir ces grands noms du jeu à Prague ?

« Oui et non. Ce qui est certain, c’est que ce n’est pas facile. Heureusement, nous disposons d’un groupe de joueurs tchèques de haut niveau avec qui ils sont amis. Sans ces relations-là, cela aurait été impossible. C’est donc d’autant plus émouvant de pouvoir partager quelques moments ici avec eux sur le terrain et de pouvoir boire une bière ensemble. »

La République tchèque s’est qualifiée pour le prochain championnat d’Europe qui se tiendra en Croatie en 2018. Aujourd’hui vous fêtez certes le passé glorieux du hand tchèque, mais comment envisagez-vous son avenir lorsque l’on voit les résultats actuels moins reluisants ?

« Honnêtement, il faut se réjouir, et j’insiste là-dessus, que nos deux équipes nationales féminine comme masculine soient parvenues à se qualifier pour l’Euro. Nous savons qu’il faudra beaucoup de travail pour progresser peu à peu et gravir les échelons les uns après les autres. Il faut être réaliste : cela ne sert à rien de clamer que l’on veut gagner telle ou telle compétition, car ce n’est pas la réalité. L’avenir pour nous, c’est donc le travail sur le long terme si on veut voir plus loin. »